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Culture

Culture : Les 19 coups de 2019

En attendant les 12 coups de minuit qui nous propulseront vers une nouvelle année, un dernier coup d’œil dans le rétroviseur sur les 19 personnalités ou événements, artistiques ou culturels, qui ont marqué (surtout) positivement 2019.

28/12/2019

Coup de poing

Le regard de Don McCullin

Paradoxalement, les dernières images étincelantes qu’il nous reste d’avant la crise datent de l’exposition de photographies de Don McCullin, donnée en septembre par Philippe et Zaza Jabre à Beit Chabab. Dans la célèbre fabrique de cloches désormais désaffectée du village s’alignaient, mis en valeur par une scénographie de Jean-Louis Mainguy, de puissants clichés pris durant le grand conflit libanais par le célèbre photographe de guerre.

Ces images terribles de la cruauté ordinaire semblaient hanter encore le regard bleu de McCullin au milieu de l’élégante garden-party donnée par les Jabre en son honneur au Bois de Boulogne.

Le photographe de génie se consacre désormais à la photo de paysage « pour se laver les yeux ».


Coup d’œil

Quand Picasso passe par Beyrouth…

« À 12 ans, je dessinais comme Raphaël. Il m’a fallu toute une vie pour apprendre à dessiner comme un enfant. » Impossible de ne pas penser à ce célèbre mot du génie espagnol en parcourant l’exposition « Picasso et la famille » qui se tient encore jusqu’au 6 janvier au Musée Sursock – avis aux retardataires ! Car, à travers la vingtaine de peintures, dessins et sculptures d’inspiration familiale prêtés par le Musée national Picasso Paris au musée beyrouthin, c’est à un beau survol de 77 ans de création de ce maître de l’art moderne, qui n’a cessé de se réinventer, que le public libanais aura eu gracieusement et exceptionnellement accès. Depuis l’émouvant et magistral tableau d’une Fillette aux pieds nus peint à l’âge de 14 ans, jusqu’à cette Maternité décalée, exécutée à 91 ans, un an avant sa mort. Une exposition qui aura été l’un des événements majeurs artistiques de 2019. N’en déplaise à ceux qui ont déploré l’absence d’œuvres phares, rarement déplaçables, comme on le sait.


Coup de cymbale

Le « Requiem » de Verdi à Baalbeck

La nouba des festivals l’été dernier s’en est donné à cœur joie avec toutefois quelques points noirs pour des interdits dignes de la ligue des bigots et des Tartuffe. Baalbeck s’est écarté de ces atmosphères délétères et a laissé place à un somptueux moment musical, avec le Requiem de Verdi, un monument incontournable de la musique sacrée. Le coup de cymbale qui a retenti au temple de Bacchus, les lumières rougeoyantes qui ont assailli les vieilles pierres sculptées, les quatre remarquables solistes accompagnés de plus de 150 musiciens (l’Orchestre de chambre de la Radio roumaine et les choristes de l’Université antonine) sous la baguette de Toufic Maatouk ont combiné la beauté extrême de la musique au cadre fabuleux d’un site millénaire. Un moment qui s’est fixé dans les mémoires en alliant une exceptionnelle beauté sonore à un cadre unique, comme taillé à la mesure et démesure de cette œuvre immortelle.


Coup monté

Mashrou’ Leila, la diabolisation

Tout a commencé avec un dérisoire post Facebook datant de 2015. Hamed Sinno, chanteur du groupe Mashrou’ Leila, connu pour son immense tolérance des croyances de l’autre, avait partagé un article portant sur les icônes homosexuelles, illustré d’une icône byzantine dont le visage avait été remplacé par celui de Madonna. Sorti de son contexte, quatre ans plus tard, ce post-là ouvrait la brèche à un lynchage du groupe orchestré par le clergé qui, au passage, avait trouvé bon de détourner des textes de son album Ibn el-Leil (sorti en 2016) et l’estampiller quasiment diabolique. En réalité, tout cela n’était que prétexte pour s’attaquer à l’homosexualité affichée de Hamed Sinno. Alors que les membres du groupe étaient harcelés, menacés, descendus sur leurs réseaux sociaux, le Festival de Byblos avait décidé d’annuler leur concert prévu à Jbeil le 9 août dernier. Un énième catalyseur de la révolution ?


Coup de maître

Le conseil de Gérard Depardieu

Alors que l’on redoutait un peu ce moment, c’est avec une infinie générosité et gourmandise que le « mythe » en personne Gérard Depardieu nous recevait en juillet dernier, sur la terrasse de sa suite à l’hôtel Mir-Amine pour un entretien exclusif avec L’Orient-Le Jour.

Pendant près d’une heure, le maître du 7e art livrait sa vision du monde, radicale, revenait sur sa relation avec Barbara, abordait son enfance, confiait sa maladresse en amour et nous offrait, en partant, ce magnifique conseil : « Prends ta vie de tous les jours, et mange-la. »

Une parenthèse hors du temps, à la veille de son miraculeux concert Depardieu Chante Barbara où il ressuscitait le spectre de la Dame Noir, dans le cadre du Festival de Beiteddine.


Coup de fils

La vague d’Abdul Rahman Katanani

Sa vague en fils barbelés de huit mètres de large et de 4 mètres et demi de profondeur et de long, reproduit celle qui a déferlé sur le pays.

Une révolution qui bouleverse, balaye et nettoie l’ancien, le sale, le sali, le pourri et revigore en donnant un coup de fouet. Abdul Rahman Katanani a, durant ces temps troubles, réussi à tordre le cou au destin comme il tord ce fil barbelé synonyme d’incarcération et de cloisonnement. À travers son installation immersive puissante et silencieuse qui s’est tenue à la galerie Salah Barakat, l’artiste invite à réfléchir sur l’état du pays.

Un pays qui n’en finissait pas de crouler sous des ordures (dans tout le sens du mot) depuis près de 30 ans. Le pays, dit l’artiste, peut l’emporter ou être emporté par cette vague dévastatrice.


Coup de surprise

L’Avent de Beirut Chants

Photo Noel et Cliff

Quand toutes les activités culturelles étaient relativement suspendues en ce mois de décembre où la fronde a atteint des sommets de colère, Beirut Chants n’a pas hésité un instant à perpétuer sa tradition de musique sacrée et profane. En bordure du centre-ville, dans les églises, le visage civilisé et pacifique du Liban a continué de briller de mille feux. On s’attendait à peu d’audience vu les événements houleux. Contre toute attente, délicieuse et réconfortante surprise, les salles, pour les vingt-deux jours de l’Avent, étaient pleines et les applaudissements crépitaient de la part d’un public de tous crins... De la Messe en ut majeur de Beethoven donnée en grande pompe au concert de bel canto de Jessica Pratt en passant par l’éblouissante prestation de Bertrand Chamayou au piano, des moments forts pour contrer, avec un succès inattendu, une situation sociale exceptionnelle.


Coup de grâce

Huguette Caland, adieu

La mort, cette faucheuse indifférente, en un regrettable coup de grâce, a éclipsé de vue cette année des artistes de renom. Zaven, le sculpteur qui a fait parler en toute éloquence pierre, bois et bronze, mais aussi et surtout Huguette Caland, artiste pluridisciplinaire au talent original et immense. Fille du premier président libanais Béchara el-Khoury, elle a apporté au monde de l’art un tonique air festif et libératoire. À travers sa vie, ses créations multiples où se sont rangées « abayas », sculptures, peinture sans frontières pour un imaginaire débridé empreint d’audace, de sensualité et de chaleur humaine. Une grande dame s’en est allée en emportant avec elle l’image du Liban d’antan. Une chevauchée fantastique que ce parcours singulier où se greffent, avec classe, les années de bonheur, d’opulence, de joie de vivre, de paix, d’insouciance, de cosmopolitisme, d’espoir. En lot de consolation reste aujourd’hui le rayonnement de son art, suprême et polymorphe.


Coup de théâtre

« Pas de demande... »

Si Jean Genet avait parlé dans Le Balcon en termes néoraciniens des maisons closes au lever de rideaux, Sahar Assaf aborde le thème avec une stupéfiante simplicité et dépouillement à travers un documentaire théâtralisé au Studio Zoukak. La talab, la ard (pas de demande, pas d’offre), avec ses quatre actrices, est une pièce témoignage qui dénonce l’état des femmes prises en otage et contraintes à se prostituer… Par-delà la fenêtre des plaisirs vénaux, il y a là le procès et le réquisitoire d’une société régie par un machisme aveugle et brutal. Sont mises à rude épreuve les notions de civisme, de trafic de sexe, de chantage, de sévices corporels, de barbarie envers les femmes. Un moment de scène intense avec l’ONG Kafa qui en dit long sur l’état de délabrement et d’immoralité dans un pays où rien n’est maîtrisé…


Coup de crayon

Bernard Hage et son Art of Boo

Cela fait un an et demi qu’il régale les lecteurs de L’Orient-Le Jour avec ses dessins entre humour noir et douce ironie. À coups de petits personnages sobres, censés représenter les Libanais et leurs (bedonnants) gouvernants, Bernard Hage chronique dans une rubrique hebdomadaire intitulée The Art of Boo l’actualité libanaise, ses incohérences, ses crises, ses bouleversements et ses impasses. Rien n’échappe à l’acuité et la pointe fine de ce caricaturiste et illustrateur de talent : ni les petits délits ni les gros larcins de ces politiciens dont il s’amuse à croquer la mauvaise gestion, les magouilles et surtout l’outrancière insensibilité. Bref, il a l’art de tout dire Bernard Hage en quatre traits, deux points : le désenchantement comme l’espoir de ses compatriotes, leur révolte comme leurs rêves… Et en premier, ceux d’une révolution enfin aboutie en 2020.


Coup de foudre

« Jidar al-Saout » d’Ahmad Ghossein

Le Liban peut, cette année, être fier du film d’Ahmad Ghossein Jidar al-Saout ou All This Victory qui a raflé trois prix prestigieux dans le cadre de la 34e semaine internationale de la critique à Venise. Connu pour son travail de vidéaste, ses installations artistiques ainsi que ses documentaires, le cinéaste a réalisé en 2019 son premier film de fiction. Un travail en huis clos avec une musique puissante et en toile de fond l’invasion israélienne de 2006, qui évoque les peurs, les angoisses d’un peuple. Les hommes ne sont plus que chair à canon, semble dire Ahmad Ghossein. Ils sont les victimes de toutes les guerres et surtout des vanités des dirigeants. Un regard humain sur ces conflits de partout dans le monde. Dommage que la sortie du film ait été retardée en raison des circonstances actuelles.


coup d’envoi

Par un coup de pied de Malak Herz

17 octobre 2019, la rue s’enflamme! Le peuple libanais, toutes confessions confondues, est uni et déterminé à aller jusqu’au bout de ses forces et de ses convictions pour renverser un pouvoir depuis trop longtemps rongé par la corruption et indifférent à la misère et à la souffrance du peuple. Malak Alaywe Herz donne un coup de pied dans l’entrejambe d’un garde ministériel, sans un brin d’hésitation ni la moindre crainte. Immortalisé par le designer Rami Kanso dans une belle affiche devenue virale sur les réseaux sociaux, ce coup de pied est alors le coup d’envoi de la thaoura. Une femme, un geste, une œuvre qui symbolisent le courage des femmes dont le rôle déterminant dans les mouvements de contestation ne cessera de grandir.


D’un seul coup

La success story de Ali Basbous (689)

Le Middle East Architect Magazine l’a désigné parmi le top 50 des architectes de 2019. Natif de l’Iqlim el-Kharroub, au Chouf, et fondateur de l’agence Build Associative Data (BAD), Ali Basbous a remporté le concours international pour l’aménagement du quartier Xiangmihu, à Shenzhen, en Chine. La mégapole reliant Hong Kong à la Chine continentale est considérée comme « l’usine du monde en matière de technologies ». Le géant du télécom Huawei y a son siège social. Airbus y a implanté un centre d’innovation, et Microsoft et Apple ont ouvert des bureaux.

De même, la ville de Xingyi au sud-ouest de Guizhou lui a confié le plan directeur de 4 000 km², soit le tiers (presque) du Liban !


Coup de blues

Helen Khal, l’hommage

« At the Still Point of the Turning World, There Is the Dance. » C’est à un magnifique hommage à Helen Khal et aux artistes qui peuplaient sa vie, Chafic Abboud, Yvette Achkar, Etel Adnan, Huguette Caland, Simone Fattal, Farid Haddad, Saloua Raouda Choucair, Aref Rayess et Dorothy Salhab-Kazemi, que le musée Sursock a invité les nostalgiques des années 60 et 70. Une danse silencieuse autour de cette femme de lettres et d’art, à travers un accrochage qui décrit son parcours jalonné de rencontres, de ruptures, d’exils et de retours.

L’exposition, inaugurée à la veille du 17 octobre, est une immersion dans l’intimité de la pudique Helen Khal, dans ses compositions de couleurs et ses mots qu’elle maîtrisait parfaitement. Un coup de (tous ses) bleus et un coup de blues, car elle n’a pas fini de nous manquer. Sans doute une des plus belles expositions de l’année…

Jusqu’au 1er mars 2020.


Coup d’aile

Un monstre volant au musée mim

Reconnaissance scientifique internationale d’un nouveau spécimen de ptérosaure et de son nom : Mimodactylus libanensis, en référence au pays où cette espèce a été découverte et au musée mim, qui a réussi à l’acquérir alors qu’il était convoité par le musée de Houston aux États-Unis. Vieux de 95 millions d’années, son squelette fossilisé est le plus complet jamais découvert au Moyen-Orient et en Afrique. Contemporains des dinosaures, les ptérosaures sont les premières créatures volantes. Elles ne portent pas de plumes ; elles ont une tête fendue d’une énorme mâchoire dentée, et se déplaçaient à quatre pattes, grâce à leurs ailes repliées verticalement. Cette famille de ptérosaures n’a jamais eu d’équivalent parmi les êtres volants.


Coup de cœur

Frida fait valser les bisous

Comme c’est étrange, il y a un temps avant et un temps après la révolution… Et tout ce qui précède le 17 octobre 2019 semble si lointain dans nos mémoires, comme si on avait, ce soir-là, remis tous les compteurs à zéro pour reprendre depuis le début. Et pourtant il n’y a pas longtemps, un 21 septembre exactement, dans les jardins du restaurant L’Appartement, L’OLJ faisait une belle découverte. Frida Chehlaoui, alias Frida, présentait son premier album composé de sept titres en arabe courant et un titre en français : La valse des bisous. Pour Frida, c’était la rencontre avec Ghazi Abdel Baki qui était à l’origine de l’album. Submergé par les émotions, le public fait ce soir, sur le fil tantôt grave tantôt suave de la voix Frida, le plus beau des voyages nocturnes, sous le signe de l’amour.


Coup d’éclat (de rire)

Farix, faiseur de sourires

Pour Stephen King, « l’humour est presque toujours la colère maquillée ». Humoriste naviguant sur les réseaux sociaux avec une bonhomie imperturbable et pourtant fédératrice, Farid Hobeiche, plus connu sous le pseudo Farixtube ou Farix, met en avant les sujets politico-sociaux rageants avec une désinvolture de face déstabilisante. Celui qui clame haut et fort ne pas faire partie de la flopée d’influenceurs a pris le parti de ne pas user de mises en scène étudiées. Antiélitiste au possible et pourtant loin de tomber dans l’humour populiste, Farix réussit, notamment depuis la révolution enclenchée le 17 octobre, à arracher des sourires là où le bât blesse dans une conjoncture en déliquescence jusqu’à la lie.


Coup dans le mille

Hady Sy, briseur de murs

On le dirait presque devin avec ce mur de l’espoir érigé il y a quelques mois à même la place des Martyrs devenue plus que jamais espace de revendications de tous les droits et devoirs citoyens. C’est dans le cadre de la manifestation artistique annuelle Beirut Art Fair que Hady Sy a dévoilé « son mur » aux barreaux défoncés de plus de quatre mètres de haut. « Je veux que les gens passent à travers », clamait-il dans un entretien avec L’OLJ quelques semaines avant le déclenchement de la révolution. C’est désormais chose faite ; l’installation imposante est dans toutes les prises de vue des manifestations mais surtout dans les mémoires collectives de ceux qui, comme lui, croient que le changement passera forcément par la tombée de la peur face à l’Autre, des murs communautaires, racistes, religieux, et identitaires.


Coup de glam

Salim a touché Queen B

Doux géant qui eut naguère les cheveux bleus comme s’il avait éraflé le ciel en passant, Salim Cherfan est venu à la mode par le biais du graphisme. Pour cet obsédé de couleurs, le vêtement est une manière de combattre la morosité en recréant un cocon irisé propice à l’énergie créative. Poulain de l’incubateur Starch, celui qui déclarait à ses débuts : « Je voulais créer des pièces confortables qui mettent en valeur notre enfant intérieur. Je voulais faire sourire » a réussi, en novembre, à toucher Beyoncé. Queen B, la star incontestée de la pop, a trouvé en Cherfane et son label « Jeux de mains » une esthétique proche de sa propre philosophie positive. Son portrait en tailleur pantalon en aplats géométriques rose, pourpre, blanc et bleu a fait le tour de la Toile.






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VIRAGE CONTRÔLÉ

On aurait pas oublier un clown américain ?

Un clowns pareil c'est un artiste hors classe hahahaha...

Eleni Caridopoulou

De toutes ces manifestations je choisis le Requiem de Verdi à Baalbeck

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