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Culture

La « révolution » libanaise en six illustrations chocs

Sélection

Ils maîtrisent le langage graphique et transmettent à travers lignes et couleurs les plus forts des messages. Le soulèvement de ces cinq derniers jours a bien évidemment inspiré les illustrateurs. Ou quand le dessin n’a pas besoin d’un... dessin. En voici six déjà emblématiques.

22/10/2019

Bernard Hage : C’est aujourd’hui que la guerre civile a pris fin

Illustration Boo (Bernard Hage)


Quand on regarde le logo que Bernard Hage a créé pour unifier l’identité visuelle de la révolution, la date (2019) et le mot (thawra) kidnappent simultanément le regard. Graphic designer, illustrateur et bédéiste, Bernard Hage déclare vivre la plus belle histoire d’amour avec son peuple. « Nous pensions que la guerre civile était terminée, mais le peuple était simplement en déni. Voilà 30 ans nous subissons une guerre froide. C’est aujourd’hui que la guerre civile a pris fin, que le peuple se regarde et que chacun s’identifie à l’autre. Cette révolution est notre dernière chance, il ne faut surtout pas baisser les bras et ne pas oublier (avec l’aide des médias) de brandir la devise de cette révolution. Kelloun yaané kelloun !


Zarifi Haïdar : tous unis, main dans la main

Illustration Zarifi Haïdar

De la multitude d’images qui circulaient le premier jour des manifestations, Zarifi Haïdar avoue avoir été particulièrement bouleversée par celle de notre collègue Gilles Khoury, représentant trois figures religieuses, chrétienne, musulmane et druze, marchant main dans la main parmi la foule. « Je n’ai pas pu m’empêcher de transformer cette photo en illustration, parce que j’ai eu l’impression que, pour la première fois, le rêve de voir toutes ces communautés main dans la main se concrétisait », confie l’architecte et illustratrice qui considère que relever le défi de l’unité nationale ne passe pas par la négation des religions mais, au contraire, par leur harmonie.


Rami Kanso :la femme qui brise les murs

Illustration Rami Kanso

Rami Kanso a le réflexe rapide. Le graphic designer travaillant à Londres a suivi, via les réseaux sociaux, les premiers mouvements protestataires du jeudi 17 octobre au soir. Il tombe sur la vidéo virale montrant une jeune femme donnant un coup de pied au bodyguard armé d’un ministre. « L’inspiration m’est venue tout de suite, d’une manière spontanée. Le design m’a pris quelques heures seulement. C’est l’attitude de la jeune femme qui m’a inspiré. Elle a brisé beaucoup de tabous, de murs. D’abord celui d’une personne non armée face à une autre qui l’est ; d’un citoyen face au convoi d’un politicien ; d’une femme face à son oppresseur... Je n’aurai jamais pensé que cette illustration serait autant partagée. » Jusqu’à devenir l’un des emblèmes de ce soulèvement populaire d’octobre 2019.


Ivan Debs : tous unis contre les dinosaures au pouvoir

Illustration Ivan Debs

Avec ses lignes graphiques élancées et ses couleurs de feu, l’illustrateur Ivan Debs a signé, encore une fois, une œuvre puissante et éloquente.

« Ceci est une révolution, scande l’artiste. Et nous avons des chances de gagner ! Laissons de côté les différences religieuses, politiques ou autres. Tout ce qui peut nous diviser doit disparaître maintenant. La jeunesse du Liban s’est soulevée, et elle proteste. Des manifestants de tous les âges, de toutes les classes sociales, sont tous unis contre les dinosaures au pouvoir, ces porcs assoiffés de sang et d’argent. Leur règne nous a saignés, il est temps de revendiquer nos droits et notre liberté. »

« Partageons le message le plus possible, faisons leur peur ! Nous devons rester unis, forts et conscients ! Nous n’y arriverons que par nous-mêmes, par l’amour et la révolte. »


Nour Flayhan : la carte de nos histoires

Illustration Nour Flayhan.

Depuis le Koweït, dès les premières heures de la révolution, Nour Flayhan visionne les images des manifestations que partagent ses amis sur les réseaux sociaux. Scotchée à son écran, elle raconte s’être rendu compte que « pour la première fois, tout le monde partageait la même cause, mais chacun racontait une histoire différente dans la rue ». Partant, l’illustratrice et storyteller s’empare de son stylo, trace les contours du Liban où elle fait se télescoper toutes les bribes d’histoires glanées dans la rue, dont le désormais emblématique coup de pied de Malaké Alaywe, les garçons masqués à la Casa del Papel, la manifestante grimée façon Joker ou la femme s’adressant à des militaires… Mais plus que de simplement documenter ces moments historiques, Nour Flayhan espère « transmettre au monde notre force, lorsqu’on fonctionne en communauté... ».


Ghaleb Hawila : le Phénix, une résurrection dans les flammes

Illustration Ghaleb Hawila

En hommage au peuple en révolte, le calligraphe Ghaleb Hawila a reproduit l’oiseau du Phénix avec ses ailes de feu où il est écrit en lettres arabes : « Prends feu ô Phénix, car la vie t’attend, prends feu et n’aie crainte, car la liberté se nourrit de ta colère. » « La liberté attend depuis longtemps que le peuple se révolte et de cette manière », dit-il encore.

On sait que l’oiseau légendaire qui était unique, mais vivait très longtemps, se reproduit lui-même : quand il sentait venir sa fin, il mettait le feu à son nid, battait des ailes pour en attiser les flammes et s’y consumait. Une fois réduit en cendres, un oisillon en renaissait. « Le peuple ne peut prendre son envol qu’en mettant le feu au moyen de sa colère », dit Hawila.


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Zovighian Michel

Ces illustrations sont très représentatives.

Aujourd'hui on a besoin de positiver parce que le Libanais a dépassé le stade et le besoin de se justifier. Fait accompli (over and done).

Il faut encourager les manifestants à concrétisez leurs visions (il y en a plusieurs). Ils ont besoin de se retrouver sur l'essentiel.

Ne les jugez pas, n'essayez pas de les moquer, et surtout ne pensez pas que ce mouvement va perdre son élan. Ni aujourd'hui, ni demain, ni après-demain...

Algebrix

Je trouve que l'illustration “ main dans la main “ est la plus touchante. Elle représente la force de cette nouvelle révolution! Nous pouvons maintenant espérer de voir renaître notre pays comme le dit Feyrouz “baladna 3am yekhlak gdid, Lebnan el karameh will cha3b el 3anid...”

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