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Lifestyle - Mostra de Venise 2019

« Jidar el-Sot » d’Ahmad Ghossein : « Pour que les hommes ne soient plus désormais de simples nombres »

La première du film « Jidar el-Sot » d’Ahmad Ghossein a eu lieu dimanche dans le cadre de la Semaine de la critique (Critic’s Week) de la 76e édition de la Mostra de Venise, qui comprend sept premiers longs métrages en compétition concourant pour le « Lion du futur – Prix Luigi de Laurentiis de la meilleure première œuvre ».

L’équipe du film « Jidar el-Sot » (de gauche à droite) : Karam Ghossein, Issam Boukhaled, Giona Nazzaro, responsable de la Semaine de la critique, Ahmad Ghossein, Sahar Minkara et Boutros Rouhana, à la Mostra de Venise. Photo DR

Standing ovation et applaudissements nourris de la part d’un public qui est resté tout au long du film silencieux, presque abasourdi. C’est cet accueil plus que chaleureux qu’a reçu l’œuvre coup de poing d’Ahmad Ghossein qui présentait dimanche soir en avant-première son film Jidar el-Sot (All this Victory) devant une salle comble. Ce film, produit par Abbout Productions, coproduit par Antoine Khalifé (Sunnyland Film en tant que membre d’ART Group), et Marie-Pierre Macia et Claire Gadéa (MPM Film), avait abouti sur le bureau de Georges Schoucair, directeur de la boîte de production de films indépendants. Il a finalement fait son chemin, également sous le regard de la productrice Myriam Sassine (Abbout Productions) après sept ans d’allers-retours, avant de recevoir à Karlovy Vary le prix Eastern Promises Works in Progress. Cette compétition, qui met en avant des projets d’Europe centrale et de l’Est, a vu cette année la participation du Moyen-Orient. Le film a également reçu le soutien de l’Arab Fund for Arts and Culture (AFAC), des Visions Sud-Est ainsi que de la SDC (l’agence suisse pour le développement et la coopération), le Fonds image de la francophonie et Doha Film Institute. Toutes ces forces réunies lui ont permis de voir le jour.

Giona Antonio Nazzaro, directeur et programmateur de la Semaine de la critique, avoue avoir été séduit par l’œuvre d’Ahmad Ghossein : « Il a une manière très classique, très précise de narrer l’histoire à la façon des films des années 50, comme ceux de Samuel Fuller. » « Ce qui m’a également frappé, confie-t-il durant un verre informel après la projection, c’est que c’est un récit historique avec un regard jeté non pas en arrière, mais toujours en avant. »


(Lire aussi : Ahmad Ghossein, un art en cavale...)


Humanité
« Jidar el-Sot n’est pas un film d’auteur », affirme Georges Schoucair. Ahmad Ghossein, artiste pluridisciplinaire, est connu pour son travail artistique et visuel, pour ses œuvres de vidéaste, ainsi que pour ses recherches et ses enquêtes artistiques, élaborées toujours sur un thème qui puise toujours dans notre environnement et notre quotidien. Il a réalisé auparavant plusieurs documentaires et courts métrages, notamment My Father Is Still a Communist (MOMA, Berlinale, meilleur court métrage à Tribeca en 2011), et The Fourth Stage (au Forum de la Berlinale en 2016). En 2017, il coréalise White Noise avec la cinéaste Lucie La Chimia un court-métrage qui a fait l’ouverture de la Quinzaine à Cannes en 2017. Jidar el-Sot est son premier long métrage.

« C’est un film qui mêle subtilement réalité et fiction », ajoute Schoucair. Pour sa part, le réalisateur, dans son discours de remerciement, a mis l’accent sur les êtres humains : « Il est temps de témoigner au monde entier que nous sommes des civils, et non des nombres qu’on égrène dans les médias à chaque conflit. » Même si l’action se déroule en 2006 lors de l’invasion israélienne du Sud-Liban, il ne s’agit pas d’un énième film sur la guerre, mais d’un film sur « la nature guerrière de l’homme », partout dans le monde, manipulée par les seigneurs de la guerre. À la suite de tels événements, l’homme se retrouve toujours transformé, en rupture avec sa nature première. « J’ai voulu faire un éclairage sur les traumatismes et les changements que subissent les gens durant les conflits. »

Le film se déroule donc au moment où le Sud-Liban est envahi par Israël. Marwan (Karam Ghossein), qui part à la recherche de son père sans savoir que cette guerre-surprise a éclaté, va se retrouver en quelque sorte pris en otage dans la maison des amis de son père, derniers des Mohicans dans un Sud ravagé. Le public assiste durant une heure et demie à un huis clos où les cinq personnages interprétés par Karam Ghossein, Adel Chahine (à qui l’équipe a rendu hommage puisqu’il a disparu avant d’avoir pu voir le film), Boutros Rouhana, Issam Boukhaled et Sahar Minkara, vont devoir confronter leurs peurs, leurs angoisses, leurs conflits personnels dans une atmosphère où la claustrophobie et le sentiment d’étouffement atteignent leur paroxysme. Dans Jidar el-Sot , il y a un sixième acteur. Celui-ci est invisible mais omniprésent, presque tactile. C’est le son. Puissant et parfois en rupture avec l’action, il ajoute une strate supplémentaire à cette atmosphère déjà lourde. Aux manettes de ce son qui monte crescendo, Rana Eid installe une ambiance asphyxiante, qui encapsule de plus en plus les personnages du film et le public.


Standing ovation et applaudissements nourris de la part d’un public qui est resté tout au long du film silencieux, presque abasourdi. C’est cet accueil plus que chaleureux qu’a reçu l’œuvre coup de poing d’Ahmad Ghossein qui présentait dimanche soir en avant-première son film Jidar el-Sot (All this Victory) devant une salle comble. Ce film, produit par Abbout Productions,...

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