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Culture - Expositions

Dans l’antre confidentiel d’Helen Khal

Initialement programmés dans le cadre du festival Home Works 8 d’Ashkal Alwan, le musée Sursock accueille deux événements qui creusent une belle parenthèse au cœur de la situation que traverse le pays. D’une part « At the Still Point of the Turning World, There is the Dance », qui cartographie, à travers le prisme d’Helen Khal, la scène de l’art libanais des années 60 et 70 ; et de l’autre « The Amateur » et « Problems with Metaphor » de Mandy el-Sayegh.

Au musée Sursock, une exposition inédite car elle met en parallèle plusieurs figures de l’art, Chafic Abboud, Yvette Achkar, Etel Adnan... Photo Michel Sayegh

Qu’on ait eu le loisir de vivre cette époque ou pas, pour peu qu’on évoque les années 60 et 70 libanaises, il est commun qu’on se sente remué, peut-être même rongé, par un frisson de nostalgie envers ce temps que l’on s’est accordé à appeler l’âge d’or et dont il ne nous reste pourtant aujourd’hui que la poussière de quelques pellicules jaunies.

Dans le cadre de Home Works 8, les curatrices Carla Chammas et Rachel Dedman ont choisi de poser sous leur loupe ces deux décennies libanaises qui se sont vu porter par une génération d’artistes libres et audacieux, des femmes en grande majorité, dont on continue à voir la marque profonde laissée par leurs œuvres.

Inédite car elle met en parallèle plusieurs figures de l’art, Chafic Abboud, Yvette Achkar, Etel Adnan, Huguette Caland, Simone Fattal, Farid Haddad, Saloua Raouda Choucair, Aref Rayess et Dorothy Salhab-Kazemi, l’exposition est d’autant plus exceptionnelle qu’elle s’amorce et s’articule autour d’Helen Khal, « une femme et artiste multifacette, largement sous-estimée mais qui était au cœur de cette génération.

Carla Chammas et moi-même avons eu le désir de la mettre non seulement au centre de cet événement, mais aussi d’en faire le point de départ », explique Rachel Dedman.

« At the Still Point of the Turning World, There Is the Dance » s’ouvre ainsi, en beauté, en nous invitant dans l’antre confidentiel d’Helen Khal, où se déploie le castelet de toutes les femmes qu’elle abritait en elle.

Au gré de toiles, d’écrits intimes, de photos d’archives et de documents personnels, on part donc à la rencontre de l’artiste débarquée en 1946 de Pennsylvanie (où elle est née et a poussé) vers l’Alba sous la tutelle de César Gemayel et Fernando Manetti, puis de l’écrivaine du remarquable The Woman Artist in Lebanon qui recensait les femmes libanaises dans l’art, la journaliste pour le Daily Star et le Monday Morning, la galeriste qui a cofondé, avec son mari Yusuf, la Gallery One en 1963, mais aussi l’amante, l’amoureuse et la mère dont on devine en filigrane les blessures de son déchirement avec ses enfants dont elle perd la garde lors de son divorce. À mesure que l’on avance dans le musée Sursock, que l’on détricote les dédales intimes de Khal, on se prend à découvrir ses connexions avec ses confrères artistes de l’époque dont les œuvres, dans le reste de l’exposition, sont mises en parallèle avec les siennes. Que ce soit à travers un délicieux volet consacré aux thèmes « Love », « Gender », « Sex », « Motherhood » où l’on aperçoit, tour à tour, le pastel ludique d’Huguette Caland répondre à la sensualité abstraite de Simone Fattal, le « sex » festif de Aref Rayess comme le double inversé de l’érotisme graphique de Saloua Raouda Choucair ou de la douce crudité de Dorothy Salhab-Kazemi ; les expérimentations d’Yvette Achkar, Chafic Abboud et Farid Haddad au sein de Gallery One ou un pan réservé à la relation d’Helen Khal avec Huguette Caland, Carla Chammas et Rachel Dedman auront surtout réussi le pari de cartographier toute une époque fondatrice, loin des complaintes nostalgiques, trop faciles, qu’on nous servait systématiquement quand il était question de notre supposé âge d’or.


Économie visuelle

Les salles jumelles du musée Sursock accueillent par ailleurs, sur une commission de Home Works 8, deux nouvelles œuvres de Mandy el-Sayegh. D’une part, la vidéo et installation sonore The Amateur qui interroge la question d’économie visuelle, et ce en y confrontant des images de mort à celles de l’histoire de l’art occidental. D’autre part, entre des murs et des sols recouverts de latex, s’érige l’installation Problems with Metaphor qui couronne l’intérêt de l’artiste pour ce matériau qui, en plus d’être produit en Malaisie, le pays natal de Sayegh, se distingue par sa capacité à préserver la matière tout en se dégradant…

Un détour par le musée Sursock est de mise, donc, d’autant plus que l’accrochage exceptionnel des œuvres de Pablo Picasso se poursuit jusqu’au 6 janvier.


*« At the Still Point of the Turning World, There Is the Dance »,

exposition collective au musée

Sursock, rue Sursock, Beyrouth, jusqu’au 19 janvier 2020.

**« The Amateur » et « Problems with Metaphor » de Mandy el-Sayegh au musée Sursock, rue Sursock,

Beyrouth, jusqu’au 23 février 2020.


Qu’on ait eu le loisir de vivre cette époque ou pas, pour peu qu’on évoque les années 60 et 70 libanaises, il est commun qu’on se sente remué, peut-être même rongé, par un frisson de nostalgie envers ce temps que l’on s’est accordé à appeler l’âge d’or et dont il ne nous reste pourtant aujourd’hui que la poussière de quelques pellicules jaunies. Dans le cadre de Home...

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