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LE LIBAN À TABLE
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Le goût de nos émotions


Chère lectrice, cher lecteur,

Se changer les idées, de temps à autre. Mon obsession, la vôtre probablement aussi, mon salut même, en ces temps si difficiles pour le Liban. À défaut de cuisiner, j’ai choisi de regarder un film qui parle de cuisine. Et parce que tout était mieux avant, j’ai jeté mon dévolu sur ce délicieux « Come Agua Para Chocolate », « Les Épices de la passion » en français -rien que ça-, un film mexicain d'Alfonso Arau sorti en 1992.

Et même s’il a clairement vieilli, le charme et la poésie de ce film qui a été adapté en série l’année dernière, demeurent intacts, surtout pour les amoureux de cuisine et d’amour. Comme moi.

En résumé, l’histoire, adaptée du roman de Laura Esquivel, se passe au début du XX e siècle, durant la révolution mexicaine. Tita et Pedro s’aiment d’amour fou mais elle ne peut l’épouser. Sa mère impose que sa sœur aînée le fasse, comme le veut la tradition et son caractère autoritaire…

Que vient faire la cuisine dans cette histoire, me direz-vous ? Tita, qui adore cuisiner, réussit comme par magie à communiquer ses sentiments à travers la préparation de ses plats. Ainsi, lorsque Pedro lui offre un bouquet de roses et qu’elle décide de les cuisiner, se blessant au passage le doigt avec des épines, c’est l’ardent désir qu’elle ressent pour lui qu’elle communique aux invités qui, en dégustant ses plats, ne comprennent pas cette brutale sensualité qui les envahit.
Et lorsqu’en préparant le gâteau de mariage de sa sœur, ses larmes se perdent dans la pâte, ce sont tous les invités qui, en mangeant, seront pris d’une mélancolie nauséabonde.

Alors, si seulement je savais cuisiner, je mettrais de l’énergie positive dans les œufs battus, j’exhalerais de la bienveillance en roulant les feuilles de vigne, multiplierais les sourires en façonnant les boulettes de kebbé de potiron et me laisserais envahir par le bonheur en pressant les citrons. Et partout, tout le temps, je mettrais des louches d’amour. Un amour simple, universel, pacifiste.
Je suis convaincue que tous les chefs, tous ceux qui cuisinent, ont ce pouvoir sans vraiment le savoir. Leur magie est dans les saveurs qui nous font sourire, qui nous consolent et nous donnent du plaisir.
Voici ma proposition : et si vous essayiez de cuisiner, avec amour, passion, tendresse, pour mieux les transmettre, le chou vert tonnato d'Andréa Boueiz, le hommos au cumin de Liza Soughayar Asseily, une moghrabié, l’originale kafta de canard, datte et sauge de Karim Haïdar, la salade arménienne de boulghour et tomate (Itch) d’Aline Kamakian ou encore le crumble aux pommes de Caline Chaya Chaoul ?

(Cheffe) Carla Henoud


Témoignages : pour ces chefs libanais la cuisine, un acte de résistance culturelle

Dans le contexte compliqué que connaît le Liban, la cuisine prend une toute autre dimension. Pour certains, elle devient une thérapie, pour d’autres un langage universel contre la violence, voire un acte de résistance culturelle. L’Orient-Le Jour a rencontré plusieurs chefs libanais et auteurs spécialisés sur la cuisine libanaise, qui se sont confiés sur leur rapport à la cuisine en ces temps difficiles.

Coup de coeur

Face à l’ampleur de la crise humanitaire au Liban, avec plus d’un million de personnes déplacées, le ministère du Tourisme a lancé samedi dernier, l’initiative « Sofra » : une plateforme innovante qui met en réseau restaurants, ONG et donateurs du monde entier pour fournir des repas chauds aux familles, tout en soutenant un secteur de la restauration en plein affaiblissement. Une initiative à découvrir juste ici.


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