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Liban

Macron à Aoun : L’esprit et l’héritage de Sfeir continueront d’inspirer le Liban

Deuil

Ultime journée de condoléances à Bkerké pour la disparition du père de la seconde indépendance.

Fady NOUN | OLJ
18/05/2019

Au lendemain des obsèques du patriarche émérite Nasrallah Sfeir, unanimement salué ces jours-ci en tant que « père de la seconde indépendance », et à l’issue d’une ultime journée de condoléances, le patriarche Béchara Raï a publié hier soir un communiqué exhaustif de remerciements adressé à tous ceux, « chrétiens et musulmans », qui se sont rendus à Bkerké ou se sont déplacés pour les funérailles.

Alors que le défilé de visiteurs se poursuivait hier dans le grand salon du patriarcat maronite, la France a rendu hommage « au combat constant et courageux pour la souveraineté et l’indépendance du Liban » du patriarche émérite Nasrallah Boutros Sfeir, dans un message de condoléances du président Macron que le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a remis jeudi au président Michel Aoun, peu avant les obsèques à Bkerké, et dont le texte a été rendu public hier.

« Votre pays perd une figure tutélaire et le mien un ami très cher, défenseur du modèle libanais de pluralisme, de tolérance et de coexistence, auquel nous sommes particulièrement attachés, dit le message du chef de l’État français. Je garde notamment en mémoire son action pour la réconciliation et le dialogue entre les différentes communautés religieuses du pays après la guerre civile. »

« Je tiens également à rendre hommage au combat constant et courageux du patriarche Sfeir pour la souveraineté et l’indépendance du Liban, dans une période où elles étaient particulièrement menacées. Je ne doute pas que cet esprit et cet héritage continueront d’inspirer les Libanais pour faire face aux défis auxquels est confronté votre pays, qui pourra compter dans ses efforts sur le soutien de la France », écrit encore Emmanuel Macron.Au cours de sa visite au palais présidentiel, le ministre français des Affaires étrangères était accompagné du nouveau conseiller diplomatique du président Macron, l’ancien ambassadeur de France au Liban, Emmanuel Bonne.


(Lire aussi : Tollé après l’insulte du président de la CGTL à la mémoire de Sfeir)


L’hommage du secrétaire général de l’ONU

« La disparition du patriarche Sfeir n’est pas une perte pour le Liban seulement, mais aussi pour la communauté internationale, qui perd une figure éminente qui avait consacré sa vie à la justice, à l’homme, au vivre-ensemble, à la tolérance, à la défense du faible, à la lutte contre la pauvreté et à la promotion du rôle de la femme », a dit de son côté Rola Dachti, secrétaire exécutive de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (Cesao), économiste koweïtienne de renom et championne confirmée des droits de la femme et de l’égalité entre les sexes, qui a présenté hier au patriarche Raï ses condoléances, au nom du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres.

Par ailleurs, l’émissaire de l’émir du Qatar, le ministre d’État Hamad ben Abdel Aziz Kawari, qui a représenté son pays aux obsèques du patriarche Sfeir, a fait une nouvelle apparition à Bkerké hier pour y saluer le patriarche Raï et prendre congé. Ce qu’il avait déjà fait en se rendant aussi au palais présidentiel de Baabda et au palais Bustros, où il a insisté sur la solidité des relations libano-qataries.

Au dernier jour des condoléances, des dizaines de personnalités de tous horizons ont continué à défiler dans le grand salon de Bkerké. Parmi les visiteurs, une délégation du Parti démocratique libanais conduite par son chef, Talal Arslane, et comprenant le ministre des Déplacés, Saleh Gharib, ainsi que l’ancien ministre Wi’am Wahhab, qui ont préféré ne pas se retrouver aux obsèques du patriarche Sfeir directement en contact avec les leaders et les partisans du PSP, venus en masse au siège patriarcal.

« Aux jours les plus difficiles, Bkerké est resté pour tous un bastion de la liberté de parole et d’opinion, a dit M. Wahhab. (…) Il se montrait compréhensif et assurait à chacun entière liberté de parole (…). C’était un visionnaire, qui savait faire accepter avec élégance les choses les plus difficiles, aussi sérieux que soit le sujet abordé. »


(Lire aussi : Sfeir-Chamseddine, une même vision libaniste du pays...)

Les « anciens » de la Rencontre de Kornet Chehwane

Le matin, et sur demande patriarcale, Mgr Youssef Béchara avait présidé une messe en l’église du siège patriarcal, en présence des deux députés Chawki Daccache et Michel Moawad et des anciens députés Boutros Harb et Farès Souhaid, et de quelques membres fondateurs de la Rencontre de Kornet Chehwane.

Dans une courte homélie prononcée pour l’occasion, l’évêque a rappelé que la Rencontre, voulue par le patriarche Sfeir comme une courroie de transmission indispensable de sa pensée politique, avait été rendue possible par l’appel au retrait des troupes syriennes de septembre 2000 qui avait sonné l’heure d’un engagement renouvelé pour la défense de la souveraineté du Liban.

Quatre années durant, Nasrallah Sfeir avait veillé sur cette Rencontre, qui avait fini par se disloquer pour diverses raisons, a-t-il encore expliqué.

Le patriarche Sfeir a reçu hier l’hommage de l’uléma chiite Mohammad Hassan el-Amine qui, dans une déclaration à l’Agence nationale d’information, a salué en lui « un homme de principes ayant joué un rôle politique et national déterminant dans les circonstances les plus difficiles qu’a traversées le Liban, durant et après la guerre civile ».

« J’ai eu l’occasion de le rencontrer à plusieurs reprises. J’ai pu comprendre ainsi le secret de l’amour que lui portaient les Libanais, et ai réalisé qu’il représentait l’homme de religion responsable qui continue d’assumer ses responsabilités nationales dans les pires conditions ; c’était vraiment une personnalité exceptionnelle dans tous les sens du mot. Que Dieu le recouvre de sa miséricorde », a conclu l’uléma.

La ministre May Chidiac, qui a fait l’objet d’une campagne de critiques sur une chaîne de télévision pour des propos antisyriens tenus après la visite de condoléances effectuée à Bkerké par l’ambassadeur de Syrie au Liban, a affirmé hier « ne pas craindre les intimidations » et insisté sur le fait que « le geste aurait déplu au patriarche Sfeir, qui avait refusé d’accompagner le pape Jean-Paul II durant sa visite pastorale en Syrie ».


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