Cette photo, diffusée par le ministère argentin de la Santé, montre un scientifique de l'Institut Malbran manipulant des conteneurs utilisés pour le diagnostic du hantavirus andin (celui détecté sur le bateau de croisière MV Hondius). Photo du ministère argentin de la Santé / AFP
Une croisière a viré au cauchemar pour les passagers du MV Hondius. Foyer d’une souche du hantavirus, la maladie a jusqu’à présent causé la mort de trois passagers. Le bateau venait de quitter Ushuaïa, dans le sud de l’Argentine (un pays où ce type de virus est endémique), début avril, quand le foyer a été découvert. L’enquête se poursuit pour savoir quel passager était porteur du virus à l’origine. Cette maladie transmise par les rongeurs avait déjà défrayé la chronique en février 2025, lors de la découverte macabre au domicile de l’acteur Gene Hackman, dont la femme Betsy Arakawa est décédée suite à une détresse pulmonaire due à une souche de ce virus.
Ces cas sur un bateau de croisière, à quelques années seulement de la pandémie de Covid-19, ont suscité des craintes dans le monde. Bien que l’Organisation mondiale de la santé ait déjà publié en mai un communiqué rassurant, L’Orient-Le Jour a interrogé le Dr Georges Khalil, infectiologue, pour plus de détails sur la maladie et son éventuelle présence au Liban.
Quelles sont les caractéristiques de ce virus ?
C’est un virus transmis par tous les rongeurs, mais essentiellement les rats et les souris. Les rongeurs porteurs du virus l’excrètent dans les excréments ou l’urine. L’homme n’est pas contaminé par contact, mais par inhalation. Un scénario possible est que les spores sont dispersées avec la poussière, comme quand on nettoie une surface contaminée.
Ce virus est connu depuis longtemps, mais les cas sont sporadiques et limités. Ils n’ont jamais encore causé d’épidémie notable (pas plus de quelques cas à la fois) dans le monde. Il faut savoir que quelques souches seulement se transmettent d’humain à humain, d’autres se transmettent seulement de l’animal à l’humain.
Le hantavirus n’est pas très contagieux, mais il est virulent, avec un taux de mortalité élevé qui peut atteindre 50 % dans certains cas.
Quels en sont les symptômes ?
La contamination par l’hantavirus provoque, après une période d’incubation, des symptômes pulmonaires, pouvant atteindre le stade de détresse respiratoire. Dans certains cas, le virus peut provoquer des syndromes cardio-pulmonaires (affectant le cœur et les poumons en même temps). Dans d’autres, il peut entraîner une hémorragie avec une atteinte pulmonaire et rénale simultanée.
Existe-t-il un traitement ? Quelles précautions prendre ?
Il n’y a ni traitement ni vaccin. Trop rare, il n’a pas fait l’objet de recherches suffisantes. Il faut donc donner la priorité à la prévention qui passe par la lutte contre la prolifération des rongeurs et leur proximité aux humains. Un des moyens de lutte reste une bonne gestion des déchets, car les ordures qui pourrissent dans les rues attirent les rongeurs et contribuent à leur prolifération. Quand, au Liban, on laisse les poubelles pourrir au soleil pendant plusieurs jours (ce qui a souvent été le cas ces dernières années, suite à des dysfonctionnements du système de gestion, NDLR), on privilégie ce type de transmission.
Étant donné les cas constatés actuellement sur le bateau de croisière, peut-on craindre une épidémie, pour ne pas dire une pandémie ?
Ce risque demeure très faible parce que les cas de transmission entre humains sont excessivement rares. Un scénario où il y aurait une dissémination à large échelle de spores provenant de rats et de souris est peu probable. Il faut savoir que la différence est notable avec le Covid-19, et il est inutile de paniquer. A priori, on est très loin d’un tel scénario.
Y a-t-il eu des cas avérés au Liban ?
Il n’y a pas eu de cas répertoriés au Liban, ce qui ne signifie pas nécessairement qu’il n’y en a jamais eu. Toutefois, les rongeurs au Liban ont fait l’objet d’études, dont une, récente, de l’Université libanaise sur les maladies hébergées par les rats. Ses résultats ont trouvé qu’ils étaient porteurs de virus dont on n’avait pas constaté l’existence auparavant, des gènes qui seraient transmissibles à l’homme. Il n’est donc pas exclu qu’il y ait eu des cas d’hantavirus en particulier, mais pour en avoir le cœur net, il faut faire des recherches plus ciblées.
J’ai moi-même publié un article dans une revue scientifique en octobre 2025 sur une autre bactérie transmise par des rongeurs : un cas de leptospirose (véhiculée par des rongeurs infectés ou par de l’eau contaminée), dont un premier cas a été rapporté au Liban récemment, et dont on n’avait pas répertorié l’existence dans notre société auparavant.



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