La commissaire européenne, Hadja Lahbib, lors d’une interview à « L’Orient-Le Jour ». Photo Van Meguerditchian/L’Orient-Le Jour
C’est à Beyrouth que la commissaire de l’Union européenne à l’égalité, l’état de préparation et de gestion de crises Hadja Lahbib a célébré la Journée de l’Europe, le 9 mai, dans le cadre d’une visite de 48 heures destinée à comprendre l’ampleur de la crise humanitaire causée par le conflit entre Israël et le Hezbollah.
L’occasion pour la responsable de faire part de la solidarité de l’UE envers le Liban, de rappeler que l’aide humanitaire (à travers les partenaires humanitaires et les agences onusiennes) doit être accordée à toutes les personnes déplacées ou dans le besoin, sans distinction de la religion, de l’ethnie ou des origines. Dans une interview exclusive accordée samedi à L’Orient-Le Jour, à l’hôpital gouvernemental de la Quarantaine, la commissaire européenne qui devait accompagner la septième cargaison d’aide au Liban – qui n’arrivera finalement que lundi pour raisons techniques – a révélé qu’avec cette nouvelle cargaison, le volume d’aide humanitaire de l’UE depuis le 2 mars 2026 aura atteint 300 tonnes. Cette interview s’est déroulée en marge d’une conférence de presse conjointe qu’elle a donnée avec le ministre de la Santé, au terme d’une visite des entrepôts où sont emmagasinées des cargaisons précédentes d’aide de l’UE, contenant notamment des kits chirurgicaux permettant d’opérer des blessés de guerre.
Quel est l’objectif de votre visite au Liban qui coïncide avec la Journée de l’Europe ?
Ce n’est pas une coïncidence. La Journée de l’Europe, c’est avant tout incarner notre solidarité avec le Liban et les valeurs à la base de la création de l’Union européenne qui a décidé un jour de dépasser ses différences. Nous avons déjà contribué avec 250 tonnes d’aide humanitaire depuis le début du conflit début mars (qui atteindront 300 tonnes lundi). Cela montre notre solidarité non seulement en mots, mais en aide concrète. Depuis la nouvelle escalade, nous avons dégagé 100 millions d’euros d’aide humanitaire d’urgence en plus des 250 tonnes de produits de première nécessité transportés grâce à notre réserve, mais aussi aux États membres de l’UE. Nous avons travaillé main dans la main avec nos partenaires, principalement des agences des organisations internationales et agences des Nations unies (UNFPA, OMS, HCR, Unicef…) pour transporter cette aide et stocker du matériel chirurgical permettant de répondre aux interventions d’urgence, dû aux nombre élevé de blessés. Les derniers chiffres font état de plus de 8 000 blessés et 2 500 vies perdues parmi lesquelles près de 200 enfants.
Quels responsables avez-vous rencontrés au Liban ?
Je me suis entretenue avec le président (Joseph) Aoun, le Premier ministre Nawaf Salam, le président du Parlement Nabih Berry. L’objectif était d’avoir leurs points de vue politiques, de comprendre les défis et de savoir comment nous pouvons les aider. J’ai également discuté avec les ministres de la Santé, Rakan Nassereddine, et des Affaires sociales, Hanine Ghaddar. J’ai aussi rencontré tous nos partenaires de terrain. J’ai été très émue par ma visite du siège de la Croix-Rouge libanaise. J’ai appris qu’ils ont eu des blessés et que deux personnes ont perdu la vie dans leurs rangs. C’était important de leur dire combien leurs vies comptent et combien leur travail et leur protection sont importants. Nous préparons une communication humanitaire que nous rendrons publique à la fin du mois. Parce que nous constatons des violations de plus en plus courantes du droit international humanitaire – qui se traduisent par des blessés et des morts parmi les travailleurs humanitaires –, c’est inacceptable !
Quels messages adressez-vous au Hezbollah et à Israël ?
J’adresse un message à toutes les parties à ce conflit : il faut que les armes se taisent. Il faut que le Hezbollah rende son arsenal, qu’Israël cesse les bombardements et respecte l’intégrité territoriale du Liban. Ce qui est clair dans ma visite de 48 heures, de tous les témoignages, tous les récits, tous les défis entendus, c’est que cette guerre ne se résoudra pas par les armes. J’appelle également l’État libanais à engager les réformes nécessaires, et les pays membres de l’UE à continuer de se mobiliser pour le Liban.
Comment évaluez-vous la situation au Liban par rapport aux crises précédentes ?
Il m’est difficile de faire une comparaison avec les crises précédentes parce que chaque crise a sa propre logique. Ici, c’est la rapidité de l’escalade. On avait un regain d’espoir suite à la mise en place du nouveau gouvernement, aux réformes enclenchées. Et cette subite escalade a jeté des centaines de milliers de personnes sur le chemin de l’exil, dans leur propre pays pour certaines d’entre elles, d’autres qui avaient fui une guerre précédente se retrouvent une fois encore déplacées. Cette guerre a basculé des centaines de milliers de personnes dans la vulnérabilité et la souffrance. Un cessez-le-feu pourrait certes arrêter le nombre de blessés et de morts, mais il va falloir un temps incroyable pour récupérer. Et malheureusement, ce que j’observe, c’est un retour en arrière. Un terrible gâchis !
Chacun voit les choses depuis son point de vue, or il convient d’avoir ce qu’on appelle en anglais « the global picture » (une vision globale) pour résoudre le problème. On voit le blocage du détroit d’Ormuz et la crise économique, mais on voit moins l’impact humanitaire. C’est aussi ce que je suis venue voir pour en témoigner à mon retour à Bruxelles. La guerre rend l’aide humanitaire difficile, on arrive difficilement à aider les personnes dans le besoin, ce qui augmente les coûts. Et puis les gens risquent leur vie en aidant les autres. De plus, les moyens s’amenuisent parce qu’il y a aussi une crise économique au niveau européen liée à ce blocage. Ce qu’on voit, c’est un effet en cascade.
Lors de la conférence de presse, vous avez appelé les autorités libanaises à une aide équitable et évoqué la nécessaire inclusion. Avez-vous constaté des inégalités ?
Non, mais dans les situations de tensions extrêmes, nous voyons resurgir sur le terrain les réflexes de protéger ceux qu’on estime être des nôtres et moins les autres. Il faut donc respecter le principe de l’aide humanitaire : la neutralité, l’indépendance, l’impartialité. Une personne dans le besoin est une personne qui mérite d’être aidée, peu importent sa religion, son appartenance ethnique et ses origines.


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14 h 50, le 10 mai 2026