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Liban

De Taëf au retrait des troupes syriennes, les moments-clés du patriarche

Témoignages

« L’Orient-Le Jour » a interrogé cinq personnalités politiques qui ont bien connu le prélat.

13/05/2019

Le décès hier à l’aube de l’ancien patriarche maronite Nasrallah Sfeir, quelques jours avant son 99e anniversaire, a plongé ceux qui l’ont côtoyé dans une profonde tristesse. Respecté aussi bien par ses alliés que par ses détracteurs, Nasrallah Sfeir ne laisse personne indifférent, dans la vie comme dans la mort. L’Orient-Le Jour a interrogé cinq personnalités politiques qui ont étroitement collaboré avec lui ces dernières années.

C’est avec émotion que l’ancien ministre Boutros Harb se rappelle du patriarche Sfeir et de son rôle crucial dans la mise sur pied en 2001 du Rassemblement de Kornet Chehwan, groupement qui a été le fer de lance de la lutte contre la tutelle syrienne dans la période de l’après-guerre. « Sans le patriarche Sfeir, il n’y aurait pas eu de Kornet Chehwan. C’est lui qui a mis les bases de ce rassemblement face à la tutelle syrienne et aux armes illégales (du Hezbollah) », indique M. Harb à L’Orient-Le Jour. « Mgr Sfeir a refusé de prendre parti pour Kornet Chehwan lors des élections législatives de 2005. Il préférait défendre publiquement des causes nationales et non pas politiques », souligne l’ancien ministre.

L’ancien député Farès Souhaid, qui a également fait partie du Rassemblement de Kornet Chehwan, explique que le patriarche suivait trois principes dans le cadre de ses initiatives politiques. « Mgr Sfeir pensait que le Liban n’existait pas uniquement pour les maronites mais que les maronites avaient été créés pour le Liban et qu’ils devaient assurer la souveraineté et l’indépendance de toutes les communautés du pays », explique M. Souhaid à L’OLJ. Il estimait également que tous les projets nationaux requièrent une union nationale et une entente islamo-chrétienne. Il pensait en outre que l’accord de Taëf était intervenu tardivement.

L’ancien ministre Ibrahim Chamseddine se rappelle pour sa part de la relation d’amitié qui liait son père, l’imam Mohammad Mehdi Chamseddine, au patriarche Sfeir, jusqu’au décès de l’imam en 2001. « Mon père avait grandement confiance en la personne du patriarche. Ils font tous deux partie des instigateurs de l’accord de Taëf et ont travaillé côte à côte pour que cet accord signifiant la fin de la guerre soit adopté », révèle M. Chamseddine. « J’ai rendu visite à Mgr Sfeir peu après la mort de mon père et il m’a dit : “Le cheikh est décédé. Je ne sais plus à qui je vais pouvoir parler maintenant. Il comprenait ce que j’avais à dire et je lui faisais confiance” », se souvient-il. « À eux deux, le patriarche et l’imam ont conçu le concept des sommets islamo-chrétiens dans le pays, et mon père insistait pour que ces sommets se tiennent toujours à Bkerké. L’imam Chamseddine disait toujours que s’il arrivait à se mettre d’accord sur quelque chose avec Mgr Sfeir, c’est que l’initiative en question allait sûrement être couronnée de succès », ajoute M. Chamseddine.

« Lorsqu’il m’a pris par la main à Kfarhim »

Marwan Hamadé, lui, gardera toujours en mémoire cette journée de l’été 2001 où Mgr Sfeir s’est rendu dans le Chouf pour sceller la réconciliation de la Montagne entre druzes et chrétiens. « Lorsqu’il m’a pris par la main à Kfarhim, porte du Chouf, au milieu des acclamations à notre passage dans ce premier village druze, nous avions déjà réalisé qu’en passant à Deir el-Qamar pour aller à Moukhtara, le circuit de la réconciliation et des retrouvailles serait scellé », raconte M. Hamadé à L’OLJ, non sans émotion. « Avec le patriarche Sfeir, puis avec Kornet Chehwan, en passant par la fameuse déclaration des évêques sur l’indépendance du Liban, nous avions réalisé que nous ferions chemin ensemble, que Samir Geagea sortirait de prison, que Michel Aoun rentrerait de son exil et que les forces syriennes quitteraient le pays, dit M. Hamadé dans un vibrant hommage au patriarche. Malgré les énormes sacrifices qui ont suivi, son rêve s’est réalisé, après le 14 Mars, avec une dernière angoisse, celle d’une 4e occupation, qui sera iranienne après le départ des Palestiniens, des Israéliens et des Syriens. »

« Mgr Sfeir est un des martyrs du 14 Mars. Son âme est le principal ciment de l’unité nationale malheureusement mise à mal par ceux qui versent aujourd’hui des larmes de crocodile et qui l’ont tellement malmené, malgré ses sacrifices », ajoute le député du Chouf.

L’ancien Premier ministre Fouad Siniora a quant à lui beaucoup côtoyé Mgr Sfeir du temps où il était ministre des Finances dans le gouvernement Rafic Hariri. « Je voyais à quel point il était sérieux dans ce qu’il entreprenait. Il était inébranlable dans ses positions », confie-t-il à L’OLJ.

Lorsque M. Siniora est chargé de former le gouvernement après la mort de Rafic Hariri en 2005, le contact est maintenu et l’entente est cordiale entre les deux hommes. « J’ai été lui rendre visite à Dimane, lorsque je menais mes négociations pour former le cabinet. Je lui ai dit que je voulais un gouvernement qui représente tous les Libanais et que je ne cherchais pas à m’allier avec une partie contre une autre. Le patriarche était ému de m’entendre dire cela et d’accord avec ma vision des choses, se souvient M. Siniora. Nous avons aussi parlé ce jour-là de la souveraineté du Liban et du retrait des troupes du régime syrien. Nous avions également peur que la vague d’attentats (contre les figures du 14 Mars) ne se poursuive », ajoute-t-il. Les cinq personnalités font surtout le même constat unanime : le vide que Nasrallah Sfeir laisse derrière lui est incommensurable.


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