Le président Joseph Aoun recevant une délégation de l'Union européenne au palais de Baabda, le 8 mai 2026. Photo publiée sur le compte X de la présidence libanaise.
Devant une représentante de l'Union européenne (UE), le président Joseph Aoun a appelé vendredi les pays européens à exercer une pression sur Israël parallèlement au soutien qu'ils apportent au Liban, afin de contraindre l'État hébreu à respecter le cessez-le-feu instauré le 17 avril. Une position réitérée lors d'un appel entre M. Aoun et le Premier ministre canadien, Mark Carney.
« Le soutien apporté par l'Union européenne doit s'inscrire dans le cadre d'une pression visant à contraindre Israël à respecter le cessez-le-feu et à s'abstenir de faire exploser les maisons et de raser les villages qu'il occupe dans le Sud », a exhorté M. Aoun lors d'une rencontre au palais de Baabda avec une délégation de l'UE, composée notamment de Hadja Lahbib, commissaire européenne chargée de l'égalité, de l'état de préparation et de la gestion des crises. Le chef de l'État a également dénoncé la poursuite des frappes israéliennes contre « les secouristes, les journalistes et les membres de la Défense civile ». « Les pertes humaines considérables causées par les agressions israéliennes contre le Liban font que les besoins en aide humanitaire des personnes déplacées augmentent de jour en jour. C’est pourquoi le Liban lance un appel aux pays frères et amis pour qu’ils fournissent une aide humanitaire et au développement d’urgence », a-t-il ajouté. Il a également souligné que « le Liban est attaché à un cessez-le-feu et à l’arrêt de toutes les opérations militaires afin d’entamer des négociations visant à mettre fin à la situation instable qui règne dans le Sud, en vue du redéploiement de l’armée jusqu’aux frontières internationales, de la libération des prisonniers libanais et du retour des personnes déplacées dans leurs villes et villages ».
Des pourparlers entre le Liban et Israël doivent se tenir la semaine prochaine à Washington, les premiers au niveau d'une délégation de négociateurs après deux réunions entre les ambassadeurs des deux pays, avec pour objectif affiché la consolidation d'un cessez-le-feu n'ayant jamais été effectif au Liban depuis le 17 avril, en particulier au sud du fleuve Litani. Depuis cette date, Israël a, au contraire, officialisé l'établissement d'une « zone tampon » au Liban-Sud et dans le sud de la Békaa, où il occupe plus de 60 villages sur plus de 600 km² de territoire libanais et poursuit ses bombardements ,ainsi que ses opérations de dynamitage et de démolition. Le Hezbollah continue, quant à lui, de tirer des salves de roquettes et de drones contre des positions et des troupes israéliennes, voire dans le nord d'Israël.
« Le Hezbollah doit cesser ses attaques et être désarmé »
De son côté, Mme Lahbib a déploré le fait que plus de la moitié de la population du Liban « dépend de l'aide humanitaire ». « À l'heure actuelle, plus de trois millions de personnes, donc plus de la moitié de la population au Liban, dépend de l'aide humanitaire pour survivre », a-t-elle déclaré, notant que l'UE avait déjà acheminé, depuis le 2 mars, six avions d'aide humanitaire et qu'un septième était attendu samedi. La Commissaire européenne a estimé que le cessez-le-feu proclamé le 17 avril avait ouvert « une mince fenêtre d'espoir ». « Le Hezbollah doit cesser ses attaques et être désarmé » et « Israël doit mettre fin à ses bombardements », a-t-elle dit. « Pour qu'un cessez-feu puisse mener à la paix, il faut avoir le courage (..) politique de s'adresser aux causes profondes de ce conflit », a souligné Hadja Lahbib.
Lors d'un appel avec le Premier ministre canadien, M. Aoun l'a également appelé à faire pression sur Tel-Aviv pour un arrêt des hostilités israéliennes, tandis que Mark Carney a affiché son soutien à « l'initiative libanaise » pour les négociations.
Le président Aoun s'est par ailleurs réuni dans la journée avec l'ambassadeur Simon Karam qui mènera les négociations directes avec Israël, selon la présidence. Il a également reçu une délégation de la Croix-Rouge libanaise dont il a salué le travail, affirmant que le devoir des autorités était de « défendre et protéger » les secouristes. « Nous avons demandé l’arrêt du ciblage des organismes de santé sous toutes leurs formes, de la Croix-Rouge à la Défense civile, ainsi que des journalistes, conformément aux lois internationales en vigueur et aux usages humanitaires ».
De son côté, le Premier ministre Nawaf Salam a reçu le commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, avec qui il a discuté de la situation dans le Sud, des efforts pour consolider le cessez-le-feu, ainsi que la situation sécuritaire à Beyrouth.
M. Salam a aussi reçu Mme Lahbib avec qui il a abordé la situation humanitaire au Liban et les moyens de renforcer la coopération entre le Liban et l'UE. Dans un entretien sur al-Jazeera, le Premier ministre a affirmé que Beyrouth oeuvre à « renforcer le cessez-le-feu » avant les pourparlers.
Raggi appelle l'Autriche à faire pression
Dans l'après-midi, le ministre des Affaires étrangères Joe Raggi a, lui, demandé, au cours d'un entretien téléphonique, à son homologue autrichienne, Beate Meinl-Reisinger, de faire « pression efficacement sur Israël afin qu’il mette fin à ses attaques contre le Liban ».
Le ministre a souligné que les prochaines discussions entre les ambassadeurs israélien et libanais à Washington, prévues dans quelques jours, auront pour objectif de consolider le cessez-le-feu en vigueur depuis le 17 avril mais violé quotidiennement, d’obtenir le retrait de l’État hébreu des territoires libanais occupés et de permettre à l’État d’exercer pleinement sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire, notamment à travers le désarmement du Hezbollah.
La ministre autrichienne a de son côté affirmé le soutien de son pays à l’initiative libanaise consistant à s’orienter vers des négociations avec Israël, exprimant « la volonté de Vienne de fournir tout ce qui est nécessaire pour assurer le succès de ce processus ». Elle a aussi informé le ministre Raggi que l’Autriche était « prête à contribuer au succès de toute formule future que pourrait proposer le gouvernement libanais comme alternative à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) ».



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09 h 45, le 11 mai 2026