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Lifestyle - Carnet De Bord

XII- Le plus beau pays du monde

Photo C.K.

Nous avons célébré l’anniversaire de mon fils cette semaine. Il vient d’avoir 4 ans, et m’a surpris en entonnant le Koullouna lil watan – tous ensemble pour la nation. La prononciation n’était pas parfaite, mais c’était quand même émouvant de l’entendre pour la première fois sorti de sa bouche, lui qui, il y a quelques mois à peine, ne parlait pas un mot d’arabe.

Il y a quelques années, un ancien Premier ministre du Canada avait usé d’un langage très coloré pour formuler son attachement au pays. Il avait déclaré que le Canada « est le plus meilleur pays au monde », porté par ce sentiment et tout le travail qui avait été investi pour l’amener à ce niveau d’excellence. Il avait bien raison d’ailleurs de s’enorgueillir, car après quelques années difficiles, le Canada a atteint un niveau fort enviable, et tous les indices de performance sont au plus haut. Depuis, c’est toute une génération de Canadiennes et de Canadiens qui profitent de ce travail, et qui ont hérité d’une qualité de vie exceptionnelle. Plus jeune, j’ai grandi avec un amour sanctifié pour le Liban. J’ai cassé les oreilles de nombreux amis et copains de classe durant de longues années en tentant de leur expliquer pourquoi le Liban est à mes yeux le plus beau pays du monde… J’ai débattu durant de longues heures en usant de tout un attirail d’arguments pour constamment le défendre, alors que par moments ils ne tenaient pas la route… L’amour rend aveugle et, pendant longtemps, j’ai refusé de voir les défauts et les raisons pour lesquels c’était difficilement justifiable de lui attribuer ce titre. Depuis notre retour au Liban, je vis mon patriotisme et mon amour de la patrie avec un certain détachement. Pas tant que ce retour ait tempéré mon attachement, mais c’est plutôt un excès de réalisme vis-à-vis des défis que nous traversons (et que nous devrons collectivement relever) qui m’a forcé à prendre ce recul nécessaire. Vu de loin, on peine à mesurer l’ampleur des challenges qui nous attendent et l’étendue des dégâts causés sur le terrain par toutes ces années de dérives, un peu à l’image des terribles constats et dévastations qui suivent un ouragan. Il reste beaucoup à faire pour tisser une fibre nationale, pour rapprocher les uns et les autres, toutes allégeances confondues. Je sais à présent que les belles histoires, notre héritage millénaire et tous les Phéniciens du monde ne suffiront pas à construire un pays digne de ce nom si nous ne sommes pas prêts à vivre ensemble.

Le Liban est actuellement dans une phase de gestation et je ne sais pas comment notre histoire va se poursuivre. L’anxiété se mêle à l’espoir, et par moments à l’épuisement… Mais je ne peux m’empêcher d’être extrêmement fier de cette démonstration du vivre ensemble, du tous ensemble pour une même nation, que nous avons le privilège d’observer jour après jour depuis plus d’un mois maintenant. Cette ferveur était inimaginable lorsque nous étions jeunes. Aujourd’hui, on ne peut qu’être rempli d’espoir en observant le déroulement très largement pacifique du mouvement populaire, où la très grande majorité des débats sont menés sur un ton constructif et où les jeunes mettent en avant des leçons de civisme essentielles au fondement d’une nation. Et comment ne pas être fier en observant certaines institutions reprendre leurs couleurs ? Comme disent les Anglais : There is no going back now, aucun retour en arrière n’est possible. Bien que n’étant pas moi-même Premier ministre et n’ayant aucune intention de le devenir, je souhaite et j’espère à mon tour que ce Liban en devenir, cette nouvelle république pour laquelle se bat tout un peuple et qui le mérite tant, deviendra dans un avenir proche le plus beau pays du monde !

Ce carnet de bord est le récit, partagé une fois par semaine, du retour de Christian Kamel, son épouse et leur fils au Liban. Alors qu’ils sont nombreux à quitter le pays du Cèdre, un émigré fait le chemin inverse. Parce que ce pays, qu’il a quitté enfant, est aussi le sien.


Les épisodes précédents

Et la vie continue (?)

La révolution (pas si) tranquille libanaise

Baptême de feu au cœur de la révolution

La liberté d’espérer

Le temps des pommes

Et maintenant, on fait quoi ?

Libanité, entraide et hospitalité !

Le sentiment d’un retour aux sources

À contresens, nous rentrons au Liban !


Découvrez, en parallèle, le carnet de bord de Anne R. qui, elle, quitte le Liban:

Premières neiges

Expliquer la révolution

Épuisement émotionnel

Voir la révolution

Un dimanche à Paris

Beyrouth, Paris : d’une pollution à l’autre

Paris sans voiture

Première rentrée parisienne pour mes petits Beyrouthins

Ce sens de l’entraide si libanais

Comment faire rentrer un grand appartement beyrouthin dans un petit appartement parisien ?

« Nous quittons » le Liban

Nous avons célébré l’anniversaire de mon fils cette semaine. Il vient d’avoir 4 ans, et m’a surpris en entonnant le Koullouna lil watan – tous ensemble pour la nation. La prononciation n’était pas parfaite, mais c’était quand même émouvant de l’entendre pour la première fois sorti de sa bouche, lui qui, il y a quelques mois à peine, ne parlait pas un mot d’arabe. Il y a quelques années, un ancien Premier ministre du Canada avait usé d’un langage très coloré pour formuler son attachement au pays. Il avait déclaré que le Canada « est le plus meilleur pays au monde », porté par ce sentiment et tout le travail qui avait été investi pour l’amener à ce niveau d’excellence. Il avait bien raison d’ailleurs de s’enorgueillir, car après quelques années difficiles, le Canada a atteint un...
commentaires (5)

Le Liban est un grand petit pays du monde avec ses 10450 Klm. 2 il y a de tout, culture et pèlerinage , la seule démocratie au moyen orient

Eleni Caridopoulou

15 h 56, le 23 novembre 2019

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Commentaires (5)

  • Le Liban est un grand petit pays du monde avec ses 10450 Klm. 2 il y a de tout, culture et pèlerinage , la seule démocratie au moyen orient

    Eleni Caridopoulou

    15 h 56, le 23 novembre 2019

  • Le Liban est un grand petit pays , il y a de tout de culture au pèlerinage c'est ne pas pour rien que tous veulent cette grande démocratie du moyen orient

    Eleni Caridopoulou

    15 h 50, le 23 novembre 2019

  • En effet ! le plus beau du monde , mais sans les libanais actuels .

    FRIK-A-FRAK

    12 h 05, le 23 novembre 2019

  • Le jour ou les femmes libanaises donneront la nationalité Libanaise à leurs enfants nés d’un mari étranger nous pourrons dire que le Liban aura vaincu le confetionalisme Garder des idées que mariée à un syrien ou un palestinien les rendent non éligible est la plus grosse bêtise que j ai entendu répète par M Bassil qui veut garder le Liban Chrétien sans se rendre compte qu’aujourdh’ui le Liban est déjà 2/3 musulman et 1/3 chrétien et appartient à tous independament de sa religion LA NATIONALITÉ EST UNE FIERTÉ ET AUTORISERA LES ENFANTS À TRAVAILLER DANS TOUS LES DOMAINES DANS LEUR PAYS LE LIBAN AU LIEU DE DEVOIR S EXPATRIER MAIS VOUS N’AVEZ JAMAIS RIEN COMPRIS AU GENS DÉGAGEZ SVP ET RAPIDEMENT

    LA VERITE

    10 h 58, le 23 novembre 2019

  • La chance qu'il a votre fils: à l'âge où il découvre le monde, un pays tout neuf lui tend les bras.

    Marionet

    00 h 41, le 23 novembre 2019

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