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La Dernière

III - Ce sens de l’entraide si libanais

Carnet de bord

En septembre 2005, j’atterrissais à Beyrouth dans le cadre d’un échange universitaire. Du Liban, je ne connaissais rien. Comme tant d’autres étrangers, j’ai eu un véritable coup de cœur. Mes études terminées, je suis revenue m’y installer avec mon mari, libanais, et notre bébé de quelques mois. Près de 10 ans ont passé. J’ai arpenté, en tant que journaliste, le pays du nord au sud, de l’est à l’ouest. J’ai obtenu la nationalité libanaise. Un enfant est né. J’ai aimé ce pays que nous avons décidé de quitter aujourd’hui. Ceci est la troisième entrée du carnet de bord d’un départ, d’une émigration, que tant de Libanais ont vécue et vivent toujours.

Anne R. | OLJ
12/09/2019

Nous y sommes. Paris, et une nouvelle vie qui commence.Sur les quais de la Seine, c’est une autre eau qui me revient à l’esprit. Celle de la Méditerranée, tellement loin de nous aujourd’hui. À Beyrouth, dans la folie des cartons, alors que mon cerveau tournait à plein régime, encombré par les préparatifs de départ, obnubilé par toutes ces listes à rallonge, il m’avait fallu souffler. Voir la mer une dernière fois. M’y baigner surtout.

Alors j’avais pris la voiture et les enfants, direction Tyr, pour une nuit et un jour. Traverser la moitié du pays pour se poser sur le sable brûlant de sa grande plage et refroidir à grande eau salée mon cerveau en surchauffe. Mais avec une eau à près de 30 degrés, l’effet escompté n’a pas été immédiat !

C’était la veille du 15 août, les enfants et moi n’étions pas seuls à quitter le béton de Beyrouth. Des milliers de voitures s’agglutinaient à la sortie de la ville. Clim à fond, vitres fermées pour essayer d’empêcher les effluves de déchets en putréfaction de s’infiltrer dans l’habitacle. L’œil faisant des allers-retours incessants de la route au rétro pour éviter les minivans qui foncent et slaloment entre les voitures. « Catch me if you can ! » narguent-ils.

Sur l’autoroute du Sud, passé Saïda, j’ai enfin atteint ma vitesse de croisière. Les yeux rivés sur les phares de la voiture qui me précédait. Les constructions étaient de plus en plus espacées, j’entrais au pays des bananeraies, quand soudain est apparue, dans la lumière des phares, un énorme sanglier écrasé au milieu de l’autoroute. Je l’ai évité, tout en croyant à une hallucination. Je verrai le corps de l’animal gisant sur le bas-côté le lendemain. Sur la banquette arrière, les enfants étaient endormis. Puis, j’ai entendu un cliquetis intrigant résonner dans le silence, suivi d’un claquement sec. La crevaison !

J’ai continué à rouler sur quelques centaines de mètres. Le temps d’arriver au barrage de l’armée, là où l’autoroute redevient une simple petite route. Et me voici, remontant à pied la file de voitures, dans ma robe bleue, vers un soldat de faction. « Mon pneu a crevé », lui dis-je.

En un instant, toute la gentillesse, toute la serviabilité des Libanais m’est tombée dessus comme une douce pluie. En un instant, cinq jeunes Libanais étaient autour de ma voiture, l’un en arrêtant une autre pour réquisitionner un cric, l’autre distrayant les enfants, un autre, encore, sortant la roue de secours du coffre. Avant que je m’en aperçoive, la roue était changée et moi, heureuse, reconnaissante de pouvoir reprendre la route vers la grande bleue.

Là, sur les quais de Seine, si loin de la Méditerranée, je me demande si je vais retrouver ce sens de l’entraide en France...


Les épisodes précédents

Comment faire rentrer un grand appartement beyrouthin dans un petit appartement parisien ?

« Nous quittons » le Liban


Lire aussi, le carnet de bord de Christian Kamel, sur son retour au Liban

À contresens, nous rentrons au Liban !


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PAUL TRONC

L'odeur de putréfaction des déchets, l'anarchie routière etc... n'ont en rien entamé le sens de solidarité qu'on retrouve au Liban et nulle part en Europe. En Afrique on a le même sens de solidarité.

Par contre je ne raconterai pas l'histoire qui m'est arrivée en France, où un jour de pluie , une panne auto, je me retrouve devant un garage mécanique dans un bled perdu , pour me faire dépanner, et je m'entends dire par le garagiste , désolé c'est l'heure pour moi de casser la croute , revenez dans 1 heure et demi .

Au Liban , avec tous nos défauts et nos problèmes le même garagiste m'aurait dit : 3ala Rasseh .

Stes David

C'est phénomenal l'histoire impressionante de la ville de Tyr. Aussi les gens de Tyr sont aimables et gentils, par exemple au site archéologique de 'Al Bass' (qui est très impressionant) on donne bon conseil touristique pour visite de la région. Cette article fait penser à la ville de l'equipe "blue" et avec la mer bleu, tout est bleu. Il y a une mosaique fameuse à Tyr Hippodrome "victoire pour Tyr et l'équipe bleu" (en grecque, une mosaique des supporters des "beneton").

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SI LES LIBANAIS S,ENTRAIDAIENT POUR LE BIEN ET L,AVENIR DE LEUR PAYS ET POUR LEUR DEVENIR...

Tina Chamoun

Vous êtes toujours là ?!!!

SABBAGH IMAD

Beaucoup d’émotion en lisant cet article, le style est tellement vrai, et les phrases sortent vraiment du cœur.Il ne s'agit pas de comparer la France et le Liban ,il y a plein de Français aussi qui aident à changer une roue , venez en Picardie!!!! mais surtout de dire que le Libanais est profondément bon, généreux, et a le sens de l'entraide.La moitié des Libanais immigrés en France sont des médecins qui donne de leurs savoir et savoir faire sans compter.Il faut continuer son chemin "comme on peut", mais surtout continuer à aimer le Liban!

HABIBI FRANCAIS

La France est certainement le dernier pays au monde ou l on peut attendre de l entr aide...

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