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De Washington à Beyrouth : le véritable défi de Joseph Aoun


Le 21 juillet, lorsque Joseph Aoun franchira les portes de la Maison-Blanche, ce ne sera pas seulement un président libanais qui rencontrera un président américain. Ce sera un État affaibli, longtemps dépossédé de ses décisions essentielles, qui tentera de convaincre la première puissance mondiale qu’il mérite encore d’être soutenu.

La visite revêt, à ce titre, une importance qui dépasse largement le protocole. Elle intervient dans un moment régional particulièrement dangereux, marqué par l’effondrement des discussions américano-iraniennes, la multiplication des foyers de tension et le risque permanent de voir le Liban de nouveau aspiré dans une confrontation qui le dépasse. Elle se tient surtout à un moment où le pays joue une partie décisive : celle du retour de l’État, de la restauration de son autorité et de la récupération progressive de son droit exclusif à décider de la guerre et de la paix.

Joseph Aoun ne se rend pas à Washington en position de force. Il n’a ni le poids économique ni les moyens militaires qui permettraient au Liban de négocier d’égal à égal. Mais cette faiblesse n’est pas la sienne. Si le président négocie aujourd’hui avec si peu de cartes en main, c’est parce que celles du Liban ont été progressivement consumées par ceux qui ont confisqué la décision stratégique de l’État, lié le destin du pays à des agendas régionaux et fini par l’entraîner dans une guerre dont les institutions n’avaient ni décidé le déclenchement ni maîtrisé les conséquences.

C’est pourquoi le procès qui lui est intenté aujourd’hui relève d’un étonnant inversement des responsabilités. Le mufti jaafarite Ahmad Kabalan, proche du Hezbollah, accuse le président de placer le Liban dans un « bazar américain » et de « mener le Liban à sa perte ». Mais qui a réellement conduit le Liban dans des dépendances étrangères ? Celui qui négocie ouvertement au nom de l’État, conformément à la Constitution, ou ceux qui ont lié le sort du pays à une stratégie régionale décidée ailleurs ? Qui a mené le Liban à sa perte ? Celui qui tente aujourd’hui de convaincre Washington d’obtenir le retrait israélien, de soutenir l’armée et de préserver le pays d’une nouvelle guerre ? Ou ceux qui ont décidé, pendant des années, que le Liban devait être une plateforme militaire au service d’un axe régional ? Qui a isolé une communauté ? L’État qui cherche à rétablir une seule légalité sur l’ensemble de son territoire ? Ou ceux qui ont enfermé cette communauté dans une logique de mobilisation permanente l’ont exposée aux guerres, aux déplacements et aux destructions ?

L’appel de Kabalan au dialogue national est tout aussi paradoxal. Le dialogue suppose que tous les acteurs reconnaissent l’autorité de l’État. Or, pendant des années, la question centrale – celle du monopole des armes – a précisément été soustraite au dialogue. Le Hezbollah n’a pas négocié son arsenal ; il en a imposé l’existence. Il n’a pas demandé aux Libanais s’ils acceptaient les conséquences de ses choix ; il les leur a imposées.

Soutenir la démarche de Joseph Aoun ne signifie pas pourtant lui accorder un blanc-seing. À Washington, le président devra obtenir des engagements concrets : un calendrier de retrait israélien, un soutien militaire durable à l’armée et une aide économique permettant à l’État de reconstruire le Sud, de renforcer ses institutions et d’empêcher que d’autres ne se substituent à lui.

Mais Donald Trump demandera lui aussi des garanties. Il voudra savoir si le Liban est réellement prêt à tourner la page d’un système qui a fait de son territoire un prolongement des confrontations régionales. Il exigera une feuille de route, des échéances et des engagements sur la capacité de l’État à appliquer le principe du monopole des armes. C’est ici que la responsabilité de Joseph Aoun devient plus lourde encore. Il est en train de demander aux États-Unis de croire au projet de l’État libanais. La meilleure manière de convaincre Washington est de montrer que ce projet commence déjà à s’imposer au Liban.

Depuis son arrivée au pouvoir, Joseph Aoun a privilégié le dialogue avec le Hezbollah. Ce choix était compréhensible, et sans doute nécessaire dans un premier temps. Le pays sortait d’une guerre dévastatrice. Le spectre d’un affrontement intérieur demeurait présent. Le chef de l’État et le président du Conseil ont voulu éviter toute rupture brutale et convaincre le parti que le monde avait changé, que les rapports de force n’étaient plus les mêmes et que son propre intérêt résidait désormais dans un retour progressif au sein de l’État.

Cette politique d’ouverture et de responsabilité ne peut cependant devenir une doctrine permanente de retenue, encore moins une politique de complaisance. Il ne s’agit pas d’appeler à une confrontation avec une composante libanaise. Il s’agit de faire respecter la loi. Le Hezbollah doit être traité comme n’importe quel acteur politique : ni exclu ni privilégié, mais soumis aux mêmes règles que tous. Aucun parti ne peut durablement prétendre participer à la vie démocratique tout en conservant les attributs d’une exception militaire.

Joseph Aoun doit donc être soutenu dans sa démarche extérieure, mais aussi appelé à sortir de ses réticences intérieures. Le président ne peut demander à Donald Trump de prendre le risque de miser sur l’État libanais si cet État continue lui-même à hésiter devant ceux qui contestent son autorité. Car la réussite de cette visite ne dépendra pas uniquement de ce que Washington accordera au Liban. Elle dépendra aussi de ce que Joseph Aoun fera à son retour. C’est à Beyrouth que se jouera le véritable pari de l’État.

Le 21 juillet, lorsque Joseph Aoun franchira les portes de la Maison-Blanche, ce ne sera pas seulement un président libanais qui rencontrera un président américain. Ce sera un État affaibli, longtemps dépossédé de ses décisions essentielles, qui tentera de convaincre la première puissance mondiale qu’il mérite encore d’être soutenu.La visite revêt, à ce titre, une importance qui dépasse largement le protocole. Elle intervient dans un moment régional particulièrement dangereux, marqué par l’effondrement des discussions américano-iraniennes, la multiplication des foyers de tension et le risque permanent de voir le Liban de nouveau aspiré dans une confrontation qui le dépasse. Elle se tient surtout à un moment où le pays joue une partie décisive : celle du retour de l’État, de la restauration de son autorité...
commentaires (12)

Selon les officiers de l'unite Yahalom, ils ont en pour encore 2 a 3 mois d'opérations pour compléter le démantèlement complet du système de tunnels Hzb. Sans leurs tunnels les barbus ne pourront plus cacher leurs armes et autres ce qui les affaiblira grandement. Le Liban approche a grands pas de sa libération. Patience.

Charles Sebbag

15 h 11, le 20 juillet 2026

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Commentaires (12)

  • Selon les officiers de l'unite Yahalom, ils ont en pour encore 2 a 3 mois d'opérations pour compléter le démantèlement complet du système de tunnels Hzb. Sans leurs tunnels les barbus ne pourront plus cacher leurs armes et autres ce qui les affaiblira grandement. Le Liban approche a grands pas de sa libération. Patience.

    Charles Sebbag

    15 h 11, le 20 juillet 2026

  • de confronter les barbus. Ça serait un carnage des deux côtés. Si vous voulez ravoir votre pays, laissez Israel faire le sale boulot et arretez de demander le retrait immediat. Une fois le Hzb délogé, les Israéliens voudront la paix et se retireront d'eux mêmes car ils ont en marre de la guerre.

    Charles Sebbag

    15 h 02, le 20 juillet 2026

  • Toujours la même platitude de partout, " retrait des Israéliens". Dans l'actuel des choses, retrait Israelien veut dire que le Hzb reviendrait au galop plus fort et plus virulent. Une vrai catastrophe pour le Liban. A lire, les contes rendus de l'unite Yahalom de l'IDF, qui détaillent comment ils s'y prennent pour déloger les Hzb de leurs tunnels et de leurs positions stratégiques en hauteurs a l'aide de technologies de pointes, d'armes sophistiqués. Se sont la, des moyens que l'armée Libanaise ne possède pas. Il faut donc être d'accord avec le President Aoun dans son refus de ....

    Charles Sebbag

    14 h 57, le 20 juillet 2026

  • La quadrature du cercle bien résumée par Mme Sassine ! Joseph Aoun qui a passé sa carrière militaire â encaisser les coups du Hezbollah - voire à les couvrir - saura-t-il, dans son habit de président, aller jusqu'au bout avec les drapeaux jaunes ? J'ai quelques raisons d'en douter ...

    What a Guy !

    13 h 15, le 20 juillet 2026

  • Priere lire *CRUCIFIXION* dans mon mot. Comme quoi quand on se reveille et ecrit directement sur le clavier avec le brouillard des cauchemars non encore evapore !MERCI de corriger.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    12 h 47, le 20 juillet 2026

  • Du journalisme de très haut niveau. Une analyse limpide. Un point de vue National loin de tous les axes régionaux auxquels le Hezbollah et ses admirateurs et admiratrices sont soumis.

    Ras le bol

    12 h 10, le 20 juillet 2026

  • Du vrai journalisme. Rita Sassine a toujours eu une vision patriote et ne l’a jamais cachée même lorsque les mots pouvaient être un danger pour la personne qui les écrit ou les prononce. Son analyse rejoint celle des libanais qui aiment leur pays et veulent le revoir tel qu’il était avant la venue de ces mercenaires armés qui croyaient pouvoir nous museler à jamais avec la terreur qui fait leur force. Le Liban est de retour. Les vendus n’ont qu’à bien se tenir. Notre pays sera débarrassé de leur tyrannie quelqu’en soit le prix, nous sommes sur la bonne voie et on voit déjà la lumière au bout d

    Sissi zayyat

    11 h 44, le 20 juillet 2026

  • Non seulement la visite d’un président libanais aux États Unis est une première depuis des décennies, mais l’exclusivité est que ce président va dans le but de plaider la cause de notre pays sans l’accord de ceux qui le martyrisent depuis des décennies et avec la volonté de mettre fin à leur tyrannie qui a eu raison de notre démocratie. Ça c’est nouveau et mérite d’être dit et même encouragé et applaudi. ENFIN, quelqu’un qui porte la voix des libanais patriotes qui n’en peuvent plus de souffrir, à cause des vendus de leur pays.

    Sissi zayyat

    11 h 34, le 20 juillet 2026

  • SUPERBE comme toujours ! LE CALVAIRE du Liban, HELAS, est LONG. Les SUPPOTS des mollahs iraniens sont la pour enfoncer de plus en plus LES CLOUS dans LE CORPS LIBANAIS dans sa CRUCIFICATION... pour satisfaire LEUR *CAIAPHA* perse.

    La Libre Expression. La Patrie en Peril Imminent.

    09 h 27, le 20 juillet 2026

  • d'un cote l'article dédouane le president de tte responsabilite quant a la situation du Liban et condamne les miliciens du bord syro-iranien,et insiste sur la faiblesse de l'Etat.. de l'autre -""il demande aux EUA de croire au projet de l’État libanais, convaincre que ce projet commence déjà à s’imposer au Liban-"" Une tache IMPOSSIBLE a realiser n'est ce pas !

    L’acidulé

    09 h 24, le 20 juillet 2026

  • Excellent, comme d’habitude. Si on veut libérer nos terres, il faut faire notre part du marché, museler ceux qui ont lancé la guerre, comme promis . Quoiqu’en dise le kabalan, c’est bien sa milice de malheur qui a stupidement attaqué le voisin. Attendre de ce dernier de se replier en la laissant se reprendre et recommencer est devenu illogique. A sa place l’aurions-nous fait ? Aoun va avoir le courage de choisir, la paix ou encore la dictature des barbus d’ailleurs. Trump n’aime pas trop aider les loosers, il faut donc le convaincre qu’on a décidé de ne plus l’être. Courage Président.

    NG

    06 h 38, le 20 juillet 2026

  • Encore une fois Madame votre article est clair, net et precis. Les deux derniers paragraphes resument limpidement ou le bat blesse. Merci.

    sancrainte

    02 h 34, le 20 juillet 2026

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