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La Dernière

IV- Première rentrée parisienne pour mes petits Beyrouthins

Carnet de bord
Anne R. | OLJ
18/09/2019

« Sur le chemin de l’école, quand on marche de traviole, on rigole ! » Cette comptine, apprise par mon fils, nous a accompagnés toute la fin de l’année dernière, trottant joyeusement dans nos têtes.

À Beyrouth, le chemin de l’école était une partie de plaisir, ou presque. Contrairement à d’autres, nous avions la chance d’habiter près de l’école, choisie d’ailleurs pour sa proximité.

Chaque matin, c’était le même rituel. Prendre l’ascenseur, à 7h20 au plus tard, saluer Tony au rez-de-chaussée et éviter que notre voisine du dessous, interrompant sa sobhié chez lui, ne file à la dekkené acheter une friandise pour mon fils ; sortir de l’immeuble, toutes portes ouvertes, débouler dans la rue et lancer un « Hi ! » au maraîcher – « Maman, hi, c’est du français ou de l’arabe ? » –, un « Bonjour ! » au propriétaire du magasin de téléphone ; traverser la rue, jouer à nettoyer les voitures avec la lance à eau des employés égyptiens du parking puis faire des « checks » et des « give me five » avec le jeune apprenti syrien du boucher, faire semblant de se bagarrer avec le dekkanji et son aide. Se cacher devant le chauffeur de taxi qui descend tous les jours de sa montagne pour travailler en ville et arriver à l’école, enfin. De nouveau, taper dans les mains de tous les gardiens avant de filer en classe. À 4 ans et demi, le monde nous appartient.

À Paris, nous avons gagné une heure de sommeil le matin. Ce n’est pas rien. Mais nous avons perdu de précieuses minutes à nous demander quels vêtements porteraient les enfants, un choix effectué en fonction de la météo, changeante, mais aussi, dorénavant, de l’envie des enfants. J’en viens à regretter les uniformes, les fameux « costumes » de l’école, qui nous épargnaient ces casse-têtes matinaux. Chemises rayées bleu et blanc, bermuda ou jean. Point barre. Steve Jobs, Mark Zuckerberg et Barack Obama avaient tout compris en décidant de dépenser leur énergie ailleurs que dans le choix de leurs vêtements.

Bref, short et tee-shirt enfilés, nous voilà finalement fin prêts pour ce grand jour. Alors que la rentrée est échelonnée au Liban sur plusieurs jours, voire semaines, en fonction des niveaux et des écoles, tous les élèves de France rentrent à l’école le même jour, le 2 septembre. Ce fameux lundi matin, peu avant 8h30, les rues parisiennes étaient pleines d’enfants, le cartable sur le dos, la main dans celle d’un papa ou d’une maman, et une excitation qui saturait l’air.

16h30, sortie des classes. Je récupère mon fils, assis avec ses camarades sur un banc sous le préau. « La journée s’est très bien passée, me dit d’emblée la maîtresse. Votre fils est très sociable. Il sourit tout le temps et parle à tout le monde. C’est vraiment très agréable. »

Pour moi, il ne fait aucun doute que cette capacité à aller vers l’autre, à faire confiance et à être à l’aise avec les gens lui vient des années vécues au Liban.

*Ce carnet de bord d’un départ est le récit, partagé une fois par semaine, des aventures, des émotions et de la nostalgie d’une Française qui a passé 10 ans au Liban, avant de repartir pour la France avec son époux libanais et ses enfants.




Les épisodes précédents

Ce sens de l’entraide si libanais

Comment faire rentrer un grand appartement beyrouthin dans un petit appartement parisien ?

« Nous quittons » le Liban


Lire aussi, le carnet de bord de Christian Kamel, sur son retour au Liban

Le sentiment d’un retour aux sources

À contresens, nous rentrons au Liban !

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