X

Liban

Quatre femmes ministres : si peu... pour un record

Éclairage

Les communautés chiite et druze sont montrées du doigt pour n’avoir pas nommé de femmes.

02/02/2019

Quatre femmes au sein d’un gouvernement de trente ministres formé ce jeudi 31 janvier par Saad Hariri, c’est encore bien loin des revendications féministes qui militent activement pour des quotas de participation féminine d’au moins 30 % à la vie politique. Mais cela constitue un record indubitable pour un Liban qui n’a jamais brillé par la représentation féminine au sein des cabinets successifs. Un record non seulement en matière de chiffres, mais d’importance de portefeuilles obtenus. Les femmes constituent aujourd’hui 13,33 % du gouvernement, alors qu’elles n’ont jamais obtenu plus que deux sièges ministériels au sein d’un même gouvernement… lorsqu’elles étaient représentées. Mieux encore, aux côtés de deux ministères d’État, elles reçoivent un ministère régalien et suprêmement « viril », l’Intérieur, une première au Liban et dans le monde arabe, et un autre ministère-clé, l’Énergie et l’Eau, qui présentent d’importants enjeux sécuritaires, économiques et sociaux, qui nécessitent vision, réformes et combativité.

L’avancée est notable, comparée à la dérisoire représentation féminine des gouvernements successifs : une seule femme (Inaya Ezzeddine) sur trente ministres au sein du gouvernement sortant de Saad Hariri; une seule, Alice Chaptini, dans le gouvernement précédent de vingt-quatre ministres formé en 2014 par Tammam Salam ; aucune représentante dans le cabinet de Nagib Mikati en 2011 ; deux femmes, Raya el-Hassan, déjà, et Mona Afeiche, dans celui formé en 2009 par Saad Hariri ; seulement une femme, Nayla Moawad, dans le cabinet Siniora de 2005 ; et seulement deux Libanaises au sein du cabinet de Omar Karamé en 2004. Ces deux femmes, Leila Solh Hamadé, ministre de l’Industrie, et Wafa’ Diqa Hamza, ministre d’État, avaient d’ailleurs fait la une à l’époque, pour avoir été les deux premières femmes ministres au Liban.


(Lire aussi : Après une polémique, le ministère d’État pour l’Insertion sociale et économique des femmes change de nom)


Le Premier ministre, Saad Hariri, n’a pas manqué de relever l’avancée dans un tweet, ce vendredi : « Fier de la femme libanaise, fier des quatre femmes ministres du gouvernement, fier de la première femme ministre de l’Intérieur du monde arabe, fier de l’avenir, fier du Liban », a-t-il écrit sur son compte Twitter. Aussitôt relayé et salué par le coordonnateur résident des Nations unies et coordonnateur de l’action humanitaire au Liban, Philippe Lazzarini, dans un retentissant : « Mabrouk au Liban pour avoir nommé la première femme ministre de l’Intérieur du monde arabe. » Une initiative également applaudie par la cofondatrice de Women in Front qui milite pour la participation des femmes à la vie politique. Joëlle Abou Farhat Rizkallah salue pour L’Orient-Le Jour « le courage des hommes politiques » et observe que « le contexte était favorable » à une meilleure représentation féminine au Sérail, vu « la forte pression exercée par les associations féministes pour ce faire ». « M. Hariri n’avait d’autre choix que de répondre par la positive au travail titanesque accompli pour une meilleure participation féminine en politique », affirme-t-elle, rappelant « le nombre élevé de femmes candidates aux législatives, 113 au total, pour seulement 6 élues au final ».


(Lire aussi : Tout nouveau, tout beau ?, l'éditorial de Issa Goraieb)


Qui sont les nouvelles ministres

C’est donc à Raya Haffar el-Hassan qu’est attribué le portefeuille de l’Intérieur. Cette haririenne sunnite de Tripoli, née en 1967, diplômée de la George Washington University en finances et investissements, n’est pas une novice en politique. Particulièrement appréciée des milieux féministes, respectée par ses collègues masculins, elle a déjà occupé la fonction de ministre des Finances entre novembre 2009 et janvier 2011, au sein d’un précédent gouvernement également dirigé par Saad Hariri.

À l’Énergie et l’Eau, et malgré son jeune âge (elle est née en 1983), Nada Boustani, maronite, membre du Courant patriotique libre, ne devrait pas faire pâle figure. Avant sa nomination, cette diplômée en administration et gestion d’entreprises d’une grande école européenne, l’ESCP, était conseillère en organisation et stratégie du ministre sortant de l’Énergie et de l’Eau, César Abi Khalil. Elle était également coordinatrice du comité de conseil pour l’énergie et l’eau.

D’abord pressentie pour être ministre de la Culture, la journaliste May Chidiac, née en 1963, est finalement désignée ministre d’État pour le Développement administratif. Cette maronite proche des Forces libanaises est détentrice d’un doctorat en sciences de l’information et de la communication de l’Université Paris II Panthéon-Assas. Quelques mois après l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri, elle est victime d’un attentat, le 25 septembre 2005 qui la privera de son bras et sa jambe gauches. Depuis, elle milite activement pour la liberté d’expression.


(Lire aussi : Les principaux défis socio-économiques du gouvernement Hariri III)


Enfin, Violette Khairallah Safadi, épouse de l’ancien ministre Mohammad Safadi, est nommée ministre d’État pour l’insertion sociale et économique de la jeunesse et des femmes. Un ministère qui sera rapidement rebaptisé ministère d’État aux affaires du renforcement des capacités des femmes et des jeunes, suite au tollé provoqué par le terme « insertion », jugé insultant par les féministes. Cette ancienne journaliste et conseillère en information au ministère des Finances et de l’Économie, diplômée en leadership, négociations et processus décisionnel de Harvard, représente la communauté grecque-orthodoxe au sein du nouveau cabinet. Née en 1981, elle est engagée sur le plan humanitaire auprès des populations libanaises démunies, des réfugiés syriens et des enfants atteints de maladies chroniques.


(Lire aussi :Gouvernement à majorités variables, le décryptage de Scarlett HADDAD)


La parité en ligne de mire

Femmes actives hautement diplômées, engagées politiquement, économiquement et sur le plan humanitaire pour certaines, les nouvelles ministres ne sont, pour trois d’entre elles du moins, ni femmes de, ni filles de, ni sœurs de… Mais ont gravi pas à pas les marches des partis politiques qu’elles représentent, ou des institutions au sein desquelles elles se sont distinguées. Ce qui constitue déjà une avancée en soi. Et conforte le Premier ministre dans ses choix.

Mais le chemin vers une meilleure représentation féminine reste semé d’embûches. La communauté chiite n’a nommé aucune femme, pas plus que la communauté druze. « Le manque d’effort des deux leaders politiques Nabih Berry, chef du Mouvement Amal, et Walid Joumblatt, chef du PSP, est regrettable », observe la représentante de Women in Front, rappelant que M. Berry faisait pourtant partie des précurseurs sur le plan de la participation féminine. Les Libanaises ne se découragent pas pour autant. « La parité est désormais leur prochain objectif », martèle Mme Abou Farhat Rizkallah. Et elles entendent bien l’obtenir, « quitte à passer par les quotas féminins ».


Lire aussi

Les réformes et les réfugiés syriens au cœur de la future déclaration ministérielle

Planification, droits de l’homme et lutte contre la corruption... Ces ministères qui ont disparu

Le nouveau ministre de la Santé, nommé par le Hezbollah, tente de dissiper les craintes

Le gouvernement libanais enfin formé : ce qu'en pense la presse locale et régionale

Les nouveaux venus au sein du gouvernement Hariri III

Quels rapports de force dans un gouvernement de minorités

La composition du nouveau gouvernement Hariri

Saad Hariri : récit d’un parcours heurté

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

sejean sejean

je ne comprends pas qu'on parle de parité ou de quotas hommes/femmes.je ne suis pas contre un gouvernement composé exclusivement de femmes ou exclusivement d'hommes à condition que chaque ministère soit attribuée à la personnalité la plus compétente et la moins corrompue. La compétence et la probité existent au Liban. Mais est ce qu'on les prend en considération?

AIGLEPERçANT

Dans le gouvernement précédent la seule femme du gouvernement était chiite de Amal .

Et puis parmi les 4 présentes, je dirai que je ferai confiance à 2 parmi elles .

C'est pas parce qu'on est une femme que forcément on va plaire , c'est quoi cette bêtise? Si ca devait être le cas tous les partis politiques n'auraient présentés que des femmes , voyons !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES PERFORMANCES COMPTERONT ET NON LE NOMBRE.

Chucri Abboud

Par contre au sein de l'administration , dans notre corps diplomatique par exemple, les chiffres sont déjà très avancés .

Antoine Sabbagha

Bravo pour ces quotas féminins et bonne chance pour bien travailler dans ce pays unique en son genre .

Sarkis Serge Tateossian

Absolument un pays comme le Liban peut s'attendre à au moins un tiers de femmes au gouvernement en attendant la parité.

Quoi qu'il en soit nous félicitons de tout coeur ces quatre ministres libanaises en leur souhaitant succès et réussites.

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Quand la lutte contre la corruption fait des dégâts collatéraux...

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.