Liban

Gouvernement à majorités variables

Décryptage
02/02/2019

« Au travail ! » C’est par ce mot que le Premier ministre Saad Hariri a résumé la mission principale du gouvernement qu’il vient de former. Il a voulu donner ainsi une impression de sérieux et de détermination à agir vite, après neuf mois d’atermoiements, de contacts, de bouderies et de concertations pour former le gouvernement. Sans doute les plus soulagés de la naissance du gouvernement sont les journalistes qui ont traité ce sujet pendant toute la période précédente, en essayant d’expliquer l’inexplicable.

Aujourd’hui, le Liban a donc un nouveau gouvernement, avec 17 nouvelles figures sur 30 et un équilibre des forces qui penche en faveur du Hezbollah et du CPL. Indépendamment des petites chicaneries qui sont toujours présentes dans le paysage politique libanais, le gouvernement actuel est le fruit de compromis de dernière minute pour la conclusion desquels le Hezbollah a pesé de tout son poids. Selon des sources qui ont suivi les dernières tractations, le conseiller politique du secrétaire général du Hezbollah Hussein Khalil aurait joué un rôle prépondérant entre les députés de la « Rencontre consultative » et le chef du CPL Gebran Bassil, pour lancer l’idée d’un ministre qui aurait un pied dans le bloc du Liban fort (CPL et président de la République) et le reste du corps avec la Rencontre consultative. De la sorte, le chef du CPL a pu considérer avoir obtenu 11 ministres qui se réuniront avec le bloc précité alors que le vote du ministre reflétera essentiellement les positions de la « Rencontre consultative ».


(Lire aussi : Quatre femmes ministres : si peu... pour un record)


Hussein Khalil a même utilisé toute sa force de persuasion pour convaincre M. Bassil qu’en fin de compte, la « Rencontre consultative » n’est pas hostile aux positions du chef de l’État et de son camp sur de nombreux dossiers. De plus, si un conflit devait se produire, Gebran Bassil n’aurait qu’à avertir le Hezbollah dont les trois ministres seraient prêts à se tenir à ses côtés. Il n’aurait donc aucune crainte et au lieu de 11 ministres, il en aurait 13 pour voter selon ses directives. De même, c’est Hussein Khalil qui a poussé les députés de la « Rencontre consultative » à accepter que le choix de leur représentation au gouvernement se porte sur Hassan Mrad, alors que certains d’entre eux penchaient vers Osman Majzoub. Saad Hariri a dû lui aussi s’incliner, d’autant que le chef de l’État avait annoncé que cette semaine devait être décisive. Si le Premier ministre ne parvenait pas à former un gouvernement, il devrait donc se récuser, sans aucune promesse d’être désigné de nouveau pour former un autre gouvernement dans le cadre des concertations parlementaires obligatoires.


(Lire aussi : Les principaux défis socio-économiques du gouvernement Hariri III)


Le gouvernement a donc été annoncé et dans la plus pure tradition politique libanaise, la plupart des parties peuvent se déclarer satisfaites.

Le chef de l’État a ainsi obtenu la naissance du gouvernement, au moment où la situation économique devenait ingérable, le gouvernement ne pouvant plus dépenser sur la base dite du « douzième provisoire ». M. Aoun a aussi conservé une part de poids au sein du gouvernement, en dépit des voix qui s’étaient élevées pour affirmer que rien dans la Constitution ne lui en donnait une. Il a aussi obtenu des portefeuilles de poids, comme la Défense et la Justice.

Le chef du CPL a aussi obtenu en gros ce qu’il voulait, en ayant, avec Hassan Mrad, 11 ministres. Il a aussi obtenu les portefeuilles qu’il réclamait comme l’Énergie, les Affaires étrangères, l’Environnement (qui a failli causer un problème de dernière minute) ainsi que le ministère d’État pour les déplacés syriens. Ce qui constitue une indication sur la détermination du chef de l’État et de son camp à traiter ce dossier. Il a aussi conservé le ministère de l’Economie.

De son côté, le Hezbollah est passé de deux à trois ministres, avec, cette fois, le portefeuille de la Santé qu’il convoitait depuis le début. Il a aussi obtenu la représentation de la « Rencontre consultative » au sein du gouvernement, brisant ainsi le monopole de la représentation sunnite par des personnalités hostiles à la résistance. Il a aussi réussi à conserver pour ses alliés des Marada le portefeuille des Travaux publics et pour son autre allié l’émir Talal Arslane, le ministère en charge des Déplacés libanais (qui fait partie du bloc du Liban fort, dans le cadre d’un compromis parrainé par le chef de l’État). Il a donc réussi son pari d’avoir dans son camp un ministre maronite (Marada), un ministre druze et un autre sunnite.

Avec trois ministres, dont le portefeuille des Finances, le président de la Chambre Nabih Berry conserve la signature chiite pour la plupart des décrets ministériels et garde son emprise sur les dépenses de l’État. Il aussi conservé le portefeuille de l’Agriculture (Hassan Lakkis) et obtenu celui de la Culture (Mohammad Daoud), dans l’ultime échange avec les Forces libanaises.

Le Premier ministre Saad Hariri a, de son côté, obtenu une part respectable (lui-même et 5 ministres) tout en conservant le portefeuille de l’Intérieur (Raya Haffar el-Hassan) et celui des Télécoms (Mohammad Choucair). Il a aussi, pour la première fois, placé sous sa houlette un ministre choisi par l’ancien Premier ministre Négib Mikati (Adel Afiouni) et une autre choisie par Mohammad Safadi (Violette Khairallah) et il a réussi à nommer Jamal Jarrah comme ministre de l’Information, pour contrecarrer l’influence de Hassan Mrad dans la Békaa-Ouest.

Les Forces libanaises ont obtenu quatre ministres, dont un sans portefeuille, le vice-président du Conseil Ghassan Hasbani, une ministre d’État pour le Développement administratif (May Chidiac) et les deux portefeuilles du Travail (Camille Abou Sleimane) et des Affaires sociales qui est devenu un ministère d’État (Richard Kouyoumjian). À la dernière minute, les FL ont dû accepter d’échanger le portefeuille de la Culture avec le ministère d’État pour le Développement administratif, suite à un coup de fil de Saad Hariri à Samir Geagea dans lequel le premier aurait dit qu’il n’y a plus d’autre possibilité et que le gouvernement serait annoncé de toute façon.

Les Marada ont conservé un portefeuille de poids, celui des Travaux publics (Youssef Fenianos), et le Tachnag a conservé le portefeuille du Tourisme (Avédis Guidanian) qui siège avec le groupe du Liban fort.

Seul le PSP du leader druze Walid Joumblatt ne cache pas son insatisfaction. Il a toutefois obtenu deux portefeuilles importants, l’Éducation nationale ( Akram Chehayeb) et l’Industrie (Waël Abou faour). Mais il n’est pas d’accord avec le fait de placer le troisième ministre druze Saleh Gharib dans la part de Talal Arslane alors que ce dernier devait être à mi-chemin entre les deux.

Si l’on s’en tient aux chiffres, on peut dire que le Hezbollah et ses alliés avec le CPL et la part du président ont la majorité des ministres (18 ministres) mais ils n’ont pas les deux tiers. Toutefois, l’entente entre le Premier ministre et le ministre des Affaires étrangères peut aussi modifier les équilibres puisque à eux deux, ils ont aussi la majorité (16). C’est dire que dans ce gouvernement, il n’y a pas une partie dominante, mais des ententes qui se feront dossier par dossier, sauf, disent les parties concernées, pour les questions stratégiques. Il reste donc à définir celles-ci.


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LAWSON KASSHANNA


لحضرة مستر سعد الحريري. اليوم بمناسبة أخذ الصورة للحكومة الجديده :
أعتقد أيام رئاسة أمين الجميل عُرض كلامياً على الأستاذ رفيق الحريري أن يعرض حكومة ممكن أن يرئسها. فبدل أن يجاوب ( أذا كلفت أعرض. ) لكن من فرحته ( تساوي فرحته عندما أخذ أول ألتزام من أبن الرشيد في السعودية ) سافر الى السعودية لكي يأخذ موافقة الملك فهد . كان فهد في جده . رفيق في الرياض أعطي له موعد طبعا في الليل على الطريقه العربية ( ينامون النهار ويتسولفون في الليل لذلك ترون النتائج الي-
أتصل رفيق بموظف عنده أسمه ثروت برغوتي وكانت الساعة منتصف الليل والبرغوتي نائم - قال له رفيق نلتقي في المطار لأننا ذاهبون الى جده لمقابلة الملك- البرغوطي أعتقد أن هنالك مشروع ألتزام كبير- في طائرة الحريري في الجو قال رفيق للبرغوتي : يعرضون علي تشكيل حكومة في لبنان. أقرأ هذه التشكيلة وأعطني رأيك . ( ثروت يقول لي في لندن أتذكر أسم واحد من التشكيلة مصطفى سعد ). بعد دقائق سأل رفيق شورأيك؟ - أجاب ثروت ناقصة واحد - أجاب رفيق وبكل جدية ومن هو؟. قال ثروت ( رأس أيري ). البرغوتي فلسطيني- ضحك رفيق ضحكتاً سُمع صداها في بيروت - أجاب رفيق : هذا هو الممثل الوحيد.
ثروت في لندن قال لي أيضاً( عندما أخبرتها للختيار يعني أبو عمار ضحك أكثر مما ضحكه رفيق ).
مستر سعد الحريري : بعد أن رأت اليوم الصورة التذكارية لحكومة أنظمة الرعب والأرهاب لحزب الله في لبنان. أقول لك ما قاله ثروت البرغوتي لوالدك " ناقصة واحد ". شكراً

Honneur et Patrie

Peu importe qui a gagné et qui a perdu dans le nouveau gouvernement de la République topinambourienne. Beaucoup d'entre eux attendent désormais l'étape suivante que constitue l'arrivée de la "manne et des cailles" du CEDRE promises par Emmanuel Macron.

gaby sioufi

bizarrement, les analystes, decrypteurs,reporters,journalistes media tous confondus omettent de rapporter une chose im[portante, LA PLUS IMPORTANTE- de tout ce cafouillis :
NUL PARMI EUX &/OU LA CRASSE POLITIQUE LIBANAISE NE PARLE DE L'EVOLUTION DE NOTRE SYSTEME POLITIQUE, QUI DOIT SE DEBARRASSER DE TOUT CONFESSIONALISME ,
PIRE MEME TOUS SE FONT LES CHANTRES DE LA VICTOIRE ET LA GLOIRE D'AVOIR "pu " FORMER CE CABINET BASE PRECISEMENT SUR LES CONFESSIONS RELIGIEUSES .

BEN MILLE FOIS BRAVO.
MILLE FOIS DECEVANT,

ON DIT QUOI ?

Si on doit chicaner pour un oui ou un non sur les droits et devoirs des partis et des groupes on en finira jamais .

Alea jacta est, que chacun donne le meilleur de lui même, on a un pays à re-reconstruire, je peux douter de tout sauf que les intentions de nos hommes politiques sont bonnes , les méthodes laissent à désirer.

Des crapules y en a partout , dans toutes les formations et les communautés religieuses, le plus important est qu'on ne vienne plus nous chercher noise, que se soit des comploteurs de l'occident aux ordres d'un pays usurpateur par excellence ou de ses acolytes locaux, ou même des alliés de notre résistance nationale à qui cette résistance devrait leur faire sentir les spécificités de notre cher pays.

Le difficile équilibre auquel le peuple libanais est arrivé, c'est déjà une prouesse non négligeable, maintenant que les choses sont dites de part et d'autres, il est temps que le LIBAN se prenne en main, nous avons des compétences certaines dans tous les domaines , aussi bien dans celui de la couture , clin d'oeil à Fifi , lol , que dans celui des hydrocarbures.

Je sens ce gouvernement avoir faim de travail cette fois ci .

Marionet

Analyse intéressante. Dans ce gouvernement, je retiens le doublé éclatant du PM qui réalise la prouesse d'avoir fait nommer une femme à l'Intérieur et neutralise en bonne partie l'entrée de Mrad au gouvernement en s'alliant avec 2 poids lourds sunnites de Tripoli. L'impro et l'amateurisme des législatives ont vécu!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TOUT GOUVERNEMENT CONSENSUEL OU LA NOTION DE LA VRAIE DEMOCRATIE N,EXISTE PAS ... A L,IMAGE DES NOTRES TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD... EST FRAPPE DES NAISSANCE DE PARALYSIE ET D,INCAPACITE !

Irene Said

Mis à part le fait d'accorder à tous les bonbons, friandises et parts plus ou moins épaisses du gâteau de la gouvernance,

le Liban en tant que pays et son peuple, a-t-il pesé dans les décisions de ces "responsables" ?

On le souhaîte !
Irène Saïd

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