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Liban

Obsèques grandioses aujourd’hui pour Nasrallah Sfeir

Bkerké

Le ministre français des Affaires étrangères, Yves le Drian, représentera Emmanuel Macron aux funérailles.


F.N. | OLJ
16/05/2019

C’est une journée grandiose, historique, qui attend le siège patriarcal maronite aujourd’hui, pour les obsèques du patriarche Nasrallah Sfeir. Exposé depuis hier dans la chapelle intérieure du siège patriarcal, visage tourné vers les fidèles, comme s’il présidait une dernière fois un office religieux, le corps du patriarche émérite sera transféré dans la journée vers la grande église située à l’extérieur du bâtiment patriarcal, au bout d’un large parvis où des estrades pouvant accueillir 8 600 chaises ont été installées.

Les funérailles sont prévues à 17h. La cérémonie religieuse se limitera à la récitation de l’office des morts, sans messe, et à une oraison funèbre du patriarche Béchara Raï.

Aux premières rangées ont été installés trois fauteuils, pour les trois premières présidences, ainsi que plusieurs autres fauteuils d’honneur pour les représentants de pays ayant décidé d’envoyer des délégations officielles aux funérailles. La France a délégué aux obsèques le ministre des Affaires étrangères Yves le Drian. Par ailleurs, l’Arabie saoudite, la Jordanie et le Qatar seront présents à travers des délégations. Le Qatar sera représenté par le ministre d’État Hamad ben Abdel Aziz Kawari. M. Le Drian profitera de sa présence au Liban pour prendre des contacts et être reçu par le chef de l’État, assure une source informée. « Il est là plus pour écouter que pour parler », précise-t-elle.

Le Vatican a chargé le préfet de la Congrégation pontificale pour les Églises orientales, le cardinal Leonardo Sandri, de le représenter. Arrivé hier au Liban, ce dernier a déclaré depuis l’aéroport : « La perte de Nasrallah Sfeir est une perte pour l’Église et pour la nation. » Et de souligner que « le pape François est très proche de l’Église maronite et du peuple libanais », avant de rendre hommage « à l’esprit et à la vie qu’a menée » le patriarche émérite « au service de l’Église, du Liban, de la paix ». Par ailleurs, les patriarches orientaux seront présents aux obsèques, ainsi que des dizaines de députés et ministres, de membres des différents corps constitués, sans compter les délégations populaires attendues des quatre coins du Liban.


(Lire aussi : À Bkerké, un moment solennel qui semble durer une éternité)


Le Chouf à Bkerké

De toute évidence, il existe chez beaucoup en effet, notamment chez les Forces libanaises, une volonté de profiter de l’élan de sympathie populaire pour « l’icône » que fut Nasrallah Sfeir, pour faire jaillir à nouveau l’étincelle de la ferveur patriotique du 14 Mars. Même le CPL s’y est mis hier, en publiant tardivement et pour la forme un faire-part officiel annonçant le décès du patriarche et en rendant hommage à « son attachement à l’indépendance du pays et à sa libre décision ».

En outre, on apprenait hier que sur instruction de Walid Joumblatt, de nombreuses délégations de Aley et du Chouf se dirigeront vers Bkerké. L’ancien ministre Achraf Rifi a encouragé ses partisans à faire activement acte de présence.

À l’issue de l’office funèbre, le cercueil sera transféré vers le cimetière patriarcal, situé à droite de la grille d’entrée, en contrebas de la route. Le corps du patriarche défunt y rejoindra celui d’un ami de longue date, Mgr Roland Aboujaoudé, récemment décédé.

Dans la journée, l’accueil des visiteurs venus présenter leurs condoléances se poursuivra, bien que le responsable à l’information de Bkerké, Walid Ghayad, ait encouragé les visiteurs qui le peuvent à reporter d’un jour leurs condoléances, afin de permettre aux patriarches et aux évêques de mieux préparer leur dernier adieu au patriarche Sfeir. Une ultime journée de condoléances est prévue en effet demain vendredi.


(Lire aussi : D’Achrafieh à Bkerké, un émouvant adieu populaire au patriarche de la deuxième indépendance)


Le cimetière patriarcal

Entrées en activité hier, les navettes au départ de Jounieh seront opérationnelles aujourd’hui encore. Il est donc recommandé aux visiteurs d’en faire usage, plutôt que de se rendre à bord de leurs voitures au siège patriarcal. Les aires de stationnement des navettes sont facilement repérables. La plus grande se trouvant au niveau du stade de Jounieh. Pour les visiteurs venus de Beyrouth, une aire de stationnement est prévue à l’Université Saint-Esprit de Kaslik. Pour ceux qui viennent du Nord, au Casino du Liban. Deux autres aires de stationnement seront aménagées à l’intérieur de Jounieh, au Collège des Apôtres et au sérail de la ville.

La journée sera par ailleurs marquée par la fermeture des administrations publiques et des écoles. En signe de solidarité, l’ambassade de Turquie a décidé de fermer ses portes aujourd’hui et de mettre ses drapeaux en berne. L’Association des banques se joindra aussi à la décision de fermeture. Beaucoup d’associations de commerçants feront de même, notamment dans le Chouf, dont les rues ont été tapissées de photos du patriarche défunt.

Par mesure de sécurité, l’armée a interdit aux particuliers comme aux médias l’usage de drones, tout au long des obsèques, dans les régions de Jounieh, Bkerké et Harissa.


(Lire aussi : Sfeir-Khaled, même combat : l’unité nationale pour la souveraineté)


Le défilé des visiteurs

Par ailleurs, le défilé de visiteurs venus présenter leurs condoléances s’est poursuivi hier. C’est le cas du chef des Forces libanaises, Samir Geagea, qui a rendu hommage à un patriarche « vertueux, transparent et sincère ». « La réaction du peuple libanais » à l’annonce du décès du cardinal constitue « un réel témoignage » de l’homme qu’il était, tant sur le plan spirituel que politique. M. Geagea a appelé dans un communiqué les partisans des FL et tous les Libanais à « une participation massive » aux obsèques jeudi.

Un peu plus tôt, la ministre d’État pour le Développement administratif, May Chidiac, a présidé une délégation des FL venue rendre un dernier hommage à Nasrallah Sfeir.

Le ministre de l’Information, Jamal Jarrah, a lui aussi présenté ses condoléances « à tous ceux qui aimaient Mgr Sfeir, une grande perte nationale ». Il a estimé que le patriarche émérite « a écrit l’histoire du Liban en lettres d’or sur la route de la souveraineté, de la liberté et de l’indépendance ». « Il était toujours la voix de la justice, de la liberté et de la paix », a-t-il ajouté.

Signalons aussi la présence hier des députés Ibrahim Kanaan et Chamel Roukoz, d’une délégation de la Ligue maronite et du Conseil des chefs d’Église en Jordanie, accompagnée du ministre jordanien des Travaux publics, Sami Halsa.


Le Liban et la montée du fanatisme religieux

Reçu par Mgr Béchara Raï, l’ancien Premier ministre Nagib Mikati a de son côté affirmé que « le patriarche Sfeir est un Libanais authentique qui a toujours maintenu ses positions nationales ». Par ailleurs, Mgr Raï a reçu une délégation du courant du Futur présidée par son secrétaire général Ahmad Hariri, qui a déclaré : « Le Liban sans ses chrétiens ne vaut rien. Et sans ses musulmans, il ne vaut rien non plus. Le mélange de vie commune et de coexistence que nous vivons aujourd’hui est la seule chose vivante en cet Orient, quand nous la comparons à la montée des fanatismes religieux. »

Dans un communiqué, l’ambassadrice de l’Union européenne Christina Lassen a présenté ses condoléances « à la communauté maronite et aux citoyens libanais ». Pour sa part, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a salué également dans un communiqué « la contribution du patriarche émérite qui a permis de mettre un terme à la guerre civile au Liban et le rôle qu’il a joué pour la promotion du dialogue interreligieux, de la tolérance, de la diversité et de la coexistence pacifique ».




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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DIGNES DE CE GRAND PATRIARCHE.

Bustros Mitri

Monseigneur Sfeir aura fait l’unanimité après sa disparition , s’il ne l’a pas fait de son vivant. On se souvient des propos véritablement insultants, indignes, voire l’agression physique dont il a été victime.
Il fait bon teint aujourd’hui de récupérer l’évènement, de s’accrocher au train du politiquement correct.
Il n’empeche que Mgr Sfeir aura véritablement été le Jean Paul II du Liban, celui qui a ébranlé le mur de la peur et de la soumission.
Son travail, hélas, n’est pas encore terminé.

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