X

À La Une

Toujours attendu à Beyrouth, Hariri multiplie les rencontres diplomatiques à Riyad

crise gouvernementale

Les concertations marathon se poursuivent à Baabda et à Dar el-Fatwa.

OLJ
09/11/2017

Cinq jours après sa démission surprise, le Premier ministre libanais, Saad Hariri, n'est toujours pas rentré au Liban où il est attendu par le président de la République, Michel Aoun, qui refuse de se prononcer sur cette démission ou de lancer les consultations pour former un nouveau gouvernement avant le retour de M. Hariri. Une position partagée par le président du Parlement, Nabih Berry, qui a lui aussi affirmé que la "démission de Saad Hariri ne sera valide que lorsqu'il la présentera "selon les normes" au président de la République.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, des rumeurs ont circulé selon lesquelles l'arrivée de M. Hariri à Beyrouth serait imminente. Mais le Premier ministre démissionnaire n'était pas à bord de l'avion privé qui a atterri  à l'aéroport Rafic Hariri. Jeudi, son bloc parlementaire lui-même a dû insister dans un communiqué sur le fait que son retour était  "une nécessité pour recouvrer la dignité et pour préserver les équilibres internes et externes du Liban dans le cadre du respect entier de la légitimité du pays consacrée par la Constitution et l'accord de Taëf".

 

Rencontres diplomatiques à Riyad
Si la date d'un retour de M. Hariri au Liban, pour remettre officiellement sa démission, n'est donc toujours pas posée, le Premier ministre démissionnaire a, pour sa part, rencontré plusieurs diplomates étrangers à Riyad.

Le bureau de presse de M. Hariri a ainsi publié un communiqué affirmant que Saad Hariri a reçu, jeudi, à Riyad, l'ambassadeur de France en Arabie saoudite, François Gouyette. Selon le texte, il a également reçu mercredi le chef de la délégation de l'Union européenne à Riyad, Michele Cervone d'Urso, et, mardi le chargé d'affaires de l'ambassade des États-Unis à Riyad, Christopher Henzel, ainsi que l'ambassadeur britannique à Riyad, Simon Collis. Jeudi soir, le département d'Etat américain a indiqué jeudi que M. Henzel avait rencontré mercredi M. Hariri dans la capitale saoudienne, sans plus de précisions.

Parallèlement, à Beyrouth, le chef de l'État recevait l'ambassadeur de France au Liban, Bruno Foucher. Ce dernier s'est également entretenu avec l'ancien Premier ministre et chef du bloc parlementaire du Futur, Fouad Siniora, ainsi qu'avec Tammam Salam et le chef des Forces libanaises, Samir Geagea. L'ambassadeur, qui effectue depuis plusieurs jours une tournée auprès des principaux responsables pour échanger avec eux sur la crise gouvernementale, s'était entretenu mercredi avec Nabih Berry.

 

(Lire aussi : Gouvernement : quels choix avant la bataille ?)

 

"Virtuellement en état d'arrestation" ?
Jeudi, l'agence de presse Reuters a, par ailleurs, rapporté, citant une source gouvernementale autorisée à Beyrouth, que le Liban considère que Saad Hariri est "virtuellement en état d'arrestation en Arabie saoudite", sa démission ayant coïncidé avec une purge sans précédent en Arabie saoudite, où émirs, ministres et hommes d'affaires ont été arrêtés dans une opération anticorruption. Dans ce contexte, le Liban va entreprendre des démarches auprès de certains pays afin d'amener les autorités de Riyad à le relâcher, ajoute-t-on de même source.  

"Le Liban s'apprête à demander à des pays étrangers et arabes d'exercer une pression sur les Saoudiens afin qu'ils libèrent le Premier ministre Saad Hariri", a déclaré la source gouvernementale, qui s'exprimait sous le sceau de l'anonymat, Beyrouth n'ayant pas encore officialisé cette mesure. Restreindre la liberté de Hariri à Riyad est une attaque commise contre la souveraineté libanaise (...). Nous allons œuvrer avec les Etats (étrangers) pour qu'il revienne à Beyrouth."

L'Arabie saoudite, comme l'entourage de Saad Hariri, ont démenti qu'il soit assigné à résidence mais Saad Hariri n'a publié lui-même aucun communiqué. Mardi, il s'est néanmoins rendu à Abou Dhabi (Émirats arabes unis) où il a été reçu par le prince héritier d'Abou Dhabi, Mohammad ben Zayed al-Nahyane.

"Lorsqu'il s'est rendu en Arabie saoudite, il lui a été demandé d'y rester et ordonné de démissionner. Ils lui ont ordonné de lire cette déclaration de démission et il est, depuis, assigné à résidence", rapporte toutefois Reuters, citant cette fois une source proche de M. Hariri.

 

(Lire aussi : L'Arabie saoudite appelle ses ressortissants à quitter immédiatement le Liban)

 

"Attention aux rumeurs qui circulent"
Le président Michel Aoun, qui refuse toujours de se prononcer sur la question avant le retour de M. Hariri à Beyrouth, a poursuivi, de son côté, ses concertations avec tous les responsables et protagonistes libanais. Jeudi, M. Aoun a notamment reçu l'ancien Premier ministre, Tammam Salam qui n'a fait aucune déclaration en quittant Baabda. Il a également reçu une délégation des organismes économiques et une délégation de la Confédération générale des travailleurs libanais (CGTL).

Devant ses visiteurs, M. Aoun a souligné que "les mesures qui ont été prises pour préserver la stabilité sécuritaire et financière sont toujours en cours et ont atteint leurs objectifs". "Il faut faire attention aux rumeurs qui circulent de temps en temps dans le but de nuire à la stabilité (du pays)", a-t-il ajouté.

M. Aoun a en outre salué "les positions des pays amis qui se sont dit solidaires du Liban". Il a appelé les Libanais à ne pas s'inquiéter "parce que les conditions économiques, financières et sécuritaires sont sous contrôle". "Davantage de solidarité et d'unité sont nécessaires pour surmonter la situation actuelle", a-t-il néanmoins ajouté.

 

(Lire aussi : Démission Hariri : la France n’interviendrait que si elle est officiellement sollicitée)

 

Hariri est "toujours le Premier ministre des Libanais"
Parallèlement aux concertations de Baabda, le mufti de la République, Abdellatif Deriane, poursuit ses propres entretiens avec de nombreux responsables. Jeudi il a reçu le ministre des Déplacés, Talal Arslan, qui a affirmé que M. Hariri est "toujours le Premier ministre des Libanais". "Nous ne reconnaîtrons pas sa démission avant qu'il ne vienne au Liban pour expliquer ce qui s'est réellement passé au président de la République et aux Libanais". 

Après sa réunion avec le mufti, l'ancien ministre Sejaan Azzi a, lui, affirmé que les positions nationales du mufti doivent "être traduites en une solution à la crise". "Le mufti est la conscience du pays", a renchéri le général à la retraite, Chamel Roukoz.

Le ministre de l'Intérieur, Nohad Machnouk, a de son côté souligné que la "crise majeure" que le Liban traverse, "nécessite des concertations permanentes avec le mufti Deriane". Le ministre a insisté sur le fait que "c'est M. Hariri qui doit décider de la nature de la prochaine étape après son retour au Liban et après s'être concerté avec les responsables". Interrogé sur l'éventualité que Bahaa Hariri, frère de Saad Hariri, vienne remplacer ce dernier à la tête du gouvernement, le responsable a balayé cette éventualité. "Nous ne sommes pas un troupeau de moutons", a-t-il lancé.

"Nous appelons à davantage de patience, de concertations et au renforcement de l'unité nationale", a déclaré, par ailleurs, un porte-parole de la Jamaa islamiya après sa réunion avec le mufti.

La démission de Saad Hariri intervient dans un contexte de fortes tensions sur plusieurs dossiers entre les deux poids lourds de la région, l'Arabie saoudite sunnite, qui soutient M. Hariri, et l'Iran chiite, grand allié du Hezbollah. Les deux puissances régionales sont farouchement opposées sur des questions comme la Syrie, le Yémen et le Liban, où elles soutiennent des camps adverses. M. Hariri a présenté sa démission samedi depuis Riyad, accusant le Hezbollah et l'Iran de "mainmise" sur le Liban, et soulignant que sa vie est en danger. Le lendemain, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a accusé l'Arabie saoudite d'avoir contraint M. Hariri à la démission.

 

Lire aussi

Tout le monde attend Saad Hariri...

Geagea : C’en était trop pour Hariri ; c’en était trop pour le Liban

Au Liban, une crise institutionnelle en vue?

La rue sunnite oscille entre sympathie, colère et... lassitude

Amine Gemayel à « L’OLJ » : « Pour résoudre la crise, il faut respecter la Constitution »

La décision d’attendre, avant d’accepter la démission de Hariri, cautionnée

Walid Pharès : La démission de Hariri est « en phase » avec les objectifs des États-Unis

Lire aussi à la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

gaby sioufi

j'y crois de plus en plus : ( pr ceux a qui ca deplait: ne me lynchez pas ) :
hariri joue son role a la perfection , dans le scenario etabli en vue de coincer le mieux possible khamenai et ses accolites ...........
PPURQUOI PAS ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE FAIT EST QUE HARIRI A DEMISSIONNÉ ! IL NE FAUT PAS REVER A UN RETOUR OU IL VIENDRAIT CONFIRMER LES INEPTIES QUE LES VRAIS RESPONSABLES DE CE QUI S,EST PASSÉ PROFERENT ET ESPERENT !
ATTABLEZ-VOUS A CONSTITUER UN NOUVEAU GOUVERNEMENT NATIONAL LIBRE DES PRESSIONS ET DES INTIMIDATIONS ET DES DICTATS DE QUICONQUE...

Bery tus

heheh j'adore les citations des soi-disant proche et des soi-disant eloigner ...

si l'arabie saoudite concidere que hariri est impliquer dans la corruption etc ... pensez vous qu'elle allait agir ainsi !?!?!

pensez vous qu'elle n'allait pas avoir plusieurs autres leviers de pression ... !?!?

pensez vous aussi que l'arabie saoudite allait se mettre au dos presque la majorite des pays occidentaux juste a cause de cette affaire de corruption dont hariri en est loin !?!?

arreter de croire a la machine propagandiste des moumana3istes ... IL FAUT ETRE PLUS INTELLIGENT QUE CA SVP

Dernières infos

Les + de l'OLJ

1/1

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Pour le Liban, Hariri n’était pas démissionnaire

Le Journal en PDF

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

X
Déjà abonné ? Identifiez-vous
Vous lisez 1 de vos 10 articles gratuits par mois.

Pour la défense de toutes les libertés.