Une vue de la rencontre du mercredi à Aïn el-Tiné. Photo ANI
La République est en mode pause en attendant le retour du chef du gouvernement démissionnaire, Saad Hariri, à Beyrouth. C'est cette impression que l'on peut dégager de la troisième journée de concertations politiques élargies menées par le président de la République, Michel Aoun, à la suite de la démission-surprise de M. Hariri, annoncée samedi depuis Riyad.
Plusieurs personnalités politiques se sont donc rendues hier à Baabda. Il s'agit notamment du chef du Parti national libéral, le député Dory Chamoun, du président du parti Hentchag, le député Sebouh Kalpakian, du chef du Mouvement de l'indépendance, Michel Moawad, des anciens ministres Fayçal Karamé, Wi'am Wahhab et Abdelrahim Mrad, ainsi que du secrétaire général du Parti communiste libanais (PCL), Hanna Gharib.
De sources proches de Baabda, on apprend que M. Aoun consacrera la journée d'aujourd'hui à des entretiens à caractère économique. Il devrait, en effet, s'entretenir avec les instances économiques et une délégation de la Confédération générale des travailleurs au Liban (CGTL). On fait également savoir que le chef de l'État rencontrera demain vendredi les ambassadeurs des pays membres du Groupe de soutien international au Liban (États-Unis, France, Royaume-uni, Russie, Chine, Allemagne, Italie, Nations Unies, Ligue arabe et Union européenne).
Si ces concertations visent principalement à insister sur l'importance de la préservation de l'unité nationale et à assurer le maintien de la stabilité sécuritaire et financière, il reste que « Baabda attend toujours les explications de Saad Hariri, avec qui le contact demeure impossible, d'autant que son destin demeure inconnu », selon un proche de Michel Aoun. Dans les mêmes milieux, on continue de soutenir que le chef de l'État voudrait connaître les motifs de la démission de M. Hariri, pour pouvoir prendre les mesures adéquates.
Ne voulant pas se prononcer sur la durée de cette crise, ce proche du palais présidentiel estime qu'il est encore « trop tôt » pour parler de la tenue d'une table de dialogue national. « D'autant que nous sommes encore dans les délais normaux », souligne-t-il, rappelant que le pays a vécu deux ans de vacance présidentielle et qu'il était resté stable.
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« L'insulte faite au peuple »
Tout comme Baabda, Aïn el-Tiné attend le retour de M. Hariri pour décider des prochaines étapes. Même si le président de la Chambre, Nabih Berry, s'est voulu très clair en déclarant lundi depuis Baabda qu'il est encore « très, très tôt de parler de démission du gouvernement et de la formation d'un nouveau cabinet ». Il aurait ainsi laissé entendre que la crise actuelle porte aussi bien sur la forme de la démission haririenne que sur le fond. S'exprimant dans le cadre des audiences du mercredi, le président de la Chambre a d'ailleurs déclaré que « le gouvernement existe toujours ». « La démission de Saad Hariri de cette manière (donner lecture d'un communiqué retransmis sur une chaîne saoudienne) ne modifie en rien le statut du cabinet », a ajouté M. Berry.
Expliquant cette position catégorique du chef du législatif, Yassine Jaber, député de Nabatiyé, souligne à L'Orient-Le Jour que « le mécanisme de démission du gouvernement est prévu dans la Constitution, laquelle devrait être respectée ». Selon lui, « la façon dont M. Hariri a annoncé sa décision est une insulte faite au peuple libanais ». « C'est pour cette raison que nous insistons sur son retour », précise M. Jaber. Si d'aucuns s'attendent à une initiative politique de Nabih Berry, pour tenter de sortir le pays de la crise actuelle, Yassine Jaber se montre prudent. « À l'instar de tous les Libanais, le président de la Chambre attend les explications de Saad Hariri », dit-il, insistant sur « la coordination totale entre Baabda et Aïn el-Tiné ».
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Dar el-Fatwa
Outre le palais de Baabda et la présidence de la Chambre, Dar el-Fatwa est, elle aussi, au centre des négociations politiques engagées pour résoudre la crise actuelle. D'autant que c'est à partir de ce lieu très symbolique pour les sunnites que Nagib Mikati, ancien Premier ministre, a choisi d'appeler à la formation d'un cabinet neutre, qui serait chargé d'organiser les prochaines législatives.
Dar el-Fatwa a ainsi témoigné hier, pour la troisième journée consécutive, d'un défilé de personnalités politiques venues insister sur l'importance de la cohésion nationale et louer le rôle de l'institution et les efforts qu'elle déploie parallèlement à ceux de Michel Aoun et Nabih Berry. Il y avait Ghazi Aridi, député de Beyrouth, et Nicolas Tuéni, ministre d'État pour la Lutte contre la corruption.
De source proche de Dar el-Fatwa, on indique que les concertations du mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane, complètent celles de MM. Aoun et Berry, et portent sur l'unification des positions de tous, face à l'impasse actuelle. Concernant le sort de l'initiative Mikati lancée dimanche, une source proche du mufti se contente de préciser que le dignitaire religieux en exposera les détails à temps voulu.
Le Hezbollah et la neutralité
De son côté, le courant du Futur continue d'opter pour un silence qui ne fait que s'alourdir au fil des jours. Moustapha Allouche, coordinateur de la formation politique à Tripoli, reconnaît via L'OLJ que la démission de M. Hariri a surpris son entourage. Mais il va beaucoup plus loin. « Il s'agit d'une décision essentielle pour retirer la couverture officielle dont bénéficiait le Hezbollah », dit-il, assurant que sa formation ne participera pas à un gouvernement qui inclurait le parti chiite.
Si certains jugent normal que le pays soit engagé dans cette série de concertations multipartites, un observateur politique, lui, estime que le problème ne porte pas sur l'unité nationale, mais sur le non- respect par le Hezbollah de la politique de distanciation du Liban. Toute solution commence donc par la conformité à la déclaration de Baabda...
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09 h 27, le 09 novembre 2017