Liban

Gouvernement : quels choix avant la bataille ?

Analyse
09/11/2017

Depuis ce fameux samedi où Saad Hariri est apparu à la télévision saoudienne pour annoncer sa démission de ses fonctions de Premier ministre du Liban, l'essentiel de l'actualité tourne autour des circonstances de cette annonce et de la forme singulière qui lui a été donnée. Déjà peu trépidante, la vie politique libanaise s'est littéralement figée autour de l'image d'un chef de gouvernement usant, depuis son espèce d'exil, de mots suffisamment virulents pour faire passer le message qu'il n'y aura pas de retour en arrière.

Certes, des concertations politiques se déroulent à un rythme intense au sein d'une classe politique libanaise quelque peu sonnée par ce qui lui arrive. Les clivages mis de côté, tout le monde ou presque se parle et le président de la République parle à tout le monde. Mais ce ne sont précisément que des concertations – c'est-à-dire rien du tout – dont on espère qu'elles deviendront des consultations en bonne et due forme dès lors que la lumière aura été faite sur les circonstances de la démission du Premier ministre et, plus généralement, sur son sort personnel.

Aujourd'hui, demain ou après-demain, la lumière sera faite, il n'y a pas lieu d'en douter. En revanche, il paraît peu probable qu'un processus constitutionnel normal puisse être pour autant remis en marche de sitôt, après le séisme que vient de subir le si fragile édifice politique libanais. Il est ainsi possible d'entrevoir dès cet instant les énormes difficultés qui risquent d'entraver sérieusement, dans les prochaines semaines, voire les prochains mois, la mise sur pied d'une équipe ministérielle pour succéder à l'actuelle, quelle que soit la formule gouvernementale envisagée.

L'espèce d'entente a minima mise en place il y a un an pour permettre l'accession de Michel Aoun à la présidence de la République et la formation d'un cabinet d'union sous l'égide de Saad Hariri – et donc la reprise, vaille que vaille, de la vie institutionnelle dans le pays – est bel est bien morte. L'Arabie saoudite de Mohammad ben Salmane vient soudain de la jeter à la fosse... que l'Iran de Hassan Rohani (mais surtout de Ali Khamenei) creuse depuis des mois, consciemment ou non. La confrontation entre les deux puissances régionales ayant atteint le stade que l'on sait, on peut d'emblée écarter, dans l'état actuel des choses, toute possibilité de replâtrage, à court ou moyen terme, d'une formule associant les haririens et le Hezbollah au sein d'une même équipe gouvernementale.

 

(Lire aussi : Démission Hariri : la France n’interviendrait que si elle est officiellement sollicitée)

 

Retour au duopole
Deuxième scénario, le cabinet à vocation majoritaire, ou « monochrome », comme on préfère le nommer ici, et qui est si normal dans les démocraties apaisées, serait encore plus difficile à mettre sur pied au Liban par les temps qui courent. Pourquoi ? Parce qu'à l'évidence, il serait assimilé, dans un sens comme dans l'autre, à un casus belli dont résulterait une nouvelle destruction du pays, rien de moins. D'ailleurs, personne au sein de la classe politique libanaise ne semble aujourd'hui tenté par une expérience de ce genre, à l'heure où le volcan moyen-oriental est plus menaçant que jamais.

Reste une éventualité, le gouvernement dit « neutre » ou de « technocrates ». Beaucoup évoquent ces jours-ci cette formule et la croient possible. Le cas échéant, ce serait, en effet, faire d'une pierre deux coups : d'une part, le Hezbollah n'étant plus au gouvernement, Riyad n'aurait plus à se plaindre du comportement inamical de l'État libanais, même si le parti pro-iranien reprenait ses attaques antisaoudiennes ; et, d'autre part, on continuerait ainsi à assurer une activité institutionnelle minimale, à commencer par la préparation et la tenue des législatives, prévues en mai prochain.

Mais ceux qui défendent ce scénario ignorent ou feignent d'ignorer qu'il heurte de plein fouet la réalité du modus vivendi imposé dans le pays depuis qu'il a été décidé d'y mettre les textes de côté et de gouverner par le biais de « l'entente nationale ». Cette dernière ne signifie-t-elle pas une entente à trois ou encore à quatre (en incluant la composante druze) ? Or l'avènement d'un gouvernement de « technocrates » marquerait le retour au duopole maronito-sunnite, dans la mesure où, par la force des choses, deux personnes échapperaient toujours au qualificatif de « technocrate » au sein de l'exécutif : le président maronite et le Premier ministre sunnite. Croit-on que le Hezbollah a amassé des dizaines de milliers de missiles pour finir par accepter de bon cœur une telle extrémité ?

Bien sûr, on pourrait multiplier à l'infini les tentatives de compositions chimiques consistant à nommer des ministres qui soient à la fois « technocrates » et réputés proches de telle ou telle formation, mais on ne ferait que déguiser les travers que présentent tous les scénarios évoqués plus haut.
En sorte que, devant l'ouragan de feu qui menace de déferler sur la région, le mieux dont peut encore se parer le Liban pour éviter d'être emporté est... un non-gouvernement.

 

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Sarkis Serge Tateossian

S'il y a une seule chose qui est d'une violence et gravité inouïe, qui défi les lois de la civilisation du XXI siècle, c'est le sort du premier ministre libanais Monsieur Hariri.

Je ne suis ni pour l'Iran, ni pour l'Arabie quand je parle de mon pays natal, je suis à cent pour cent pour mon pays le Liban.
personne au monde n'a le droit de toucher à un des cheveux d'un libanais qu'il soit sunnite, chiite, maronite, orthodoxe, grec, arménien ou autres...
Un libanais a le droit à la protection et au respect du Liban et des libanais.

S'il y a une nécessité d'un jugement ou d'un procès ce sera au Liban et non dans des pays tiers.

Dans les anales de la diplomatie "mondiale" on n'a jamais vu ou entendu parler d'un premier ministre retenu dans un pays tiers), c'est contraire à toutes les conventions en vigueur depuis la deuxième guerre et même avant ...(au passage je rappelle que l'Arabie saoudite préside la commission des droits de l'homme à l'ONU) je ne le dis pas pour faire rire),

Exigeons tous ensemble le retour de notre premier ministre ....nous ne sommes pas des jouets !!!

La souveraineté totale de l'armée et du pays ensuite viendra naturellement.
L'éveil des citoyens est en marche je pense !

Paix et vive les libanais, Assez de souffrance

gaby sioufi

est ce moi qui en donne trop d'importance ou alors quoi ?
qui/que/quoi/dont/ou ......restent impossible a determiner, decider
TANT qu'on n'a pas encore clairement etabli ce qui 'est reellement passe en arabie ( a moins que ca ne le soit - et je l'ignore ) :
--le 1er Ministere du Liban a t il ete FORCE a la demission ?
--est il sequestre a ce jour ?
--si oui est ce pour des raisons politiques ,financieres , les 2 a la fois ?

car si cela etait vrai, l'enormite et l'horreur d'une telle action de la part de l'arabie laisse craindre qq chose de BEAUCOUP PLUS DELICAT qu'un simple changement ministeriel au Liban .
les menaces saoudiennes repetees , (celles americaines et israeliennes) auraient alors une autre consonnance


Pierre Hadjigeorgiou

Il n'y a plus de personne qui fait de la politique au Liban qui est indépendants ou neutre. Nous faisons tous partie d'une communauté ou avons une opinion politique avec nos sympathies pour telle ou telle cause. Il n'y aura donc pas de gouvernement de technocrates ou de personne dites neutres. C'est de la foutaise! Ceci dit, au lieu de chercher a refaire un gouvernement merdique qui n'aura finalement pour rôle que de préparer les élections législatives basées sur une loi compliquée, étriquée, incompréhensible et donc caduque a mes yeux, le Président devra plutôt appeler a des assises regroupant les partis au parlement pour discuter de la stratégie a suivre pour la remise des armes du Hezbollah a l’état et négocier toutes les garanties dont il a besoin pour se sentir en sécurité a l'encontre du TSL, de son intervention en Syrie, etc... Une fois le plan établi et les délais fixés pour le débuts de l’opération, alors seulement reformer un cabinet, revoir la loi électorale et recommencer a bâtir le pays. Si le Hezbollah refuse de passer a cette nouvelle étape, je craint qu'il finira au Qalamoun comme ses prédécesseur de l'EI...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL N,Y A QU,UN CHOIX ! PLUS DE MILICE... QUI COMBAT DANS LES ET S,ATTAQUE AUX PAYS ARABES... S,EN FOUTANT ET ACCAPARANT LE ROLE DE L,ETAT... AUX INSTITUTIONS ETATIQUES !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

DEVANT C,EST LE PRECIPICE ET DERRIERE C,EST LE TSUNAMI ! QUE DIEU VIENNE EN AIDE A CE PAUVRE PAYS !

Saliba Nouhad

Bien dit: un non-gouvernement!
Tant qu’on y est, pourquoi pas une non-nation, un non-état, une non-armée, un non-sens, un non-respect de la dignité humaine, et un non-avenir à notre pauvre peuple!
Quel triste constat pour tous ceux, bien nés, fiers de leurs racines dans cette terre ancestrale et de leur culture et qui ne voient plus la fin de ce cauchemar!
Quelque défaut dans notre bagage génétique qui nous pousse peut-être à l’auto-destruction?

Wlik Sanferlou

2005: manifestation qui renvoie les syriens chez eux. tout le Liban y était surtout les gens de Aoun.
Le Hizbollah, non seulement jamais désarmé par les syriens, comme il l'ont faut à toutes les autres milices, s'est retrouvé a jouer le rôle de la Syrie: confirmer la théroie Israélienne qu'au moyen orient la survie des communutés diverses ensembles, symmboliser par les manifestations énormes à Beyrout, est impossible et que Israel est le seul pays démocratique de tout le moyen orient qui ne contoent que des dictatures de toutes formes. Au Liban ils nous ont offert la dictature Iranienne aux couleurs libanaises.
Assassinats physiques et politiques s'en suivront pour que ceci continue, inclu, cette semaine, l'assassinat politique de Hariri et tant d'autres... la cause? il croyait toujours à une entente entre la myriade de factions différentes de ce minuscule état...
Rien de nouveau sous le soleil, torride, du Liban...

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