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Purges : une pierre et deux gros coups pour Mohammad ben Salmane

Arabie saoudite

Le jeune prince héritier est déterminé à verrouiller les rouages du pouvoir avant son accession au trône, et à lutter contre la corruption.

05/11/2017

La succession des événements au cours des dernières 24 heures, qui a pris tout le monde de court et créé une mini-onde de choc dans la région, commence à faire sens : les arrestations en chaîne de responsables -princes, dont Walid ben Talal, ministres et anciens ministres, qui ont eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche en Arabie saoudite ont pour origine la volonté du prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane (MBS) de se débarrasser de tous ceux qu'il considère comme faisant partie de la vieille garde des al-Saoud. Et de verrouiller, autant que faire se peut, les rouages du pouvoir avant son accession au trône, en faisant d'une pierre au moins deux coups : asseoir son autorité et "lutter contre la corruption". Cette lutte, à condition qu'elle ne soit pas un prétexte, est au coeur de son plan de redressement économique, Vision 2030.

C'est d'ailleurs MBS en personne qui préside la commission ad hoc créée pour lutter contre la corruption, et dont la naissance a été annoncée par décret royal samedi soir, soit quelques minutes avant le début des purges. Cet organe se voit en outre doté de prérogatives exceptionnelles et n'est pas soumis au droit commun. Il dispose de toute la latitude pour enquêter, accuser, traduire en justice toute personne ayant gaspillé ou mal géré l'argent public.

Dans un entretien récemment accordé à la chaîne satellitaire al-Arabiya, le prince héritier avait d'ailleurs certifié que «toute personne dont des preuves suffisantes démontreraient qu'elle est coupable de corruption sera arrêtée».

 

(Repère : L'Arabie saoudite depuis l'accession du roi Salmane au trône)

 

Toutefois, certains observateurs estiment qu'il ne faut pas s'attendre à voir l'Arabie saoudite se doter, du jour au lendemain, d'un nouveau cadre de gouvernance au sein duquel la transparence serait désormais le maître-mot. Pour l'instant, les cercles rapprochés du nouvel homme fort du royaume restent épargnés par cette vague de purges.

En clair, il s'agit plus, pour le prince héritier, de régler ses comptes de manière préventive et de baliser son propre terrain avant sa prochaine accession au pouvoir. L'occasion, aussi, pour lui de se doter aussi d'un capital sympathie auprès de la population saoudienne en lançant une vaste enquête, via la commission ad hoc créée samedi soir, sur les inondations qui avaient dévasté en 2009 la ville portuaire de Djeddah, à la suite de pluies torrentielles, faisant une centaine de morts. L'agence de presse officielle saoudienne SPA a indiqué que le but de la commission était de "préserver l'argent public, punir les personnes corrompues et ceux qui profitent de leur position". Le conseil des religieux a rapidement réagi sur son compte Twitter en affirmant que la lutte contre la corruption était "aussi importante que le combat contre le terrorisme".

Contrôlant les principaux leviers du gouvernement, de la défense à l'économie, Mohammed ben Salmane semble à présent chercher à étouffer les contestations internes avant tout transfert formel du pouvoir par son père, le roi Salmane, âgé de 81 ans. Le coup de pied dans la fourmilière est plutôt impressionnant : les arrestations en cascade de responsables politiques et militaires de haut niveau, mais aussi d'hommes d'affaires, se sont succédé et poursuivies toute la nuit, pour se solder par la mise en résidence forcée d'une dizaine de personnalités dans un hôtel huppé de Riyad.


Jets privés cloués au sol
Même si, pour l'heure, aucun communiqué officiel n'est venu confirmer la liste des personnalités arrêtées, les réseaux sociaux n'ont pas chômé dans le royaume jusque tard dans la nuit, publiant ainsi une longue liste de noms de personnalités de premier plan. Parmi elles figureraient notamment l'homme d'affaires et milliardaire saoudo-libanais Walid ben Talal; le propriétaire de la multinationale Saudi ben Laden, Bakr ben Laden; et le directeur général de la compagnie aérienne nationale saoudienne Saudia, Khaled al-Melhem.

Des princes sont également concernées par ces purges, comme le prince du gouvernorat de Riyad, Turki ben Abdallah, fils de l'ancien roi d'Arabie Abdelaziz ben Saoud, décédé en 2015, et auquel a succédé l'actuel roi Salmane.

Plus tôt samedi, deux décrets royaux avaient été publiés, dont l'un relevait de ses fonctions le ministre de l'Economie et de la Planification, Adel al-Faqieh. Il est remplacé par Mohammed al-Tuwaijri. Selon le second décret royal, le ministre chargé de la Garde nationale, Met'ib ben Abdallah, a également été démis de ses fonctions et remplacé par Khaled ben Ayaf. Le roi saoudien a également démis de ses fonctions le commandant en chef de la marine saoudienne, Abdallah Sultan, qui est remplacé par Fahd el-Ghufaili. Les deux ex-ministres Faqieh et ben Abdallah figurent également au nombre des personnes arrêtées.

D'autres noms sont cités sur les réseaux sociaux, comme Walid Ibrahim qui est à la tête du groupe satellitaire arabe MBC, et Saoud Dawich, l'ex-PDG de la compagnie nationale saoudienne de télécoms STC. Aucun de ces noms n'a été confirmé ni par la presse écrite ni par les chaînes de télévision. Dimanche matin, al-Arabiya se contentait de confirmer, sans donner de noms, l'arrestation de 11 princes et 4 ministres.

De source informée, les jets privés stationnés à l'aéroport de Riyad ont été cloués au sol dans la nuit de samedi à dimanche, afin d'empêcher certaines personnalités de s'enfuir du royaume. L'une d'elle aurait même été appréhendée alors qu'elle embarquait sur son avion afin de tenter d'esquiver la vague d'arrestations qui s'est poursuivie jusque tard dans la nuit. Dimanche matin, premier jour de la semaine en Arabie, les journaux consacraient tous leurs gros titres à cette tempête qui a secoué le pays. Le quotidien Okaz titrait ainsi : « Qui ose être corrompu sous le règne de Salmane ? » et précise que des dizaines de princes, ministres, hauts responsables et hommes d'affaires connus ont été arrêtés sur ordre de la commission ad hoc pour la corruption. Quant au journal al-Riyad, son titre était axé sur la détermination du roi : « Le roi use de l'épée de la réforme pour frapper la corruption ».
Et il semblerait que ce ne soit que le début.

 

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Marionet

Décidément, il met les bouchées double MBS pour décrocher le gros lot et des fois, ceux qu'il n'arrête pas se crashent en hélicoptère. C'est ballot quand même.

Saliba Nouhad

Bravo, mais ce n’est, fort probable que de la poudre aux yeux...
Quant on sait que, depuis des décennies, pas un seul projet au Royaume n’a lieu, sans que, tout naturellement un bonus pouvant avoisiner les 10 à 30% du budget va aller dans la poche de Saoudiens haut placés, selon leur importance, des pots de vin pouvant avoisiner des centaines de millions de $, qu’on considérait comme une sorte de taxe normale revenant à la famille royale et à ses proches...
Ça explique, en fait, la fortune fabuleuse, de la majorité des descendants Al-Saoud et tribus alliées qui seraient prés de 100.000 individus détenant plus de la moitié de la richesse nationale...
Coup de pied dans la fourmilière, pour éloigner une concurrence ou opposition future, fort probable, mais parler de combattre la corruption, il finira par arrêter plus de la moitié de la famille Royale et les tribus alliées: quelle rigolade...
La corruption au Liban n’est pas loin de ce système, mais en plus subtil et sournois.

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