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Liban

« Cette drôle de révolution qui rappelle aux autorités le respect de la Constitution »

Société civile

La révolte populaire a remporté hier une nouvelle victoire. À un moment où certains sondages d’opinion montrent l’étendue de l’appui au mouvement, que pensent les militants de la direction à prendre ?

20/11/2019

C’est par des cris de joie que les manifestants ont accueilli hier la nouvelle du report/annulation de la session à laquelle le président du Parlement Nabih Berry avait convié les députés hier. Et ils avaient de bonnes raisons de le faire : le blocage des routes menant à l’hémicycle a, par le fait même, barré la route à l’adoption de projets de loi controversés, selon des figures de la société civile, comme celui sur l’amnistie générale. Et ce alors même que les revendications de la rue, allant de la convocation des députés par le président de la République pour des concertations parlementaires en vue de la nomination d’un Premier ministre à la formation d’un gouvernement, sont toujours ignorées.

Après cette énième victoire contre des autorités qui paraissent de plus en plus dépassées, il est temps de se demander où va ce mouvement populaire qui ne montre pas de signes d’essoufflement, comme l’indiquent des sondages d’opinion récents (voir par ailleurs).

Plusieurs militants interrogés hier célébraient la victoire comme il se doit, sans perdre de vue l’essence du combat mené depuis le 17 octobre dernier, date du début du mouvement de contestation sur l’ensemble du territoire libanais.

Hayat Arslane, militante de longue date, sortait tout juste d’une réunion de la « table de dialogue de la société civile », qui rassemble de nombreuses personnalités et plus de trente ONG, et qui vise à fédérer les efforts de plusieurs acteurs civils. « L’épisode qui s’est déroulé aujourd’hui (hier) servira de leçon au Parlement, qui doit savoir qu’il a perdu toute légitimité, dit-elle. Nous voulons en finir une fois pour toutes avec la corruption et restituer les fonds volés, même si nous savons que c’est un processus long et compliqué. » Pour sa part, une source du Bloc national qui a requis l’anonymat pense que « le Parlement est désormais conscient qu’il ne peut y avoir de réunion sans que la rue ne soit d’accord et qu’il lui est dorénavant périlleux de commettre de nouvelles erreurs ». « Cette étape est décisive, elle montre qu’il est révolu le temps où le chef du législatif Nabih Berry pouvait tout obtenir d’un claquement de doigts », poursuit cette source.


(Lire aussi : ... Et une Étoile de plus !, l'éditorial de Issa GORAIEB)



Des blindés qui ont servi la révolution
Qu’est-ce qui pousse le mouvement à aller de l’avant, sa propre énergie ou les erreurs de la classe politique ? « Nous sommes tous focalisés sur la nécessité de former un gouvernement, mais il est sûr que nous réagissons aussi aux décisions des autorités, selon cette source. La manière dont les élus sont sortis du Parlement avec l’aide de blindés, par exemple, a servi la révolution. Ce qui est certain, c’est que le pari des autorités sur un essoufflement du mouvement est un pari perdant. D’ailleurs, deux récents sondages d’opinion, l’un publié par le bureau Information International de Jawad Adra et annoncé par lui dans un tweet, et un autre commandé par un parti au pouvoir, ont donné des résultats très similaires : un appui aux objectifs de la révolution à plus de 75 % au sein de la population libanaise. »

Camille Mourani, activiste indépendant au sein du mouvement de contestation, affirme qu’il est maintenant temps de « savourer cette victoire qui n’était pas gagnée d’avance ». Interrogé sur une éventuelle escalade, il fait remarquer que « l’escalade politique a déjà eu lieu de par les événements d’aujourd’hui (hier) ». « En effet, poursuit-il, il est désormais clair que le Parlement ne pourra plus se réunir sans l’aval de la rue. Après la démission du gouvernement, le Parlement vient de perdre sa légitimité. »

Le militant ajoute, non sans humour : « C’est une drôle de révolution qui appelle les autorités à appliquer la Constitution. C’est nous qui empêchons ce Parlement de se réunir tant qu’il n’a pas voté le budget national. »



(Lire aussi : Le pouvoir continue d’ignorer le cri de la rue)



Un rassemblement le 22 novembre
Et la prochaine étape ? « Les différentes factions de la société civile organisent un grand rassemblement au centre-ville le vendredi 22 novembre à 14 heures, note la source du BN. Il est très important d’y être nombreux et de faire entendre notre voix à l’occasion de la fête de l’Indépendance. L’ambiance y sera festive, en présence de plusieurs artistes et de différents corps de métier. »

Il est évident que les objectifs politiques du mouvement sont toujours dans sa ligne de mire et restent plus ou moins similaires malgré la diversité des groupes en présence dans la rue, en commençant par la formation d’un gouvernement de spécialistes, pour sortir le pays de la crise. « Nous revenons à nos constantes : le président de la République doit appeler à des concertations parlementaires rapides en vue de la formation d’un gouvernement », affirme Camille Mourani.

Pour Hayat Arslane, la suite de l’aventure est désormais très claire, résumée dans une feuille de route définie par la table de dialogue : des concertations parlementaires rapides engagées par le président de la République dans les 24 heures, la nomination d’une personnalité indépendante et respectée à la tête du gouvernement, la formation d’un cabinet de technocrates indépendants et neutres avec des prérogatives exceptionnelles, afin que leur action ne soit pas entravée par le Parlement formé des blocs politiques, en vue de législatives anticipées.



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Gebran Eid

DÉLOGER AOUN EST LA SOLUTION

BOSS QUI BOSSE

On parle de trop de choses en évitant d'appuyer sur le vrai problème qui reste ce quil faudra faire avec les corrompus pilleurs des fonds de l'état.

Je me demande pourquoi on semble passer là-dessus.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA CONSTITUTION EST VIOLEE A TOUR DE ROLE PAR TOUS NOS ABRUTIS ET SURTOUT AUJOURD,HUI PAR LE CHEF DE L,ETAT ET TOUS LES CONCERNES MILICES ET CPL AU NOM DU CONSENSUS.

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