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Liban

Le pouvoir continue d’ignorer le cri de la rue

Gouvernement

Baabda campe sur sa position : le prochain cabinet devra avoir une couleur politique.

20/11/2019

Le signal envoyé une fois de plus hier par la rue, qui a réussi à empêcher les députés d’accéder au Parlement, n’a vraisemblablement pas été capté par le pouvoir qui s’offre le luxe de tergiverser en matière de formation d’un nouveau gouvernement. Aussi bien à Baabda où l’on répercute la position du Courant patriotique libre et du tandem chiite qu’à la Maison du Centre, on campe sur ses positions, aucun compromis n’ayant émergé pour l’heure.

Entre un gouvernement techno-politique sur lequel continuent d’insister à ce jour le CPL et ses alliés chiites, et un cabinet exclusivement formé de spécialistes non politiques que réclame la rue et que réclame depuis sa démission, le 29 octobre, le Premier ministre sortant Saad Hariri, l’impasse persiste.

L’annulation de la séance parlementaire prévue à onze heures venait à peine d’être rendue publique que le chef de l’État, Michel Aoun, qui recevait le coordonnateur spécial du secrétaire général de l’ONU pour le Liban, Jan Kubis, a affirmé que le prochain gouvernement sera « politique et inclura des experts et des représentants de la contestation populaire ». Une annonce qui a sonné comme un nouveau défi à la rue en ébullition et un message clair que le président et ses alliés ne sont aucunement disposés à se plier aux desiderata des protestataires, encore moins aux conditions posées par M. Hariri.

Les sources de Baabda affirment que le chef de l’État a défini « les caractéristiques susceptibles de garantir le succès du prochain gouvernement », qui se résument en une combinaison de trois éléments : politique, technocrate et la représentation du mouvement de révolte. « L’élément politique ne saurait être écarté, puisque le gouvernement doit inévitablement obtenir la confiance des groupes parlementaires et bénéficier d’une couverture politique », précise la source qui souligne que le CPL, le mouvement Amal, le Hezbollah et les Marada notamment souhaitent cette formule.

Prenant fait et cause pour les manifestants qui ont démontré hier leur détermination à aller jusqu’au bout pour faire aboutir leurs revendications, les proches de M. Hariri ont tiré une fois de plus la sonnette d’alarme. Les sources proches du Sérail ont appelé hier les responsables politiques « à adopter une position réaliste et à considérer le mouvement de contestation populaire comme une véritable force en présence ». Comprendre que les équilibres politiques d’antan ne tiennent plus la route et qu’une nouvelle équation, celle qui a été imposée par le mouvement de révolte, doit être prise en considération. Ayant saisi dès le départ l’ampleur de la grogne populaire, Saad Hariri a renversé la table et avec elle les équilibres convenus dans le cadre du compromis présidentiel, qui avait abouti à une paralysie quasi totale de l’exécutif. « Ce qui s’est passé aujourd’hui place de l’Étoile donne clairement le ton de ce qui va advenir. Certaines parties politiques n’ont pas encore réalisé ou compris ce qui se passe dans la rue », confie à L’Orient-Le Jour une source proche du courant du Futur.



(Lire aussi : ... Et une Étoile de plus !, l'éditorial de Issa GORAIEB)



Le chef du gouvernement sortant reste catégorique : il ne présidera aucun gouvernement qui ne serait pas exclusivement formé de spécialistes indépendants. À défaut, ce sera une autre personnalité sunnite qui devra être nommée. Elle devra ainsi assumer la responsabilité d’un gouvernement comprenant des personnalités politiques, que refuse non seulement la rue mais également la communauté internationale qui détient, rappelons-le, les cordons de la bourse à un moment où le Liban a plus que jamais besoin d’aides financières.

M. Hariri avait, rappelle-t-on, suggéré le nom de Nawaf Salam, l’ancien ambassadeur du Liban aux Nations unies, actuellement juge à la Cour internationale de justice. Une personnalité qui a été totalement rejetée par le tandem chiite aussi bien que par le CPL.

« Saad Hariri sait pertinemment qu’un gouvernement qui ne serait pas complètement indépendant des politiques n’aura pas l’aval de la communauté arabe et internationale. Nawaf Salam ne pourra pas non plus l’obtenir s’il devait présider un gouvernement techno-politique. C’est le cercle vicieux », commente un analyste proche du Hezbollah.

Pourtant, convaincu que le complot visant à l’écarter du pouvoir passe aujourd’hui par le biais du mouvement de révolte, le parti chiite s’acharne d’autant plus à se faire représenter au sein du futur cabinet que les révoltes populaires en Iran menacent de le fragiliser à l’extrême.

Cependant, assure-t-on dans les milieux du courant du Futur, M. Hariri a clairement défini devant ses interlocuteurs, chiites notamment, la mission et les objectifs du gouvernement qu’il serait disposé à diriger. Il s’agirait d’un gouvernement transitoire pour une période de six à huit mois et qui aurait une mission bien définie : prendre des mesures à caractère exclusivement économique et financier pour sauver le pays de l’effondrement. Une manière de rassurer le Hezbollah que la question de son arsenal ne serait pas à l’ordre du jour du futur cabinet, encore moins les questions géopolitiques qui ne sont pas la priorité de l’heure. Il reste que la question libanaise a été hier au centre d’une réunion à Paris entre le directeur du département Afrique du Nord et Moyen-Orient au Quai d’Orsay, Christophe Farnaud, son homologue britannique et David Schenker, le secrétaire d’État adjoint américain aux Affaires du Proche-Orient. Rien n’a filtré pour l’heure sur cette réunion.



(Lire aussi : Second but des manifestants dans les filets de Nabih Berry)



Ministres sans portefeuilles
Du côté de Aïn el-Tiné, on évoque depuis quelques jours une formule techno-politique adoucie. Elle consisterait à confier aux politiques, dont le nombre ne dépasserait pas les six, des ministères sans portefeuilles, et à des technocrates et représentants de la société civile le reste des ministères dits souverainistes et de services. Une formule qui, tout en étant proche de celle suggérée hier par Michel Aoun, pose problème.

Tout d’abord, il s’agit de savoir quelles seront les figures politiques qui seront désignées, sachant que certains noms, tels que celui de Gebran Bassil, conspués dans la rue, sont devenus inacceptables. Le second problème est de savoir qui aura le dernier mot pour le choix des spécialistes et représentants de la société civile. « Même si constitutionnellement parlant, c’est une prérogative qui revient au Premier ministre désigné, Saad Hariri craint un nouveau bras de fer en coulisses entres les forces politiques autour du choix de ces noms », commente Moustapha Allouche, membre du bureau politique du courant du Futur, contacté par L’Orient-Le Jour.

Il a beau s’évertuer à dire qu’il n’est plus attaché à participer au prochain cabinet, une déclaration réitérée à plusieurs reprises ces derniers jours, le chef du CPL ne semble pas avoir convaincu ses détracteurs, encore moins les analystes qui estiment que M. Bassil continue de manœuvrer pour assurer son retour sur scène. « Tout son comportement prouve qu’il agit toujours en meneur du jeu », commente une source haririenne.



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Gebran Eid

LA SEULE SOLUTION EST DE DÉLOGER AOUN, SINON RIEN QUI VA CHANGER.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

POURTANT ILS SAVENT BIEN SOURIRE... DE GRANDS SOURIRES... COMME DES IDIOTS !

Ô Liban

A qui faut-il s'addresser ,pour essayer de comprendre l'attitude du président?
Il faut répéter ,et sans cesse, selon la constitution , que le président est sensé être le plus concerné à respecter sans faute: c'est le premier ministre désigné par les députés, qui fait les consultations .
En fait, ce n'est pas le président qu'il faut blâmer, mais ses conseillers.

LA VERITE

le chef de l’État, Michel Aoun,le prochain gouvernement sera « politique et inclura des experts et des représentants de la contestation populaire ». Une annonce qui a sonné comme un nouveau défi à la rue

JE SUIS DESOLE DE CONSTATER QUE NOTRE PRESIDENT EST DEVENU SOURD ET AVEUGLE A LA DEMANDE DU PEUPLE MAIS PAS ENCORE MUET POUR LE DEFIER

Sissi zayyat

Ce qui arrive est le resultat du fait de recevoir un cadeau empoisonné sans réfléchir aux conséquences à long terme.
Le Président de la REPUBLIQUE a fait l'impossible pour occuper ce siège.
Le voilà le cul entre deux chaises et devant un choix historique:
Trahir ceux qui l'ont installé ou trahir toute la nation et le peuple avec?
Le choix n'est pas simple il est vrai pour quelqu'un qui n'a jamais œuvrer pour le bien de la nation il attend qu'on le fasse pour lui.
Mais en faisant pourrir la situation il aggrave son cas.
Ses partenaires le laisse pourrir la situation pour avoir le dernier mot. La preuve un nouvel intrus, Poutine, il s'invite à la foire pour imposer ses alliés quitte à faire couler le sang d'innocents. Il se croit maitre du P.O et se mêle de la politique intérieure du pays.
Le Liban n'est pas un pays à qui on peut imposer des solutions inadéquates. Beaucoup s'y sont casser les dents. Et aucun pays européen n'acceptera que le peuple soit bafoué. Si ce n'est pas par amitié ce sera par interêt.
Avec les millions de réfugies Syriens au Liban qui se retrouveront a leur porte et non en Russie, le choix des pays européens sera vite fait. Satisfaire la volonté des citoyens pacifiquement pour que ces derniers par dépit ne se retrouvent pas forcer à grossir les files des immigrés. Le complot de Poutine est compromis d'office.

LA VERITE

Je ne comprend pas pourquoi le président ne suit pas la constitution

Qui dit: le président fait des consultations pour la nomination d’un premier ministre
Celui qui obtient le plus de voix des députés est nommé
Cette personne nommé fait un gouvernement comme il lui plaît et le présente aux députés
Si il obtient la confiance il devient effectif
S’il n’obtient pas la confiance le président nomme la personne qui a obtenu le plus de voix juste après le premier

Tout autre solution de vouloir imposé à un premier ministre ce qu’il doit faire est une trahison de la constitution donc un crime qui peut entraîner la destitution du président

Pourquoi Cette fois ci il faut faire le gouvernement avant la nomination?

Conseil à M Harriri
JOUER LEUR JEU DITES OUI À TOUT PUIS FAITES CE QUE VOUS VOULEZ
N’ont t ils pas fait cela avec la nomination d un juge promis aux FL?

Mr Bassil à vouloir jouer au plus fin vous devenez un Samson qui va démolir tout l’édifice sur la tête de tous y compris de vous

Votre carrière politique est fini vous devez le comprendre Prenez du recul et peut être dans 15 ans on vous ramènera comme on a ramene votre beau père qui sait?

Chucri Abboud

On a comme l'impression de faire partie d'une cha^ne internationale de prostestataires qui va de l'Iran , en passant par l'Irak, le Liban , la Chine , le Chili etc ...
Guerres entre les USA et la Russie et leurs proxys .

Comme auz années de la guerre froide .

Le pire c'est que les manifestants ne savent pas qu'ils sont des marionnettes aux mains des grandes puissances

Saab Edith

LA PARISIENNE:
Soyons clairs. Qui sont nos ennemis ?
1: La situation économique structurelle. Le FMI, la Banque mondiale et les agences d'évaluation nous ont mis en alerte et nous ont montré qu'elle est catastrophique.
2: L'Iran et son bras politique/armé, le Hezbollah, qui n'ont pas abandonné leur but de main-mise sur le pays.
3: Nos "Partis traditionnels" et leurs multiples "voleurs", qui ont saigné l'économie du pays. TOUTES les "têtes" doivent tomber.
Assez de bla-bla-bla, et de pseudo-analyses tirées par les cheveux !!!

Irene Said

30 années à plumer le peuple de toutes les façons...pour garder leurs privilèges et amasser des millions...en plus du nombre d'anniversaires pour les plus coriaces...ce sera difficile d'y renoncer d'un seul coup, vu que cela fonctionnait si bien !

Le petit peuple...tout en bas...il n'a qu'à se contenter de ce qu'ils lui donnaient depuis des années, n'est-ce pas:

- des promesses jamais tenues
- un pays magnifique défiguré par la corruption et la saleté
- notre dignité de citoyens bafouée chaque jour
- l'honneur et la réputation du Liban sacrifiés

Et pourtant le "chef de..." continue, imperturbable, de faire des déclarations optimistes à des délégations internationales...avec sourires béats...se rendant même plus compte du ridicule de tout cela !!!

Lui et ses alliés qui nous promettaient un

LIBAN NOUVEAU ET FORT

Irène Saïd

Bustros Mitri

C’est clair que le pouvoir joue la guerre d’usure, comme il l’a toujours fait: présidentielle, formation d’un gouvernement, fermeture du parlement, etc...Il table sur un épuisement des manifestants, et l’effritement de leur mouvement , même si celà devait prendre 3 ans encore, jusqu’à la fin du mandat Aoun.

Mike

Quel dialogue de sourd...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES DEUX MILICES IRANIENNES ET LE CPL CONDUISENT LE PAYS A L,INEVITABLE CATASTROPHE. LES PREMIERS PAR LEUR INSISTANCE A FAIRE PARTIE ET A NOMMER LEURS PIONS DANS TOUT NOUVEAU GOUVERNEMENT ET LE SECOND PAR SON INFEODATION AUX PREMIERS ET A LEURS SEIDES POUR INTERETS PERSONNELS.

RAFIC 2005

Le problème de l’arsenal du Hezbollah est qu’il sert d’abord ses intérêts à l’intérieur du Liban.
A quoi sert toutes ces gesticulations si ce n’est pour définir enfin les contours d’un pouvoir démocratique avec une stratégie de défense intégrée et servant les intérêts de tous.

FAKHOURI

Quelle désolation présentée par M.Aoun, Berry, HN

Yves Prevost

La position de Hariri est parfaitement réaliste. C’est pourtant simple: ce que veut le peuple libanais et dont il ne démordra pas, un programme en trois étapes:
- Un gouvernement de techniciens capable de mettre en oeuvre des solutions aux problèmes économiques et de redonner confiance à la communauté internationale.
- De nouvelles élections législative, selon une loi, un tant soit peu démocratique.
- En suite de quoi, élection d'un nouveau président de la République et formation d'un nouveau gouvernement, de préférence , pas selon la recette habituelle de la salade russe.
Comme je l'ai écrit par ailleurs, il n'y a aucun compromis possible entre cette volonté populaire et les ambitions des Bassil et Nasrallah. Toute discussion n'est qu'une perte de temps ( mais peut-être est-ce justement le but?). Alors, il est urgent de choisir, quitte à tirer à pile ou face.
Remarque subsidiaire: il n'y a pas "un complot" pour écarter du pouvoir le Hezbollah, car un complot suppose quelque chose d'occulte. Non! Il y a une volonté délibérée et parfaitement claire, qui s'exprime au grand jour, de redonner au Liban son indépendance et sa pleine souveraineté.

Saliba Nouhad

Mais pour bien comprendre l’arrogance , la frivolité, l’entêtement et les tergiversations du Président, il faudrait étudier la psychologie du CPL, fondé par le personnage et personnifié par le gendre chéri...
Il suffit d’entendre les arguments musclés et fanatiques des inconditionnels de ce parti qui crient tout haut au complot ourdi contre eux et le pays...
En effet, bien qu’ils admettent un mouvement spontané par le bas, qui a permis le déferlement de cette populace misérable, non éduquée style moutons de Panurge, sauf qu’ils estiment que cette révolte est contrôlée en coulisses par des forces occultes locales et étrangères (sans les nommer) qui veulent détruire le pays et permettre l’implantation des réfugiés syriens et palestiniens au profit des sunnites et au détriment des chrétiens et des chiites au Liban...
Le problème, c’est qu’ils y croient ferme, et qu’ils doivent à tout prix faire échec à ce complot, quoi qu’il en coûte!
Quand vous leur parlez de l’énorme corruption ambiante, de la pauvreté extrême, des injustices flagrantes, du communautarisme morbide, la réponse est simple: le Président et tous les membres du CPL sont des hommes intègres et au dessus de tout soupçon et la vision prophétique du sauvetage du pays par le Président a été combattue et on ne lui a pas laissé le temps de réaliser ses projets...
Donc, il persiste et signe....
Et, devant une mauvaise foi et logique pareilles, les lendemains de cette révolution vont être très durs et douloureux.

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