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Éclairage

La réunion parlementaire était supposée marquer le début d’un déblocage conforme aux vœux du 8 Mars

La tenue de la réunion parlementaire hier, pour élire les membres et les présidents des commissions parlementaires puis pour examiner un ordre du jour – piégé – était essentielle, s’accorde-t-on à dire dans les milieux du 8 Mars. Le régime et les forces de cette coalition proche de l’axe syro-iranien comptaient dessus pour marquer un premier point contre la rue et lancer le processus politique qui devait déboucher sur la formation d’un nouveau gouvernement composé de personnalités politiques et de spécialistes, dirigé par le Premier ministre sortant Saad Hariri.

Le déploiement massif de l’armée et des FSI dans le périmètre de la place de l’Étoile, dont tous les accès avaient été bloqués par des barbelés, était supposé faciliter l’accès des députés à l’hémicycle d’autant que plusieurs parmi eux s’étaient installés dans des hôtels non loin du Parlement. À la dernière minute cependant, des groupes parlementaires qui s’étaient engagés à assister à la séance ont décidé de la boycotter, au grand dam du président de la Chambre Nabih Berry, qui n’a pas caché son mécontentement hier devant ses visiteurs. « Certains groupes parlementaires et députés ont en général tenu parole conformément à ce qu’ils avaient dit, mais pas d’autres », aurait-il commenté, quelques heures après l’annonce d’un report de la séance, faute de quorum. « À quelque chose malheur est bon », a-t-il ajouté cependant, en se félicitant du fait qu’« aucune goutte de sang n’a été versée » durant les confrontations parfois violentes entre les manifestants et les agents de l’ordre, et que les commissions parlementaires « vont pouvoir reprendre leur travail ». « L’action législative interviendra plus tard », a-t-il encore dit.


(Lire aussi : ... Et une Étoile de plus !, l'éditorial de Issa GORAIEB)



Dans les milieux du 8 Mars, on explique que si la réunion s’était tenue et que le Parlement avait approuvé l’ordre du jour sur lequel figurent des textes de loi qui répondent aux revendications de la rue, le mouvement de contestation aurait faibli, surtout que le président Michel Aoun aurait tout de suite après fixé à demain jeudi la date des consultations parlementaires contraignantes pour la désignation d’un nouveau Premier ministre. Le chef de l’État, indique-t-on dans ces milieux, patientait avant de lancer les consultations en raison de la gravité de la situation, et parce qu’il juge nécessaire une entente politique préalable sur l’étape à venir, de peur d’un vide qui risque de se produire au niveau de l’exécutif s’il s’avérait impossible de mettre en place un gouvernement dit techno-politique.

Selon le scénario qui était prévu si la Chambre s’était réunie, les consultations parlementaires auraient eu lieu jeudi et le chef de l’État aurait abordé le dossier du gouvernement et des perspectives d’avenir pour le Liban, dans son message télévisé traditionnel à la nation le soir même, à la veille de la fête de l’Indépendance. Quant aux résultats des consultations, on indique de mêmes sources que le président était supposé en informer le soir même Nabih Berry, après d’ultimes concertations avec Saad Hariri, d’autant qu’une majorité parlementaire aurait entre-temps laissé à Michel Aoun le soin de désigner à sa place le nouveau chef du gouvernement. Une démarche très contestée, parce qu’elle n’est pas prévue par la Constitution, mais que le camp du 8 Mars juge faisable en raison d’un précédent sous le président Émile Lahoud. Fort de ce mandat parlementaire, Michel Aoun aurait pu donc négocier avec M. Hariri la forme et la composition de la nouvelle équipe ministérielle qu’il souhaite constituée d’hommes politiques et de spécialistes et finir soit par charger le Premier ministre sortant de mettre en place un gouvernement techno-politique, soit une autre personnalité sunnite si Saad Hariri reste déterminé à diriger une équipe composée exclusivement d’experts indépendants.



(Lire aussi : Le pouvoir continue d’ignorer le cri de la rue)



Sauf que cette deuxième option pose deux problématiques : Dar el-Fatwa et les figures traditionnelles sunnites n’accepteront jamais la nomination d’un Premier ministre qui ne bénéficie pas de leur appui. Parallèlement, la communauté internationale et notamment les pays donateurs ne comptent pas honorer leurs engagements financiers à l’égard du Liban si un gouvernement indépendant de spécialistes, capable d’inspirer confiance quant à la possibilité d’élaborer un plan de sauvetage sérieux économique et financier, n’est pas formé. Les États-Unis en particulier sont farouchement hostiles à la présence du Hezbollah au sein de la nouvelle équipe ministérielle et pourraient, si jamais celui-ci fait de nouveau son entrée à l’exécutif, durcir les sanctions qu’ils lui imposent.

De toute façon, tout ce scénario est tombé à l’eau à partir du moment où la séance parlementaire a été levée, ce qui marque une seconde victoire pour la « révolution », après la démission du gouvernement, qui était la revendication première de la rue. Les manifestants restent fortement mobilisés pour aboutir à la formation d’un cabinet de technocrates, une revendication autour de laquelle ils se retrouvent avec Saad Hariri et qui reste le principal obstacle à un déblocage politique.

Le camp du 8 Mars n’est pas près effectivement de lâcher du lest. Saad Hariri non plus, comme en témoigne la virulence de la guerre des communiqués qui a éclaté entre le courant du Futur et le CPL de Gebran Bassil, après l’échec de l’option Mohammad Safadi, à la tête d’un nouveau gouvernement.



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