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Liban

Des handicapés moteurs portent leur cause place des Martyrs

Droits de l’homme

Sur leur chaise roulante, des personnes à besoins spéciaux revendiquent le droit de vivre dignement.

20/11/2019

Ces hommes ont payé de leurs corps le prix de la guerre civile et de l’insouciance d’un gouvernement qui ne leur a jamais assuré leurs droits les plus légitimes. Aujourd’hui, à leur façon, ils sont venus porter leur soutien aux manifestants, en leur offrant du café, des biscuits et des boissons gazeuses, mais surtout pour faire entendre leur voix et leurs frustrations.

Ce moment historique, Roukoz Moussallem l’attendait depuis longtemps, plus précisément depuis qu’en 1982 il avait été blessé au combat et avait été paralysé au niveau des jambes. Depuis, il est réduit à vivre sur une chaise roulante. Il avait à peine 19 ans. « Il a fallu surmonter ce handicap, affronter le regard des autres, les difficultés de cette nouvelle vie dans un pays où aucune infrastructure n’est prévue pour les personnes à mobilité réduite », raconte doucement Roukoz en se remémorant ses longues années de lutte « pour retrouver une dignité et une indépendance perdues ».

Quelques années plus tard, en 2000, l’État approuve une loi, la 2000/220, qui était censée assurer aux personnes à mobilité réduite l’aide médicale dont ils auraient besoin et un accès immédiat à tous les hôpitaux. « Mais cette loi n’a jamais réellement fonctionné », souligne-t-il encore. « Nous manquions souvent de médicaments et l’accès aux hôpitaux était excessivement difficile. Notre réhabilitation, nous la devons au Centre hospitalier pour handicapés de Beit Chabab qui a ouvert ses portes à tous les handicapés de guerre, leur offrant soutien moral, soins médicaux, mais surtout l’envie de se battre et de retrouver leur place dans la société. » Quelques années plus tard, l’atelier des bougies de Beit Chabab voyait le jour, donnant à ces jeunes une raison de vivre, d’exister et de produire.



(Lire aussi : « Que Dieu vous pardonne, parce que le peuple ne vous pardonnera jamais »)



S’autofinancer pour se relever
En l’absence d’une aide du ministère des Affaires sociales qui se faisait toujours attendre, Roukoz et cinq de ses compagnons de guerre fondent en 2006 l’association Crossroad, qui devait assurer à tous leurs compagnons atteints de handicap comme eux, outre les soins médicaux qu’ils ne peuvent pas payer, la confiance qu’ils ont perdue, l’envie de se battre et surtout la possibilité de reprendre leur vie en main. « Nous les poussons à réagir, souvent durement, pour faire ressortir en eux cette force enfouie, leur apprendre à accepter leur handicap au lieu de se lamenter sur leur propre sort, et surtout les aider à redevenir indépendants, forts et confiants », martèle fermement Roukoz. « Certains ont repris leurs études, d’autres ont appris à conduire et commencent à travailler. Aujourd’hui, ce sont plus de 250 personnes à mobilité réduite qui sont pris en charge par Crossroad, qui est entièrement financée par les membres eux-mêmes », tient encore à préciser Roukoz. « Mais malheureusement, la route est difficile et l’État est de plus en plus sourd aux besoins des handicapés », déplore-t-il.


Se faire entendre pour mieux vivre
Alors munis de leur force, de cette confiance qu’ils se sont forgée au fil des ans, et de la foi qu’ils ont en Dieu et en leur pays, ces hommes sont allés eux aussi, place des Martyrs, cette place de la liberté, pour dénoncer les injustices à leur encontre. « À deux reprises, nous sommes descendus dans la rue, en emportant 3 kg de café, des boissons gazeuses et des biscuits », raconte Roukoz. « Les volontaires de Crossroad nous ont aidés à monter nos tentes au milieu de tous les manifestants. La réaction des gens était formidable. Ils étaient ravis de nous voir parmi eux. Les jeunes se joignaient à nous, nous posaient des questions. Nous leur redonnions de la force, les poussions à continuer leur lutte, pour eux, pour leurs enfants et pour tous ceux qui ont été privés de leurs droits les plus élémentaires : le droit de vivre, fiers, libres mais surtout avec beaucoup de dignité. »

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Marie-Hélène

Si ces personnes sont des blessés de guerre, pourquoi ne pas lever une pancarte disant : plus jamais çà !

Yves Prevost

Le Liban croule sous le poids de lois excellentes, mais jamais appliquées, comme la 2000/220.

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