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Liban

Second but des manifestants dans les filets de Nabih Berry

Législatif

Le président de la Chambre reporte la séance parlementaire sine die, faute de quorum.

Yara ABI AKL | OLJ
20/11/2019

En l’espace d’une semaine, le mouvement contestataire a marqué deux buts importants dans les filets du président de la Chambre Nabih Berry. Une fois de plus, le chef du législatif s’est vu contraint de reporter sine die la séance parlementaire qui était prévue hier (après un premier ajournement, le 12 novembre), faute de quorum.

Lors de cette réunion que M. Berry voulait à huis clos, les députés devaient examiner un ordre du jour en seize points, dont un projet d’amnistie générale qui suscite l’ire des manifestants. Ces derniers ont donc exercé la pression dans la rue afin d’empêcher la tenue de la séance.

Au forcing de la rue, il conviendrait d’ajouter la décision quasi générale de boycotter la séance d’hier, annoncée par plusieurs formations politiques lundi soir. Il s’agissait du courant du Futur, des Kataëb, des Forces libanaises, du Parti socialiste progressiste et des députés Oussama Saad (Saïda), Mohammad Kabbara (Tripoli), Fouad Makhzoumi (Beyrouth), Chamel Roukoz (Kesrouan), Jamil Sayyed (Baalbeck-Hermel) et Neemat Frem (Kesrouan). Les députés Michel Moawad, Paula Yacoubian (société civile) et le bloc parlementaire de l'ex-Premier ministre et député de Tripoli Nagib Mikati ont également boycotté la séance parlementaire. Quant à la Coalition nationale (groupe parlementaire incluant les Marada de Sleiman Frangié ainsi que Fayçal Karamé, Farid Haykal el-Khazen et Moustapha Husseini, députés de Tripoli, du Kesrouan et de Jbeil respectivement), ce n’est que peu avant la séance – qui était prévue à 11 heures – qu’elle a annoncé sa décision de ne pas y prendre part.

Conscientes de l’ampleur de la pression populaire, l’armée libanaise, les Forces de sécurité intérieure ainsi que la police du Parlement ont dû renforcer leurs mesures de sécurité, afin d’empêcher les protestataires en colère de s’en prendre aux députés désirant participer à la séance. Seuls quelques-uns sont parvenus à se faufiler à l’intérieur de l’hémicycle, d’où le défaut de quorum.



(Lire aussi : ... Et une Étoile de plus !, l'éditorial de Issa GORAIEB)



À en croire plusieurs sources, il s’agirait du ministre sortant des Finances Ali Hassan Khalil, bras droit de Nabih Berry, de Mohammad Nasrallah (Amal, Békaa-Ouest) et de Ali Ammar (Hezbollah, Baabda). Dans certains milieux parlementaires, on faisait savoir hier que tous les députés berrystes se sont rendus à l’hémicycle. Mais à l’instar de leurs collègues cités plus haut, ils ont préféré garder leurs bureaux en attendant de voir si la séance se tiendrait ou pas.

C’est surtout Ibrahim Kanaan, député aouniste du Metn, qui a créé la surprise en se rendant au Parlement, dans la mesure où il était le seul député relevant du Courant patriotique libre à vouloir prendre part à la séance, sachant que le groupe parlementaire aouniste avait invité ses membres à faire acte de présence à l’hémicycle. Et pour cause : l’ordre du jour comportait certains projets de loi articulés autour de la lutte contre la corruption que le bloc aouniste avait présentés. Néanmoins, M. Kanaan a démenti s'être rendu au Parlement.

D’ailleurs, le bureau de presse de Georges Atallah, député CPL du Koura, a publié un communiqué dans lequel il a indiqué que M. Atallah entendait participer à la session parlementaire. « Mais au vu de l’opposition des manifestants à la tenue de la séance, le député s’est adressé aux protestataires et a échangé avec eux, dans une atmosphère de liberté.

Sauf que dix minutes plus tard, d’autres manifestants ont rejoint le groupe dans le but de faire du parasitage. M. Atallah a donc préféré se retirer afin d’éviter toute confrontation avec les manifestants », ajoute le texte.

Contacté par L’Orient-Le Jour, un responsable aouniste confie que ce n’est qu’à cause du blocage des entrées du Parlement que les députés CPL n’ont pas pris part à la séance parlementaire. « Si la réunion avait eu lieu, le Parlement aurait pu répondre favorablement à plusieurs revendications de la rue », déplore-t-il.

Même son de cloche chez Anouar el-Khalil, député de Hasbaya du groupe Berry. « Le président Berry est conscient des doléances du peuple, et la tenue de la séance législative avait pour but d’y répondre », a-t-il affirmé à L’OLJ. « La loi sur l’amnistie générale est incomplète et requiert davantage d’étude. Et si la séance avait eu lieu, le texte aurait pu être renvoyé en commission pour un examen approfondi », a ajouté le député.



(Lire aussi : Le pouvoir continue d’ignorer le cri de la rue)



Les commissions parlementaires
Quoi qu’il en soit, Nabih Berry n’a attendu qu’un quart d’heure avant d’annoncer par la bouche de Adnane Daher, secrétaire général du Parlement, le report sine die de la séance législative. « La séance a été reportée à une date qui sera précisée ultérieurement », a annoncé M. Daher en arguant du défaut de quorum.

Il n’en demeure pas moins que M. Daher a annoncé la prorogation du mandat des commissions parlementaires, à la faveur d’une jurisprudence du juriste Edmond Rabbath, principalement axée sur la théorie de la continuité du fonctionnement des institutions.

Donnant lecture d’un communiqué officiel, Adnane Daher a évoqué l’absence de quorum et « les conditions exceptionnelles actuelles, en particulier sécuritaires », qui ont empêché la Chambre de se réunir pour élire les commissions. « Le bureau du Parlement, et au vu du règlement interne, des circonstances actuelles exceptionnelles et d’une jurisprudence d’Edmond Rabbath, a décidé de considérer les commissions parlementaires ainsi que tous leurs membres comme valides », et donc en droit de poursuivre leur travail.

Commentant ce report, Ali Hassan Khalil a confirmé qu’il « est basé sur la jurisprudence d’Edmond Rabbath ». « Le critère constitutionnel pris en compte est fondé sur les circonstances exceptionnelles », a-t-il affirmé. « Ce qui compte, c’est que ces commissions reprennent leur travail en ayant pour priorité l’étude du projet de budget de 2020 », a-t-il ajouté. Et de conclure : « Il n’y a aucune intention de tenir les séances législatives ailleurs, et nous comprenons le mouvement contestataire. »


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Eleni Caridopoulou

Mr Berry donnez votre démission comme il a fait Hariri et tout ira bien

LA VERITE

POLITICIENS CONTRE PEUPLE 0-3

1) CHUTE DU GOUVERNEMENT
2) ELECTION DU BATONNIER DES AVOCATS
3) ANNULATION DE LA SCEANCE PARLEMENTAIRE HIER

A QUAND LE 0-4?

Sissi zayyat

Si cette séance est organisée pour améliorer les contours et satisfaire les gens dans la rue, pourquoi insistent ils pour qu'elle se passe à huis-clos.

Lorsque c'est flou, c'est qu'il y a un loup. En l'occurrence ici il y en a plusieurs.

Et ceux-là on les connaît depuis longtemps d'où notre révolte et notre opposition.

LA SEANCE EST LEVÉE

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

POURQUOI IL NE RETIRE PAS DE L,ORDRE DU JOUR CETTE LOI CONTROVERSEE QUE REFUSE LA RUE SUR L,AMNISTIE DE LA CORRUPTION ET DES VOLS. ILS VEULENT PROTEGER LEURS ARRIERES. SINON TOUT SE SERAIT PASSE NORMALEMENT.

Yves Prevost

Erreur! La loi sur l’amnistie générale n'est pas incomplète et ne requiert pas davantage d’étude. Elle n'a pas à être renvoyée en commission pour un examen approfondi.
Elle doit être jetée à a poubelle, tout simplement!

Joumana Jamhouri

Vous avez encore omis de mentionner Michel Moawad qui a aussi décidé de boycotter la séance lundi soir! Voir sa page Facebook

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