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Liban

Associations pour les enfants à besoins spéciaux : Plus qu’un cri d’alarme, un cri de détresse

Social

Du nord au sud et d’est en ouest, les enfants à besoins spéciaux, leurs parents et les institutions qui les prennent en charge ont bravé la chaleur pour défendre leur permanence.

Fady NOUN | OLJ
24/05/2019

Plus qu’un cri d’alarme, c’est un cri de détresse que les institutions à vocation sociale s’occupant des personnes à handicap ont lancé hier sur le bitume écrasé de soleil d’une quinzaine de zones de rassemblement dispersées sur toute l’étendue du pays. « Une société se juge à l’état de ses prisons », dit quelque part Albert Camus. La nôtre sera jugée (en outre) à l’attention que prêteront aux appels des plus vulnérables des Libanais des ministres actuellement obsédés par des chiffres et les milliards qu’ils font miroiter, et qui sont appelés à ne pas oublier que leur pouvoir est au service de ce Liban profond qui s’adresse à leur conscience.

Que réclame la fédération de ces institutions représentant quelque 103 institutions prenant en charge environ 12 000 enfants et adultes ?

Ses représentants, reçus hier à son bureau par le ministère des Affaires sociales, Richard

Kouyoumjian (Forces libanaises), lui ont soumis trois doléances majeures : le paiement des arriérés de 2018 qui ne leur sont toujours pas parvenus, la signature des contrats couvrant l’année 2019 et le réajustement des barèmes en fonction desquels les allocations des Affaires sociales leur sont octroyées. Des barèmes arrêtés en 2011, et pour certains, en 2009.

Beaucoup de ces institutions sont menacées de fermeture dès la rentrée de septembre si ces paiements ne sont pas effectués. Certes, certaines de ces institutions sont dans une situation plus confortable que d’autres, mais toutes sans exception, de la plus riche à la plus pauvre, vivent désormais sur leurs réserves, nous assure une source fiable qui souhaite rester anonyme. « Au-delà de septembre, c’est l’inconnu », ajoute-t-elle.

Beaucoup, et on le sait, vivent d’expédients. De la cagnotte annuelle d’un opérateur de téléphonie mobile, d’une avant-première par-çi, d’une levée de fonds mondaine par-là. Ou encore de bienfaiteurs occasionnels et de parrainages, sachant par ailleurs que le secteur privé boude généralement ces institutions et les abandonne à la « débrouillardise » de leurs présidentes.

Au demeurant, les expédients auxquels ces institutions ont recours montrent que l’État brille par son absence dans presque tous ces domaines pris en charge par les institutions privées (malentendants, autistes, trisomiques, spastiques, infirmes moteurs).


(Lire aussi : Bassil continue de défendre l’option d’une baisse plus drastique du déficit)


Promesses, promesses...

Par ses propos, le ministre des Affaires sociales Richard Kouyoumjian a tenu à rassurer les hommes et femmes venus l’implorer. Il leur a promis de tout faire pour qu’à la rentrée de septembre, ils soient toujours là. Mais ces assurances semblaient émaner d’un ministre qui n’a pas encore tout à fait pris la mesure de ses fonctions.

« Nous n’accepterons en aucun cas que l’on porte atteinte aux droits des pauvres et des personnes à handicap », a protesté devant ses hôtes M. Kouyoumjian, tout en rappelant que son département ne reçoit que 1 % du projet de budget, et que de ce pourcentage, seront défalqués les salaires des fonctionnaires (6 milliards de livres) et des allocations au « programme des familles les plus pauvres » (3 milliards de livres).

M. Kouyoumjian a révélé à ce propos que le budget de son ministère couvrira cette année, comme il est normal, le paiement des salaires, sachant que ceux-ci avaient été payés, l’an dernier, grâce aux réserves du Trésor. Un subterfuge pour des dépenses supplémentaires auquel il ne sera pas possible d’avoir recours cette année. Le ministre a ajouté qu’il ne laissera pas de repos à son collègue des Finances et au gouvernement pour que les allocations du dernier trimestre de 2018 soient payées, et que la situation des associations ne soit pas oubliée.

Par ailleurs, il a énergiquement protesté contre les rumeurs selon lesquelles il existe des institutions « fictives ». Il a précisé que les contrats de certaines associations qui ne remplissaient pas correctement leurs fonctions ont été résiliés, mais a refusé net que « le bébé soit jeté avec l’eau du bain », et que le soupçon soit jeté sur toutes les institutions prenant en charge des personnes à handicap. Il a rappelé que des contrôles réguliers rigoureux sont effectués auprès de ces institutions, et que la carte de handicapé émise par les Affaires sociales est régulièrement vérifiée.

M. Kouyoumjian a défendu en particulier le sérieux des institutions présidées par l’ancienne Première dame Mona Hraoui (thalassémie) ou par Rima Frangié (autisme), épouse de l’ancien député et ministre Sleiman Frangié, et réfuté l’existence d’institutions assurant des services « superflus » ou illusoires.

La voix des sans-voix

Le mouvement de protestation des institutions spécialisées a reçu, en cours de journée, l’appui du député Nehmat Frem, qui l’attendait au siège du caïmacamat de Jounieh, et de l’ancien ministre des Affaires sociales Pierre Bou Assi, qui a souligné qu’« abandonner les personnes à handicap serait renoncer à toute éthique et à nos propres valeurs ».

À Aïn Aar (Metn), le rassemblement organisé par l’IRAP (malentendants) a reçu l’appui de l’ancien ministre Demianos Kattar et de Nicole Amine Gemayel. Sous un soleil de plomb, les malentendants pris en charge par cette institution ont exécuté l’hymne national dans le langage des signes. S’adressant à la foule bon enfant devant lui, la gorge nouée, M. Kattar a précisé qu’il évite généralement de se solidariser avec un quelconque mouvement, mais que pour l’IRAP, il avait décidé d’être « la voix de ceux qui n’ont pas de voix ».




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