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Liban

« Nous arrivons à peine à boucler le mois », lancent, devant la BDL, les militaires à la retraite

Reportage

Après avoir été reçus par le ministre de la Défense Élias Bou Saab, les vétérans des forces armées suspendent leur mobilisation.

14/05/2019

Sur l’esplanade de la Banque du Liban dont ils bloquent l’accès, d’anciens membres des commandos de l’armée, toujours réservistes, posent devant la photo d’un de leurs camarades, « martyr de l’armée », tué au combat, histoire de rappeler à tous qu’ils ont dédié leur vie à leur patrie.

Sur la chaussée fermée à la circulation qu’ils occupent par centaines, empêchant l’accès à la rue Hamra, les retraités des forces armées manifestent, toutes catégories confondues. Assis sur les blocs de béton entourant le ministère de l’Information ou debout à l’ombre d’un vieil olivier, ils dénoncent les mesures d’austérité envisagées par le gouvernement dans le cadre de l’étude de l’avant-projet de budget 2019, qui menacent d’amputer « leurs maigres retraites » et de réduire leurs allocations de santé et d’écolages. Dans différentes régions du pays, hier, retraités de l’armée libanaise, des FSI, de la Sécurité de l’État ou d’autres institutions armées ont multiplié les sit-in. « Nous avons servi entre 25 et 30 ans, regrette un ancien membre des commandos de l’armée. Nous avons passé la majeure partie de notre existence loin de nos familles, au service de la nation. Nous avons été blessés au combat. Nous avons perdu certains de nos compagnons. Nous avons accompli notre devoir. Et, aujourd’hui, alors que nous arrivons à peine à boucler le mois, le gouvernement veut porter atteinte à nos droits acquis. Il nous annonce qu’il ne soignera pas nos parents s’ils sont atteints de cancer. »


(Lire aussi : La question des rémunérations dans la fonction publique encore reportée)


Une retraite pour laquelle ils ont cotisé
Les revendications sont nombreuses. Mais la baisse envisagée de l’indemnité de retraite est de loin la plus décriée. Les militaires retraités, venus en masse, expliquent comment ils ont cotisé pour leur retraite, dès leur prise de fonction. Des mesures qui s’appliquent également aux autres services de sécurité. « Cet argent a été retiré de notre salaire. Il nous appartient. Le gouvernement n’a aucun droit de nous en priver, d’autant que nous avons été embauchés sur base de ce contrat », dénoncent-ils.

À leur retraite, à l’âge de 52 ans, conformément à la loi en vigueur jusque-là, les éléments des forces armées ont la possibilité de recevoir « une indemnité de départ » conséquente, variant « autour de 400 à 500 millions de livres libanaises », qui les libère totalement de l’institution et leur permet de se faire employer ailleurs. Ils ont aussi une autre option, celle de recevoir une pension de retraite plus modeste, assortie d’un salaire mensuel qui profitera également à la veuve en cas de décès, aux enfants handicapés et aux filles non mariées, à la condition de ne pas cumuler les emplois. « Le nouveau projet de budget veut nous priver de ces avantages, alors que nos confrères qui ont choisi l’indemnité de départ ont bénéficié de tous leurs droits », gronde un retraité. Un de ses confrères déplore qu’il soit aussi question « de retarder l’âge de la retraite ».


(Lire aussi : Examen du budget : des signaux négatifs sont envoyés à l’Occident)


Également au cœur des revendications des manifestants, l’application intégrale de la loi 46 sur l’échelle des salaires, dont ils ne bénéficient qu’« au compte-gouttes, de manière moindre que les fonctionnaires ». « Avant l’adoption de la loi sur l’échelle des salaires, ma retraite mensuelle plafonnait à un million sept cent mille livres libanaises, déplore un ancien soldat. Aujourd’hui elle s’élève certes à deux millions deux cent mille, mais nous avons perdu de nombreux acquis, comme les indemnités d’équipements militaires, ce qui a empiré notre situation. »

Les participants s’insurgent par ailleurs contre « la volonté de l’État de porter atteinte aux compensations financières des forces armées, en cas de mobilisation et d’élévation du niveau d’alerte ». « Un soldat ne bénéficie pas d’heures supplémentaires payées. Si en temps normal il accomplit un service de 8 heures par jour (degré d’alerte 1), en temps de guerre il peut être amené à servir 16 heures par jour (degré d’alerte 2), voire 24 heures sur 24 (niveau d’alerte 3), comme cela s’est passé lors de la guerre civile, de la bataille de Nahr el-Bared ou des agressions israéliennes, explique un manifestant. Sa journée de travail est comptabilisée autant que deux journées dans le cas d’un niveau d’alerte 2, et autant que trois journées dans le cas d’une alerte de niveau 3 ». « Le pire, poursuit-il, c’est que nous ne pouvons refuser de servir. »


(Lire aussi : La fonction publique à nouveau en ébullition)


Colère contre « la classe politique corrompue »
Assises dans un semblant d’ombre, quatre femmes retraitées de l’armée dénoncent l’atteinte aux forces armées alors que « la classe politique rechigne à enclencher les réformes nécessaires, à lutter notamment contre la corruption, le gaspillage et le vol des deniers publics ». « Qu’attend l’État pour taxer les biens-fonds maritimes et mettre fin aux trafics illicites », demandent-elles, insistant sur le fait que « les droits des militaires constituent une ligne rouge ». Un soldat vomit sa colère contre « une classe politique corrompue, jalouse de ses privilèges, qui fait assumer aux plus pauvres le déficit budgétaire ».

Ici et là, des participants se concertent sur la suite à donner au mouvement de protestation. Certains veulent l’escalade. Ils parlent déjà de bloquer des routes, de brûler des pneus. D’autres envisagent de marcher en direction de l’aéroport. Malgré le soleil qui tape fort, officiers et soldats promettent en chœur de ne pas céder, de poursuivre leur mouvement, le lendemain, le surlendemain et les prochains jours. Le brouhaha ambiant est rapidement couvert par les chants patriotiques. On brandit le drapeau libanais. On arbore les slogans sur des pancartes et des tee-shirts. « Les droits de l’institution militaire sont sacrés. Ceux des forces de l’ordre aussi », assure-t-on.

Mais ils sont rapidement rappelés à l’ordre par un de leurs anciens supérieurs hiérarchique, le général Samer Rammah. « Brûler des pneus ne nous ressemble pas. N’oublions pas que nous sommes issus d’institutions disciplinées, restons civilisés et ne portons pas atteinte aux citoyens ordinaires », lance à la ronde ce général à la retraite qui arrive tout droit d’une rencontre avec le ministre de la Défense, Élias Bou Saab. Invitant les présents à une assemblée générale, il salue l’attitude positive du ministre de la Défense qui a promis d’intercéder en faveur des retraités des forces armées, mais craint fort « que le gouvernement ne soit sourd à ses sollicitations ». Après concertations avec les manifestants, il annoncera « la suspension du mouvement », le temps que le ministre Bou Saab lance son initiative auprès du Conseil des ministres et réclame « l’annulation des articles du projet de budget susceptibles de porter atteinte aux acquis financiers et sociaux des forces armées ».


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TOUT LE MONDE N,ARRIVE PAS A BOUCLER LE MOIS MAIS AVEC DE PETITS SACRIFICES CA NE CHANGERA RIEN. VAUT MIEUX LE BOUCLER UN PEU PLUS DIFFICILEMENT QUE N,ARRIVER PAS... SI LES CHOSES ECONOMIQUES ET FINANCIERES S,EMPIRENT ET LA LIVRE DEVALUEE... A NE PAS BOUCLER MEME LA SEMAINE. LE CHOIX EST VOTRE !

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Le Trésor public a dépensé des centaines de milliers de dollars pour des Congr-s internationaux inutiles, pour d'autres voyages innombrables dans les pays d'émigration pour inciter les émigrés à participer aux élections législatives au Liban, sous-entendu en votant en faveur de candidats d'un parti connu... Résultats nuls pour des voyages nuls et participation nulle.
Aujourd'hui on grappille sur les retraites des anciens combattants pour renflouer les Caisses presque vides de l'Etat.
Arrêtez l'hypocrisie et ne touchez pas à la pension des militaires à la retraite. Ils sont toujours l'un des plus solides piliers de la Nation et cousez avec d'autres aiguilles.

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