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Liban

Le bras de fer entre Bassil et Khalil appelé à se dénouer

Gouvernement

Le chef du CPL s’engage à ne pas bloquer l’adoption de l’avant-projet de budget, mais fait valoir son insatisfaction.

24/05/2019

En dépit des désaccords qui l’opposent à plusieurs ministres au sein du gouvernement, à leur tête le ministre des Finances Ali Hassan Khalil, le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, a clairement laissé entendre hier qu’il ne s’opposerait pas à l’adoption de l’avant-projet du budget dans sa mouture actuelle, même si celle-ci ne reflète pas les ambitions de sa formation, toute amélioration du texte devant être apportée a posteriori par le Parlement.

M. Bassil, qui s’exprimait lors d’une conférence de presse tenue à l’issue d’une réunion du bloc du « Liban fort », est revenu à la charge hier pour marquer son insatisfaction par rapport aux objectifs atteints à ce jour au terme de plusieurs semaines de débats. Il a notamment critiqué l’occultation d’une série de propositions qu’il avait formulées à même d’assurer, selon lui, une marge importante de manœuvre pour aboutir à une plus grande réduction du déficit, fixée à 7,6 % du PIB.

« Nous avons un plan clair et des idées globales pour régler la crise (…). Nous sommes certes le groupe le plus largement représenté au sein du gouvernement, mais nous n’avons pas la capacité de blocage et nous n’avons jamais menacé de le faire », a insisté M. Bassil.

Par ces propos, le chef du CPL, accusé par ses détracteurs de chercher à mettre des bâtons dans les roues, a voulu démontrer le contraire en usant d’un ton conciliant, sans taire pour autant ses critiques à l’égard des insuffisances constatées dans l’avant-projet du budget.


(Lire aussi : Bassil continue de défendre l’option d’une baisse plus drastique du déficit)


Pressé par le temps, notamment en raison de l’échéance du 31 mai, date à partir de laquelle le gouvernement ne sera plus autorisé à dépenser selon la règle du douzième provisoire, M. Khalil voudrait, lui aussi, ne pas assumer la responsabilité d’un retard qui se retournerait contre lui.

Même s’il s’est évertué à noyer le poisson en affirmant que « le conflit ne se limite pas à une personne précise », il apparaît clairement que l’essentiel des propos de M. Bassil étaient dirigés contre le ministre des Finances, qui insiste depuis plusieurs jours à mettre un trait final à l’examen de l’avant-projet du budget, estimant avoir « accompli sa mission », alors que le chef du CPL souhaitait prendre un peu plus de temps pour tenter d’atteindre des objectifs plus ambitieux.

N’ayant jamais été au beau fixe, la relation entre les deux ministres s’est récemment exacerbée depuis que M. Bassil a abondé en critiques sur le choix des mesures proposées par le ministre berryste et a avancé ses propres idées en matière de réformes et de mesures d’austérité considérées comme plus pertinentes. « Une attitude que M. Khalil, qui se voit marcher sur ses plates-bandes, n’a pas apprécié », confie une source ministérielle à L’Orient-Le Jour. Pour les observateurs, chaque partie veut en fait se donner le beau rôle.

C’est sous cet angle qu’il faudrait placer l’attaque orchestrée il y a quelques jours par M. Khalil, qui a rappelé à qui veut l’entendre que le secteur de l’électricité « représente à lui seul 32 % du déficit budgétaire ». Une pique à laquelle M. Bassil ne s’est pas privé de répondre hier, en affirmant que le ministère de l’Énergie a « fait son devoir » et que d’ici à un an, le déficit baissera de manière notoire.

Le chef du CPL a également contre-attaqué en pointant du doigt les « institutions et caisses autonomes (allusion à la Caisse du Sud relevant du mouvement Amal) qui sont intouchables en dépit de la reconnaissance unanime de leur inutilité ».


Dernier Conseil des ministres ?

Dans une tentative de calmer le jeu en espérant une détente dans ce bras de fer qui oppose les ministres du CPL et d’Amal au sein de son gouvernement, le Premier ministre, qui est tout aussi pressé de clore ce dossier qui traîne depuis plusieurs semaines, a décidé d’accorder un répit de quarante-huit heures aux membres du gouvernement pour leur permettre d’examiner de plus près les détails de la dernière mouture de l’avant-projet et, éventuellement, d’avancer d’autres idées ou améliorations à y apporter.


(Lire aussi : « Au lieu d’imposer une taxe sur le narguilé, mieux vaut appliquer la loi ! »)


Théoriquement, c’est aujourd’hui que devrait se tenir la dernière réunion du Conseil des ministres pour mettre les touches finales au texte. Une date limite qui pourrait cependant être repoussée une fois de plus, plusieurs ministres étant peu convaincus de l’imminence de son adoption, même si le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, persiste à dire que sa mission a été accomplie.

Dans les milieux du CPL, on insiste pour dire que « c’est le moment ou jamais d’introduire les réformes requises. Quelques jours en plus pour parvenir à obtenir une réduction supplémentaire de 0,5 % du déficit ne feront de mal à personne », commente pour L’OLJ Eddy Maalouf, député du Metn. Sans aller jusqu’à évoquer un divorce entre M. Bassil et M. Khalil, le député ne cache pas toutefois l’esprit de compétition en filigrane qui altère la relation entre les deux hommes. « M. Bassil ne sera pas propulsé pour autant en héros si le Conseil des ministres décide de prolonger les discussions de quelques jours », dit-il.

D’où cette remarque faite par le chef du CPL qui a indiqué hier qu’il n’est pas question de désigner un « vainqueur et un vaincu », soulignant qu’il serait parmi les « premiers perdants » si l’examen du budget était retardé de manière injustifiée.


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gaby sioufi

tres sympa ,vraiment .
sortir de nouvelles "propositions" a chaque reunion, C la vrai tactique pour désarçonner l'ennemi.....
faire accroire aux suiveurs etre les seuls vrais defenseurs de la nation en etant le SEUL VRAI but.

pour le reste, advienne qui et que pourra, ce n'est jamais important car "on" continuera a avaler a volonte petites & grosses couleuvres .

VIVE LA REPUBLIQUE REFORMEE

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE PROJET DE BUDGET N,EST PAS SERIEUX ET EST VOUE A L,ECHEC... CA SI LES DONATEURS ET LES INVESTISSEURS DE LA CEDRE L,ACCEPTENT EN SE MUANT EN SOCIETES DE BIENFAISANCE POUR DES RAISONS PUREMENT POLITIQUES ET DE VOISINAGE. NOS ABRUTIS ONT ACCOUCHE D,UNE SOURIS.

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