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Du Liban à la Serbie : les "Gilets jaunes" français inspirent

Contestation


OLJ
16/12/2018

Le mouvement des Gilets jaunes, alors qu'il est difficile à cerner et à définir en France, est devenu au delà des frontières de l'Hexagone, un symbole de protestation. Ces dernières semaines, des manifestants en Israël, en Irak, en Belgique et d'autres pays européens ont été vus arborant un gilet jaune. Leurs revendications sont disparates. En Allemagne, des militants d'extrême droite vêtus de gilets jaunes ont protesté contre le pacte mondial de l’ONU sur les migrations, adopté le 10 décembre à Marrakech. En Pologne, des agriculteurs réclament une aide aux éleveurs touchés par la peste porcine africaine. Et au Liban, le parti communiste libanais a appelé à une manifestation dimanche. Mais toutes ces manifestations ont un point commun, la colère contre le gouvernement de leur pays.

Alors que l'Acte V du mouvement des Gilets jaunes, samedi 15 décembre en France, a été marqué par une mobilisation en net recul, des échauffourées dans quelques villes mais pas de casse, nous faisons un tour d'horizon des mouvements faisant référence aux gilets jaunes à travers le monde.


Liban

Des partisans du Parti communiste libanais, dont un "gilet jaune", place Riad Solh, au centre-ville de Beyrouth, le 16 décembre 2018. AFP / AA / ANWAR AMRO


Plusieurs centaines de personnes ont participé, dimanche 16 décembre à Beyrouth, à une manifestation organisée par le Parti communiste libanais et la fédération nationale des syndicats ouvriers afin de protester contre la corruption au sein des institutions politiques. Le cortège, scandant des slogans contre la corruption et le confessionnalisme, est parti du siège de la Banque centrale du Liban, dans le quartier de Hamra, et s'est dirigé vers la place Riad el-Solh, dans le centre-ville de Beyrouth. Les panneaux brandis par les manifestants réclamaient notamment "la fin de l’État corrompu".

D'une tribune installée dans le centre-ville, le secrétaire général du PCL, Hanna Gharib, a déclaré que le mouvement de dimanche était "la première étape d'un mouvement qui va aller crescendo". Le PCL réclame une hausse des salaires dans le public et le privé, la mise en place d'un impôt progressif, la construction de centrales électriques et la fin du secret bancaire.

Dans une interview accordée vendredi au quotidien Al-Akhbar, proche du Hezbollah, M. Gharib avait explicitement comparé la manifestation de dimanche au mouvement des "gilets jaunes" en France  qui, selon lui, "refusent les mesures que l'on tente de nous imposer au Liban", en référence aux attendus des conférences économiques de Paris I, II, III, ainsi que la CEDRE". "Le mouvement des "gilets jaunes" "nous a encouragés à manifester car nous portons depuis 30 ans les revendications de l'école gratuite, de l'augmentation des salaires et l'arrêt de la hausse des taxes", ajoute M. Gharib. "Aujourd'hui, dans tous les pays, on réclame des choses similaires, comme s'il s'agissait d'un mouvement internationaliste", estime-t-il

Israël

Des "gilets jaunes" manifestant à Tel Aviv, le 14 décembre 2018. AFP / JACK GUEZ

Vendredi, quelques centaines de manifestants portant des gilets jaunes, répondant à un appel sur les réseaux sociaux, ont protesté à Tel-Aviv et Jérusalem contre l'augmentation du coût de la vie annoncée en 2019.

Les Israéliens ont appris cette semaine par la presse que les prix des produits alimentaires, de l'électricité, de l'eau ou encore des abonnements téléphoniques, mais aussi les impôts locaux allaient augmenter l'année prochaine, sous l'effet de l'affaiblissement du shekel, la monnaie nationale, par rapport au dollar et à l'euro. Israël est déjà connu pour le coût élevé de la vie.

"La lutte contre l'augmentation du coût de la vie ne fait que commencer", a dit à l'AFP Azi Nagar, 63 ans, un des instigateurs de la manifestation place de France à Jérusalem, non loin de la résidence du Premier ministre Benjamin Netanyahu. "Nous voulons nous inspirer du modèle français pour obtenir de vrais changements", a dit ce militant du parti travailliste, dans l'opposition au gouvernement de droite.

L'ancien ministre israélien des Finances, Yair Lapid, fondateur du parti Yesh Atid, qui se situe au centre de l'échiquier politique israélien, a par ailleurs été tancé sur les réseaux sociaux après avoir posté une photo de lui portant un gilet jaune. 

Égypte

Un gilet jaune dans la vitrine d'un magasin au Caire, le 12 décembre 2018. REUTERS/Mohamed Abd El Ghany

A quelques semaines du 8e anniversaire de la révolte de janvier 2011, qui a renversé le régime du président Hosni Moubarak après des manifestations de masse, les autorités égyptiennes ont soumis au contrôle de la police la vente des gilets jaunes. "Elles ont peur de la contagion après les manifestations en France", expliquait à l'AFP un détaillant qui vend ce vêtement. A l'occasion de cet anniversaire, les autorités égyptiennes craignent des manifestations non autorisées et des débordements.

Par ailleurs, la justice égyptienne a ordonné, mardi dernier, la détention pour 15 jours de Mohamed Ramadan, un avocat connu pour ses prises de positions en faveur des droits de l'Homme, notamment pour "menace à la sécurité". Cet avocat, arrêté lundi à Alexandrie (nord), aurait publié sur Facebook une adresse où les Alexandrins pouvaient, selon lui, se procurer des gilets jaunes, a déclaré son avocat.


Irak

Des manifestants portant des gilets jaunes à Bassora, en Irak, le 11 décembre 2018. Reuters/Essam al-Sudani

Mardi 11 décembre, des centaines de personnes vêtues d’un gilet jaune se sont rassemblées à Bassora, dans le sud du pays, pour réclamer de meilleurs services de première nécessité, comme l’électricité et l’eau. Un des organisateurs de cette manifestation a néanmoins expliqué au site de la chaîne américaine NBC News que le gilet jaune était déjà porté par des manifestants dénonçant la corruption au sein du gouvernement en 2015.

Depuis septembre, Bassora est le théâtre de manifestations contre le gouvernement qui n’apporte toujours pas de solutions aux problèmes sanitaires et économiques de la province.

(Lire aussi : À Bassora, la contestation plie mais ne rompt pas)


Allemagne

Des membres de mouvements d'extrême droite manifestent avec des "gilets jaunes", le 1er décembre 2018, à Munich. ALEXANDER POHL / NURPHOTO / AFP

Une manifestation à l'appel du mouvement contre "l'islamisation de l'occident" Pegida a été organisée le 1er décembre devant la porte de Brandebourg mais a réuni moins de 1.000 personnes. Outre-Rhin, les "gilets jaunes" sont soutenus par l'une des dirigeantes du parti d'extrême droite AfD Alice Weidel, tout comme par le parti de la gauche radicale Die Linke.


Belgique

Des manifestants portant des gilets jaunes à Bruxelles, le 8 décembre 2018. REUTERS/Yves Herman

Samedi 8 décembre, environ 400 personnes ont été arrêtées à Bruxelles lors d'une manifestation. Il y a aussi eu des actions de blocages, parfois de la casse. Les manifestants ont bloqué la rue de la Loi, l'artère où se situe les institutions européennes. Des heurts ont éclaté avec la police, dont deux camions ont été incendiés. Les manifestants dénoncent les taxes sur l’eau, l’électricité et l’achat d’un bien immobilier.

Samedi 15 décembre, entre 400 et 500 "gilets jaunes" belges ont de nouveau manifesté, dans le calme cette fois-ci, à Bruxelles, sous étroite surveillance policière, a-t-on appris auprès de la police locale.


(Lire aussi : "On est toujours en galère": des "gilets jaunes" témoignent)


Bulgarie

Des Bulgares manifestent contre la hausse du prix des carburants, le 18 novembre 2018, à Sofia. DIMITAR DILKOFF / AFP

Plusieurs milliers de Bulgares, parmi lesquels des "gilets jaunes", ont bloqué des grands axes routiers ainsi que des postes-frontières entre la Bulgarie, la Turquie et la Grèce, le 18 novembre dernier. Ils protestaient contre l'augmentation du prix des carburants. A Sofia, des dizaines de manifestants – certains également en gilets jaunes – ont bloqué des boulevards, en criant des slogans tels que "mafia !" et "démission !"


Hongrie

Un manifestant portant un gilet jaune devant le Parlement hongrois à Budapest, le 12 décembre 2018. REUTERS/Bernadett Szabo

Le vote au parlement hongrois, le 12 décembre, d'une loi controversée de flexibilisation du temps de travail s'est déroulé dans une grande tension en raison d'une fronde inédite des partis d'opposition qui qualifient ce texte de "droit à l'esclavage". Le projet suscitait depuis plusieurs semaines déjà une vive contestation sociale. Des milliers de manifestants s'étaient ainsi mobilisés à Budapest dès le 9 décembre pour dénoncer un "droit à l'esclavage". Certains avaient revêtu un gilet jaune en solidarité avec le mouvement de protestation qui agite la France. Le 12 décembre, des manifestants arboraient, de nouveau, un gilet jaune pour protester contre l'adoption de la loi.


(Lire aussi : Annonces de Macron : Une équation budgétaire à 15 milliards d’euros)


Pays-Bas

Des "gilets jaunes" néerlandais manifestent contre l'augmentation du coût des carburants et la baisse de leur pouvoir d'achat, le 1er décembre 2018, à La Haye. ABDULLAH ASIRAN / ANADOLU AGENCY / AFP

Quelques centaines de personnes, dont quelques Français, ont battu le pavé le 1er, puis le 8 décembre, à Amsterdam, mais aussi à Rotterdam et à La Haye. Le 8 décembre, ils étaient environs 200 à Amsterdam, 200 à Rotterdam, 200 à Maastricht et 100 à La Haye selon le quotidien néerlandais Algemeen Dagblad. Les manifestants dénoncent principalement l’âge de départ à la retraite, fixé à 67 ans, le prix des mutuelles ou l’immigration massive.


Pologne

Des fermiers polonais bloquant une autoroute en direction de Varsovie, à hauteur de Brwinov, le 12 décembre 2018. AFP / Mateusz GROCHOCKI

Mercredi 12 décembre, des agriculteurs polonais vêtus de gilets jaunes ont bloqué pendant plusieurs heures une autoroute en direction de Varsovie pour réclamer du gouvernement une aide aux éleveurs touchés par la peste porcine africaine. "On proteste à la française, comme les gilets jaunes, car les protestations pacifiques menées jusqu'à présent n'ont donné aucun résultat". Les policiers venus sur place pour convaincre les manifestants de libérer l'axe routier portaient, eux aussi, des gilets jaunes...


Espagne

Les retraités ont multiplié, samedi 15 décembre, les manifestations dans de nombreuses villes d'Espagne pour réclamer une revalorisation des pensions, appelant parfois à occuper la rue sur le modèle des "gilets jaunes" en France. La Coordination étatique pour la défense du système public de pensions de retraite (COESPE) et d'autres collectifs avaient appelé à manifester dans une centaine de municipalités pour réclamer "des pensions dignes".

Selon le ministère de l'Emploi, la pension moyenne de retraite a atteint en novembre les 1.106 euros mensuels, en augmentation de 3,40% par rapport à l'an passé. Mais "ici, il y a plus de trois millions de retraités qui touchent moins de 400 euros par mois, c'est pourquoi nous réclamons une pension minimale, de 1.080 euros par mois", expliquait Angel Luis Parra, 62 ans, ancien ouvrier dans la construction, derrière la banderole de son syndicat Co-Bas, clamant "comme en France, la lutte est dans la rue".

Italie

Piazza della Repubblica, dans le centre de Rome, le 15 décembre 2018. AFP / Vincenzo PINTO

Plusieurs milliers de personnes ont défilé samedi 15 décembre à Rome pour protester contre une politique beaucoup plus restrictive dans l'accueil des migrants imposée par le nouveau gouvernement populiste italien. Le mot d'ordre du cortège, dans lequel certains manifestants portaient des gilets jaunes comme les protestataires français, était "Get up, Stand up, Stand up for your rights", du titre de la célèbre chanson de Bob Marley.

"On a commencé ces deux dernières années en criminalisant d'abord ceux qui ont sauvé des milliers de vies en mer", les ONG humanitaires avec leurs navires proches des côtes libyennes "pour arriver à la fermeture des ports pour les bateaux chargés de naufragés", a dénoncé un collectif, Projet Droits, regroupant des juristes et des associations de défense des droits de l'Homme.


Serbie

Un député de l'opposition a revêtu un "gilet jaune", le 4 décembre au Parlement, pour protester contre les prix de l'essence.

"Nous voulons des prix normaux de l'essence, ou vous aurez des gilets jaunes dans les rues de Belgrade et de Serbie", a prévenu Bosko Obradovic, patron de la formation de droite nationaliste Dveri. En juin dernier, la hausse du prix de l'essence en Serbie avait provoqué un bref mouvement de protestation dans plusieurs villes au cours duquel des routes ont été bloqués.


(Lire aussi : « Nous sommes le 8 décembre, je n’ai déjà plus rien » : paroles de Gilets jaunes)


Afrique du Sud

Quelques gilets jaunes ont fait leur apparition lors de manifestations quotidiennes contre la mauvaise qualité des services publics. Le mouvement français a reçu divers soutiens, parmi lesquels celui de la deuxième confédération syndicale d'Afrique du Sud, la South Africa Federation of Trade Unions (SAFTU), qui y voit le modèle des futures luttes sociales.


Sénégal

Des photos de jeunes gens en "gilet jaune" dans une boîte de nuit sénégalaise sont devenues virales en Afrique de l'Ouest, une soirée "futile" pour certains.


Le site de fact-checking de l'AFP a, par ailleurs, publié un article sur les intox sur les gilets jaunes en Afrique.


(Cet article a été actualisé le 16 décembre 2018)


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Gebran Eid

UN MIRACLE PEUT ARRIVÉ, SI CETTE PETITE FLAME ARRIVE À DÉCLENCHER LE FEU POUR NETTOYER LE PAYS DE TOUS CES GANGS DE FAMILLES QUI ÉTOUFFENT LE MALHEUREUX PEUPLE LIBANAIS.

Eleni Caridopoulou

Les Francais Sont des fainéants ils n'ont pas envie de travailler maintenant il y aura du chômage

L’azuréen

C’est le cri du peuple et ça ne se contrôle pas....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE MONDE EST EN EBULLITION SOCIALE QUAND TOUS LES PAYS ONT DES DETTES ENORMES. LA CORRUPTION LES Y RAVAGEANT... CE QU,IL FAUT PARTOUT CE SONT DES REVISIONS BUDGETAIRES ET DES COUPURES ENORMES DANS LES SECTEURS PUBLIQUES SURTOUT OU LA CORRUPTION MANGE TOUT !

Le point

En Europe je pense que les italiens étaient les premiers à exiger des gilets jaunes (ou rouges) dans chaque voiture, à portée de main en plus, si on les met dans le coffre des voitures on est amendable !!!! afin de pouvoir les porter rapidement pour la sécurité routière.

Étonnement dans ce pays du G7, malgré les difficultés économiques, ces gilets n'ont pas été utilisés pour descendre dans la rue, jusqu'ici.

Sarkis Serge Tateossian

Pour satisfaire au questionnement sur les gilets "rouges" ou "jaunes" ... je vais répéter la phrase que j'ai lu dans un commentaire récents : Il n'y a que les abrutis qui ne changent pas. Ils vont apprécier les "cocos" !

Encore de l'humour c'est vrai. On est vendredi après tout.

Sarkis Serge Tateossian

Il fallait bien un peu d'humour...du vendredi.

Le péril jaune .... ? (Non, non, ce n'est pas un produit chinois!)

En voilà un produit français qui s'exporte si bien ... à l'échelle planétaire ...

Pour quand les gilets jaunes chinois ?

ACQUIS À QUI

Qui donc fabrique ces gilets jaunes ? Un jackpot .

Au Liban les cocos devraient plus être en gilet rouge.

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