L'éditorial de Issa GORAIEB

Virage serré

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
12/12/2018

Le jaune est hautement visible, comme largement démontré en matière de sécurité routière, et c’est bien la raison pour laquelle les manifestants de France se sont parés, en masse, de gilets de cette couleur. Tellement visible s’avère, de fait, ce jaune-là que son rayon d’action s’étend largement hors des frontières de l’Hexagone. Déjà, plus d’un gouvernement européen s’alarme d’une éventuelle pandémie de cette forme singulière de jaunisse. Aux quatre coins de la planète en revanche, bien des peuples démunis et/ou opprimés ont vu, dans cette marée de citron, la promesse d’un semblant de vie en rose. Et jusque dans la lointaine Amérique, on a pu voir un Donald Trump se féliciter, avec autant de méchanceté que de stupidité, du spectacle des incendies dans l’avenue des Champs-Élysées.

Toujours est-il que pour les gouvernants du monde entier, les événements de France devraient représenter un remarquable cas d’école. Gouverner, c’est prévoir, et de son propre aveu, Emmanuel Macron n’a pas évalué à leur juste mesure l’ampleur du mouvement de contestation, le bien-fondé de certaines de ses revendications et la détermination de ceux qui y ont adhéré. Pourtant divisés, désorganisés et infiltrés par les casseurs, les gilets jaunes ont bénificié dès le départ du soutien du gros de la population. La question qui se pose désormais est donc de savoir si les concessions qu’annonçait lundi soir le président et qu’explicitait hier son Premier ministre suffiront pour favoriser le traitement d’une fracture non point politique mais cruellement sociale. Les premières, et très diverses, réactions qu’a suscitées le discours présidentiel, ainsi que les préparatifs en cours pour une manifestation acte V, laissent craindre que ce ne soit pas encore le cas.

C’est précisément là qu’il y a abondante inspiration à réflexion – et même à débat – pour tous ceux qui, de par le monde, exercent le pouvoir. Éternel dilemme en effet que celui-ci : persister dans l’erreur, écraser l’accélérateur au lieu de la pédale de frein peut être lourd de conséquences ; mais corriger la trajectoire, aller même jusqu’à faire marche arrière peut aussi être interprété comme un signe de faiblesse et stimuler d’autant l’ardeur des irréductibles.

Alternative marquée par le bon sens. Mais qui, pour sa grandeur comme pour sa misère, ne vaut hélas qu’en démocratie…


Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

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