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Moyen Orient et Monde

Assad sort-il vraiment affaibli de la « punition » occidentale ?

Conflit

Des milliers de Damascènes fêtaient hier la victoire du régime sur les combattants de la Ghouta orientale.

17/04/2018

Ils étaient des milliers, hier, place des Omeyyades à Damas, pour fêter la victoire de Bachar el-Assad dans la Ghouta orientale. Agitant drapeaux et portraits du président syrien, les participants ont scandé des slogans à l’honneur du président, comme « Dieu, la Syrie, Bachar et c’est tout ». « Nous sommes ici pour célébrer la victoire de l’armée syrienne dans la Ghouta orientale, et envoyer un message à (Donald) Trump et ses alliés, leur dire qu’ils ont échoué », a confié à l’AFP, enthousiaste, l’une des participantes, selon laquelle les frappes occidentales de samedi dernier « traduisent seulement leur impuissance alors que l’armée a éliminé le terrorisme qu’ils finançaient ».

Le jour même des frappes, le régime a annoncé sa reprise de toute la Ghouta orientale, à la périphérie de la capitale, après des mois d’offensive visant l’un des derniers grands fiefs rebelles du pays et d’ultimes évacuations de combattants et de civils. L’annonce de cette victoire semble, pour les partisans du régime en tout cas, atténuer la portée des frappes menées par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni contre des sites gouvernementaux, en représailles à l’attaque chimique présumée du 7 avril à Douma, dans la Ghouta, et qui a poussé le reste des civils et des rebelles à la fuite.

Pour ses partisans, non seulement la réputation d’Assad reste intacte, mais elle s’en retrouve même confortée. Une semaine d’atermoiements diplomatiques occidentaux ont calmé les angoisses. Les frappes ont tant tardé à venir, le moment d’anticipation s’est tellement étiré, que l’élément de surprise s’est dissipé. Prévenus, les Syriens et leurs alliés russes s’étaient préparés, les bases militaires évacuées. C’est avec défi, amusement presque, que tous attendaient des frappes qui n’ont fait aucune victime humaine, et qui se sont avérées limitées et même, de l’avis de certains, cosmétiques. Au contraire, Bachar el-Assad s’est dit « renforcé » dans sa détermination à « écraser » le terrorisme, qui selon lui est financé par ces mêmes pays qui le dénigrent.

Le président syrien n’a pas subi de pertes particulièrement cruciales samedi dernier. Les frappes ont endommagé des sites de production d’armes chimiques, certes. Mais rien ne permet d’affirmer que toutes ses capacités en la matière ont été annihilées. Bachar el-Assad a reçu une tape sur les doigts. Mais les Occidentaux ne lui ont pas cassé le bras. Les armes chimiques, bien qu’ayant causé de nombreuses victimes en sept ans de conflit, n’ont pas contribué à faire gagner le régime. Pour ce faire, avions, missiles, barils explosifs et autres armes lourdes ont un rôle bien plus important, sans parler des alliés du régime, Moscou et Téhéran.


(Lire aussi : Macron se lance dans une mission diplomatique quasi impossible)


Permission implicite
Dès le début, Washington, Paris et Londres ont été clairs quant à l’objectif de leurs frappes. Celles-ci n’avaient pas pour but de renverser Assad, mais de le dissuader de recommencer. « Nous avons lancé un message clair à Assad et à ses lieutenants : ils ne doivent pas perpétrer une autre attaque à l’arme chimique car ils devront rendre des comptes », a déclaré le secrétaire américain à la Défense Jim Mattis au cours d’une conférence organisée pour l’occasion. Bachar el-Assad et ses parrains ont tout à fait conscience de l’absence de volonté des Occidentaux de s’engager davantage dans le conflit. Ne pas vouloir affaiblir le président et son régime, et le dire, est presque un moyen de le conforter dans ses certitudes : Assad est là pour rester. Damas, Moscou et Téhéran ont très probablement mesuré le pour et le contre avant d’utiliser d’attaquer Douma à l’arme chimique, et estimé qu’il y avait moins à y perdre qu’à y gagner. Si les Occidentaux ne frappaient pas, ils se seraient une nouvelle fois reniés, laissant le régime piétiner leurs lignes rouges. Avec ces frappes limitées, il peut jouer sur une double rhétorique : celle qui le fait passer pour la victime de l’impérialisme occidental, et celle où il met en avant l’impuissance des Occidentaux face à la force de Damas et de ses alliés.

Certes, l’absence de réaction occidentale lui aurait été encore plus profitable. Certes, les frappes de samedi dernier restent une première. Trois grandes puissances occidentales ont travaillé ensemble pour frapper trois sites gouvernementaux syriens. Symboliquement déjà, l’acte punitif a du poids. Menaçants, les Occidentaux sont clairement passés à la vitesse supérieure, après les frappes américaines de l’année dernière suite à l’attaque chimique de Khan Cheikhoun, qui a fait plus de 80 morts. Mais l’absence de stratégie claire de Donald Trump en Syrie et son désintérêt croissant du conflit, qui pourrait le mener à un retrait prochain des troupes américaines du pays, ainsi que l’aspect limité des frappes récentes, contribuent à faire gagner du temps au gouvernement syrien, en pleine reconquête territoriale. D’autant plus qu’en se limitant aux armes chimiques, c’est comme si les Occidentaux lui donnaient une permission implicite de tuer par tous les autres moyens. Le régime Assad a déjà gagné la guerre, aidé par Moscou, Téhéran et d’autres milices affiliées. Et il ne semble pas très pressé de gagner la paix. Les partisans d’Assad pourront prétendre avoir de quoi se réjouir aujourd’hui, jour de fête nationale d’indépendance.



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LA TABLE RONDE

Tout ce qui ne tue pas rend fort !

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LA TABLE RONDE

Cette question posée comme telle , est d'une naïveté que je ne peux soupçonner son auteure d'en être une .

La conclusion prouve bien que mes craintes sur Mme Medawar sont infondées.
Le héros sort chaque jour de plus en plus fort et adulé par son peuple fier et libre de Syrie AGRESSÉE par les occidentaux par bactéries wahabites interposées.

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