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Liban

Au Liban, des réactions limitées, à la mesure des frappes occidentales contre la Syrie

Focus

Hassan Nasrallah évoque un « échec cuisant », les experts une opération ciblée qui a rempli ses objectifs.

16/04/2018

Dans l’expectative depuis l’annonce par le président des États-Unis d’une frappe contre la Syrie, le Liban, qui en craignait les répercussions à plus d’un niveau, semble avoir passé ce cap au lendemain de l’opération menée samedi à l’aube par les États-Unis, la France et le Royaume-Uni. 

Prévues, les réactions du Hezbollah et de ses alliés n’ont toutefois pas dépassé le stade des condamnations fermes, accompagnées de commentaires minimisant la portée des frappes et raillant leurs effets escomptés sur le régime syrien, grâce à « sa capacité de résistance ». 

En face, le camp adverse, principalement les Forces libanaises, les Kataëb, le Parti national libéral et le Parti socialiste progressiste (PSP), dans une certaine mesure, ont observé une retenue que leur dictait leur engagement à respecter le principe de distanciation. 

Dans un tweet, le leader du PSP Walid Joumblatt a estimé que cette opération militaire n’a « aucune valeur tant qu’elle n’est pas accompagnée d’une solution politique fondée sur le principe d’un gouvernement de transition et d’une sanction frappant les responsables des crimes de guerre ». 


(Lire aussi : La fessée est un plaisir qui se partage à deux, l'édito de Ziyad Makhoul)


Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui s’est exprimé hier soir, a lui aussi minimisé la portée des frappes occidentales. « Israël, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, les pays du Golfe et les organisations takfiristes ont beaucoup espéré dans ces frappes », a-t-il affirmé, « mais ces raids ont produit l’effet inverse », a-t-il ajouté. Selon lui, ces frappes étaient d’une ampleur limitée parce que les Occidentaux redoutent les représailles de Damas et de ses soutiens, en l’occurrence l’Iran et la Russie. Elles n’ont pas eu l’effet escompté puisqu’elles n’ont ni terrorisé l’armée, ni aidé les insurgés, ni servi les intérêts d’Israël, a-t-il dit. D’ailleurs, a précisé le leader chiite, une grande majorité de ces missiles « a été interceptée par l’armée syrienne en cours de route ». 

Côté officiel, si les condamnations étaient vigoureuses, le ton n’était certainement pas à la polémique. Le chef de l’État, Michel Aoun, a stigmatisé toute agression contre un pays arabe, estimant que ce qui « s’est passé entrave la recherche d’une solution en Syrie ». Le Premier ministre Saad Hariri a tenté de rester dans le descriptif, en soulignant, sans le nommer, que le régime syrien savait que l’utilisation des armes chimiques « allait entraîner une réaction de la part de la communauté internationale ». « N’était-ce la politique de distanciation, j’aurais formulé une toute autre réaction devant le spectacle des enfants tués », a-t-il ajouté. 

Dans un communiqué, le ministère des Affaires étrangères a exprimé une position extrêmement pondérée, en qualifiant l’attaque de « violation de la souveraineté d’un pays arabe », tout en prenant soin de rappeler que le Liban « est en faveur de l’interdiction de l’utilisation des armes chimiques ». 

Autant de réactions mesurées qui ne laissent présager aucune escalade sur le plan interne pour l’instant, le jeu de rôles ayant été parfaitement distribué, et les propos, à la mesure de l’ampleur de la frappe. 


(Lire aussi : Quels sont les plans d’action de Damas et des Occidentaux après les frappes ?)


Réagissant à ceux qui, au Liban notamment, avaient souhaité une frappe plus puissante, destinée à ébranler le régime de Bachar el-Assad, mais aussi à ceux qui ont recouru à une « propagande construite sur une intervention militaire musclée en Syrie », et qui au final se serait conclue par un échec cuisant, Walid Pharès, consultant auprès de membres du Congrès et ancien consultant du président Donald Trump en politique étrangère, répond : « La frappe avait un objectif très précis, celui de détruire une partie des capacités en armes chimiques du régime syrien. » « En même temps, il s’agissait d’envoyer un message clair à Bachar el-Assad pour le dissuader de recourir une nouvelle fois à ce type d’armes que la Russie doit pour sa part renoncer à protéger ou fournir. Tel est le second message adressé par l’administration US » au Kremlin, souligne-t-il. En somme, dit-il, « il fallait asséner un coup assez dur pour faire passer le message sans aller jusqu’à provoquer une réaction de la part des Russes ». 

Un avis que partage également l’ancien officier et stratège militaire, le général Khalil Hélou, qui évoque à son tour une opération chirurgicale bien ciblée « qui a rempli son objectif », même si elle était limitée. Selon lui, la thèse qui évoque l’échec de ces frappes « est de l’ordre de la surenchère politique ». L’ancien officier ne croit pas à l’interception par les forces syriennes d’une partie des missiles, « tout simplement parce que cela est techniquement impossible avec les missiles de croisière qui ont été utilisés et qui sont indétectables par les radars ». 

Le général Hélou estime par ailleurs qu’aucun impact n’est à prévoir au Liban, à moins d’une riposte de l’Iran qui ne s’est pas encore manifesté à ce stade. « Si c’était le cas, le Liban ne pourrait plus prétendre à sa politique de distanciation, surtout en cas de conflit ouvert entre les États-Unis et l’Iran, ou entre ce dernier et Israël. Ne nous faisons pas d’illusions », dit-il.


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