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Moyen Orient et Monde

Quatre France pour une présidentielle

Décryptage

Les quatre favoris ont des projets affirmés, mais les moyens politiques de les mettre en œuvre pourraient se révéler faibles.

21/04/2017

Quatre candidats (sur onze au total) pour un trône. Jamais le résultat d'une élection présidentielle française n'avait été aussi incertain depuis l'instauration de la Ve République. À la veille du premier tour, Emmanuel Macron, Marine Le Pen, François Fillon et Jean-Luc Mélenchon se tiennent dans un mouchoir de poche, entre 19 % et 23 % des intentions de vote, selon les derniers sondages. Avec un taux d'abstention qui pourrait dépasser les 30 % et en prenant en compte le fait qu'un quart de l'électorat se déclare encore indécis, tous les scénarios sont aujourd'hui envisageables.

Les primaires de la droite et du Parti socialiste, qui ont abouti aux victoires surprises de François Fillon et de Benoît Hamon, ont consacré les candidats qui avaient la dynamique la plus favorable au cours des derniers jours qui ont précédé ces scrutins. Si la même logique est à l'œuvre, les dernières heures avant l'élection de dimanche devraient se révéler décisives pour l'obtention du ticket pour le second tour.

En attendant l'épilogue du premier chapitre de cette présidentielle en tout point inédite, la France est clairement coupée en quatre. Entre quatre projets distincts, quatre visions du pays et de sa place dans le monde qui, malgré une campagne polluée par les affaires mettant en cause François Fillon et Marine Le Pen, sont distinctement identifiables. Il y a la droite nationaliste du Front national, la droite libérale-conservatrice défendue par le champion des Républicains, le social-libéralisme représenté par le candidat d'En Marche ! et la gauche radicale incarnée par Jean-Luc Mélenchon.

Quel autre pays dans le monde peut se vanter d'offrir un choix politique aussi large à ses électeurs ? Non seulement toutes les grandes tendances de la scène politique française sont aujourd'hui représentées, mais elles sont aussi toutes susceptibles d'accéder au second tour. C'est la principale réussite de cette campagne présidentielle : malgré tous ses coups de théâtre et ses « boules puantes », elle a permis de mettre en exergue de réels clivages en matière de politiques économiques, sociales, sociétales et environnementales, mais aussi – plus surprenant – en matière de politique étrangère.

 

(Lire aussi : Biotope gaulois, le billet de Gaby NASR)

 

Bouleverser l'échiquier politique
Cette élasticité programmatique, presque poussée à l'extrême, entre les principaux candidats risque toutefois de compliquer la suite des événements. Comment les deux gagnants du premier tour vont-ils réussir à rassembler au second tour ? Quelle légitimité politique aura le futur prochain président de la République s'il ne parvient pas à réunir un quart de l'électorat au premier tour et qu'il rassemble difficilement au second ? À un souci de légitimité politique pourrait s'ajouter une absence de majorité parlementaire puisqu'à l'exception de François Fillon, les trois autres candidats auront du mal à remporter les législatives sans passer par des stratégies de coalition transpartisane, dont la Ve République est peu coutumière.

C'est là tout le paradoxe de ces élections : les quatre prétendants ont des projets affirmés, mais aucun ne semble avoir les moyens politiques de les mettre en œuvre. Sauf à bouleverser tout l'échiquier politique français et à remettre en question les us et les coutumes sous la Ve République. Comment, à titre d'exemple, François Fillon et, dans une moindre mesure, Emmanuel Macron pourraient lancer de grandes réformes libérales si l'extrême droite et l'extrême gauche, toutes deux nationalistes sur le plan économique, réunissent ensemble presque 50 % des suffrages ?

 

(Dossier : Présidentielle française : programmes, portraits, enjeux... ce qu'il faut savoir)

 

Comment pourraient-ils relancer le projet européen si les deux autres candidats, qui menacent de quitter l'Union européenne, réunissent ensemble presque la moitié des suffrages ? La problématique sera la même, quel que soit le vainqueur : manque de légitimité politique, et peut-être absence de majorité à l'Assemblée, qui provoqueraient de sérieuses difficultés à endosser le costume de monarque républicain, taillé par la Ve République pour le locataire de l'Élysée.

Cette élection surréaliste pourrait, de ce fait, sonner le glas de la Ve République telle que nous la connaissons. L'organisation des primaires, la possible éviction du second tour des deux grands partis qui ont traditionnellement partagé le pouvoir, la probable incapacité à rassembler et à réunir les Français pour le vainqueur et enfin la difficulté à obtenir une majorité parlementaire sans passer par une logique de coalition sont autant d'éléments nouveaux qui risquent de perturber le fonctionnement traditionnel des institutions.
Quel que soit le vainqueur, la scène politique française devrait s'en trouver largement bouleversée. Et s'il est peu probable que cela aboutisse à l'avènement d'une VIe République – seul Jean-Luc Mélenchon y est favorable parmi les favoris –, cela devrait obliger le vainqueur à adapter la pratique constitutionnelle à un pays désormais profondément divisé entre quatre grandes tendances politiques. Autrement dit, soit les coalitions plutôt que les fronts, soit le blocage.

 

 

Portraits

Macron, un jeune ambitieux qui bouscule les usages

Marine Le Pen, l'héritière qui rêve de la victoire de l'extrême droite française

François Fillon, candidat "balafré" par les affaires

Mélenchon "l'insoumis", tribun de la gauche radicale française

Hamon, un Breton "granitique" dans les "tempêtes" de la campagne

 

Interviews

Emmanuel Macron à « L’OLJ » : Les intérêts des chrétiens d’Orient ne sont pas liés à Assad

Le Pen à « L’OLJ » : Rien n’est encore tranché sur la rétroactivité de la suppression de la double nationalité 

 

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Jaber Kamel

Les sondages sont pipés quelque soit le cas de figure .

De grosses surprises sont à craindre , on ne peut pas prendre le peuple français pour plus idiot qu'il ne l'est vraiment .

Sur les 11 candidats , 10 se sont prononcés contre le régime wahabite qui finance daesh et autres al nosra , avec en sous entendu les complicités d'une coalition avec les européens .

1 seul candidat n'a pas nommé ces pays du golfe , et c'est le candidat fabriqué de toute pièce , démasqué par ce peuple français plus intelligent qu'on ne le croit , qu'est la France différente des usa .

Je ne désignerai pas ces pays du golfe , ni ne dirai le nom du seul candidat , mais ils sont connus , et je garde l'espoir qu'on me publie .

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