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Hamon, un Breton "granitique" dans les "tempêtes" de la campagne

PORTRAIT

Celui qui a longtemps incarné la quintessence de l'apparatchik a mené une campagne délicate, avec un programme de "gauche totale".

OLJ/AFP/Marie DHUMIERES
18/04/2017

Vainqueur surprise de la primaire organisée par le PS, le "frondeur" Benoît Hamon s'est retrouvé projeté dans une élection présidentielle délicate, malmené par un parti en pleine dislocation, mais porté par sa détermination "granitique".

Face aux "mauvais vents" et aux "tempêtes", ce Breton de 49 ans martèle en cette fin de campagne en forme de chemin de croix qu'il résistera "à tout" et gardera "la nuque raide". "Moi je suis fait d'un bois, ou bien non, d'une pierre. D'une pierre granitique", assure-t-il. "Désormais, il n'y aura plus grand-chose pour me stresser. Dans cette campagne folle, on m'aura fait tous les coups pendables et imaginables, même ceux que l'on n'imagine pas", confie-t-il encore en petit comité, en allusion aux différentes défections au sein d'un parti qui l'a pourtant vu grandir, jusqu'à sa victoire inattendue à la primaire socialiste élargie.

Car longtemps Benoît Hamon a incarné la quintessence de l'apparatchik, fin connaisseur des réseaux socialistes, couvé avec un brin de paternalisme par les ténors du parti. Le "petit Ben", comme l'appelait avec affection Martine Aubry qui l'a fait entrer à son cabinet de ministre de l'Emploi en 1997, était arrivé à "maturité", selon la maire de Lille.

Celui que personne n'avait vu venir a séduit avec un programme de "gauche totale", innovante: son revenu universel, son attachement à la reconnaissance du burn-out au travail, sa préoccupation pour les perturbateurs endocriniens, ont donné de lui l'image d'un homme ancré dans le quotidien des Français.

 

Lors de ses déplacements, Benoît Hamon n'hésite pas à faire la bise et à tutoyer ceux qui viennent le saluer, et parle souvent de son quotidien avec ses deux filles. Trois mois après la primaire pourtant, il risque de faire l'un des plus mauvais scores de l'histoire de son parti à une présidentielle.

 

(Lire aussi : Pour qui voteront-ils à la présidentielle française? Des Franco-Libanais répondent)

 

Manque de stature
Dans l'entourage de François Hollande, qui ne l'a jamais soutenu publiquement, on met en cause un manque de stature : "Il faut dire +vous avez devant vous un président de la République+", commente-t-on.
"Benoît Hamon, on a envie d'aller boire une bière avec lui", abonde un membre du gouvernement.

Gabarit poids plume mais joueur de rugby, breton revendiqué, licencié d'histoire "seulement".... S'il n'a pas tous les codes de l'élite politique dès le départ, le natif de Saint-Renan, fils d'un père ouvrier devenu ingénieur à l'Arsenal de Brest et d'une mère secrétaire, a su jouer des coudes. Cet aîné d'une fratrie de quatre, qui a passé une partie de son enfance à Dakar, se souvient du badge "Touche pas à mon pote" qu'il arborait dans son lycée privé catholique comme de son premier acte militant.

Jugé "clanique" par certains, il sait cultiver ses réseaux. Plus de 20 ans après sa présidence des Jeunes socialistes (MJS), le mouvement lui est toujours largement acquis.

 

(Lire aussi : Présidentielle française : "quatre têtes pour un casse-tête", résume la presse)

 

"Très simple, très joueur"
Adhérent à SOS Racisme, puis au PS début 1987, il intègre les cercles rocardiens à Paris. Là, il vit en colocation avec d'autres jeunes socialistes de province, dont Olivier Faure, aujourd'hui président du groupe PS à l'Assemblée, qui se souvient des heures passées "à refaire le monde, soir après soir". "Benoît était à ce moment pas forcément le plus ambitieux ni le plus volontaire", mais "très simple, très joueur".

Il participe à la campagne de Lionel Jospin en 1995. Il y aura ensuite le "choc" de l'élimination du candidat socialiste au premier tour en 2002, puis la création du défunt courant rénovateur Nouveau Parti Socialiste avec Arnaud Montebourg et Vincent Peillon.

En 2008, Martine Aubry le nomme porte-parole du PS. Incarnation de la gauche du parti, il est propulsé ministre délégué à l'Économie sociale et solidaire en 2012, puis promu à l'Éducation. En désaccord avec la politique de Manuel Valls, il quittera le gouvernement en août 2014, en même temps qu'Arnaud Montebourg.

Député des Yvelines, il rejoint les frondeurs à l'Assemblée et se démène contre la loi Macron puis la loi El Khomri. Il se lance dans la campagne de la primaire dès la mi-août 2016, prenant tout le monde de court. Une victoire qu'il aura cette fois du mal à reproduire.

 

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