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À La Une - Liban

Affrontements interdruzes : Joumblatt accuse Bassil d'avoir mis le feu aux poudres

Arslane insiste pour que la Cour de justice se saisisse de l'affaire.

Le leader druze libanais Walid Joumblatt. Photo d'archives REUTERS/Philippe Wojazer

Le leader druze Walid Joumblatt a estimé mercredi que le discours politique "provocateur" du chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, avaient mis le feu aux poudres dimanche dans la Montagne, où deux gardes du corps du ministre d'Etat pour les Affaires des réfugiés, Saleh Gharib, membre du Parti démocrate libanais, dirigé par Talal Arslane, rival historique de Walid Joumblatt, ont été tués, appelant le président Michel Aoun à mettre un terme aux "gamineries" de son gendre.

"Nous allons réagir avec calme, ouverture et dialogue (aux incidents) afin de consacrer la paix civile, la réconciliation et la sécurité", a assuré le chef du Parti socialiste progressiste, à l'issue d'une réunion du conseil de la communauté druze qui s'est tenue à la maison druze à Verdun. "Nous respectons la loi et la justice, mais nous attirons l'attention sur le fait que la façon dont se déroulent parfois les perquisitions est indigne de notre société", a ajouté M. Joumblatt, en allusion aux descentes effectuées par l'armée dans la Montagne druze, après les affrontements de dimanche, et à l'issue desquelles plusieurs suspects ont été arrêtés.


Les incidents de la Montagne ont fait deux morts, Samer Abou Faraj et Rami Salmane, gardes du corps de Saleh Gharib, et trois blessés. Ils sont survenus au moment où le chef du CPL effectuait une tournée dans la région. Celle-ci intervenait après des semaines de tensions nourries entre M. Bassil et ses alliés druzes d'une part, et le Parti socialiste progressiste de M. Joumblatt de l'autre. La colère des joumblattistes s’est manifestée par des blocages de route à Kfarmatta et a culminé avec des tirs mortels contre le convoi du ministre Saleh Gharib, à Qabr Chmoun.


(Lire aussi : Le leadership joumblattiste dans le collimateur de la « moumanaa » ?)



"Que Gebran se calme un petit peu"
"Le discours provocateur dans toutes les régions n'a aucun sens et c'est à cause de cela que, malheureusement, la déflagration a eu lieu", a estimé M. Joumblatt. Il fait référence aux discours partisans que prononcent depuis des semaines Gebran Bassil lors de ses tournées dans diverses régions libanaises, dans le cadre d'événements organisés par le CPL.

"Pourquoi cherche-t-on a rouvrir les plaies du passé en parlant des combats à Kahalé et Souk el-Gharb", s'est interrogé le chef du PSP, en référence aux combats qui avaient opposé les chrétiens aux druzes dans ces régions, durant la guerre civile. Gebran Bassil avait récemment évoqué ces épisodes dans ses discours, mais s'est défendu mardi de tenir des propos provocateurs à ce sujet.

"Que Gebran (Bassil) se calme un petit peu. Il veut accéder (à la présidence de la République, ndlr) ? Ce n'est pas de la sorte qu'il le fera", a lancé Walid Joumblatt, mettant ainsi les discours de M. Bassil sur le compte de ses ambitions politiques. "Comment Gebran Bassil a su qu'il y avait une embuscade et pourquoi n'attendent-ils pas les conclusions de la Justice?", s'est encore demandé M. Joumblatt, appelant le président de la République et fondateur du CPL, Michel Aoun, à "mettre un terme aux gamineries" de Gebran Bassil.

Walid Joumblatt a également accusé le ministre de la Défense, Elias Bou Saab, qui est l'allié de M. Bassil, de tenir des propos 'hâtifs" avant même la fin de l'enquête en cours.


(Lire aussi : Halte au pyromane !l'éditorial de Issa GORAIEB)



Arslane persiste et signe
De son côté, Talal Arslane a de nouveau exigé que les responsables des tirs de dimanche soient jugés devant la Cour de justice. "Je n'accepterai qu'une seule approche des incidents de dimanche : qu'ils soient considérés comme une attaque contre la sécurité de l'Etat et la paix civile via une tentative d'assassinat d'un ministre", a déclaré Talal Arslane à la chaîne de télévision locale LBC. "La situation dans la Montagne n'est pas rassurante", a-t-il ajouté. "Les autorités doivent comprendre les risques liés à ce qu'il s'est passé", a-t-il ajouté.

Talal Arslane a demandé à plusieurs reprises depuis dimanche que les responsables de la mort des deux gardes du corps de Saleh Gharib soient jugés par la Cour de justice, dont les jugements sont sans appel, ce que le PSP Walid Joumblatt refuse. Ce recours à la Cour de justice équivaudrait à entériner la thèse de la tentative d’attentat préméditée contre Saleh Gharib, que le Parti démocrate et le CPL font promouvoir, alors que les circonstances de l’échange de tirs n’ont toujours pas été élucidées, compte tenu des versions antinomiques des faits.

C'est en raison des divergences des différentes parties politiques sur la question de transférer le dossier à la Cour de justice que le Premier ministre, Saad Hariri, a décidé de reporter le Conseil des ministres qui était prévu mardi, le temps qu'un compromis soit trouvé entre toutes les factions.

Dans les milieux du chef du gouvernement, on souligne qu’il appartient à l’autorité judiciaire ordinaire de qualifier les faits et c’est sur base de ses conclusions que le Conseil des ministres pourra juger si le dossier relève ou non de la compétence du tribunal d’exception.



(Lire aussi : Une crise peut en cacher une autre, plus profonde, le décryptage de Scarlett Haddad)



Des partisans du PSP remis aux SR des FSI
Talal Arslane est revenu aujourd'hui à la charge alors que les contacts sont engagés sans relâche depuis mardi par le chef de l’Etat, le président de la Chambre, Nabih Berry, et le Premier ministre qui a mandaté le directeur de la Sûreté générale, Abbas Ibrahim, pour engager une médiation auprès des belligérants. La mission de Abbas Ibrahim vise notamment à assurer que les personnes impliquées dans les incidents de dimanche, des partisans du PSP, se rendent. Talal Arslane, et ses alliés au sein du gouvernement étaient supposés en retour cesser de réclamer un renvoi du dossier de l’affaire devant la Cour de justice.

Mercredi, la Sûreté générale libanaise a remis aux services de renseignement des Forces de sécurité intérieure trois partisans du PSP soupçonnés d'être impliqués dans les échanges de tirs. De son côté, l'armée a remis aux FSI des personnes arrêtés. A l'issue d'un entretien avec le général Ibrahim en fin d'après-midi, Walid Joumblatt n'a pas voulu dire s'il comptait livrer aux forces de l'ordre d'autres suspects, mais a répété qu'il était sous le seuil de la loi et qu'il restait ouvert à toutes les solutions.

La famille de Rami Salmane, un des deux gardes du corps de Saleh Gharib tués dimanche, a de son côté annoncé que la date des funérailles sera fixée "en coopération avec Talal Arslane". Dimanche, les familles des défunts avaient déclaré qu'ils ne seraient pas enterrés tant que les responsables des échanges de tirs n'étaient pas traduits en justice.  "Nous avons confiance en Abbas Ibrahim et la situation se dirige vers une résolution de cette affaire", ont ajouté les proches de Rami Salmane.



(Lire aussi : Les efforts convergent vers une sortie de crise)



Une demande "juste"
Reçu dans la journée par le ministre libanais de la Défense, Elias Bou Saab, à Yarzé, le chef du PDL a persisté et signé et souligné que sa demande que le dossier des incidents de Qabr Chmoun soit saisi par la Cour de justice n'était "pas une plaisanterie" et n'était pas négociable, qualifiant les échanges de tirs de "tentative d'assassinat d'un ministre en exercice" et de "piège". "S'en prendre à un ministre revient à s'en prendre à la paix civile", a-t-il ajouté. Le député druze a annoncé avoir remis à Elias Bou Saab "des vidéos et des informations précises sur le piège tendu pour tuer le ministre Gharib".

De son côté, le ministre de la Défense a estimé que la demande de M. Arslane d'avoir recours à la Cour de justice est "juste". Il affirmé avoir eu "une impression positive" de sa rencontre avec le chef du PDL, soulignant que ce dernier "veille à préserver la paix civile dans la Montagne, malgré les difficultés". M. Bou Saab a encore affirmé que l'armée "est capable d'assurer la sécurité et de la préserver", soulignant l'importance de tenir la troupe "à l'écart de la politique".

Michel Aoun a pour sa part appelé mercredi toutes les parties à "assumer leurs responsabilités". "L'Etat doit préserver son prestige", a-t-il déclaré alors qu'il recevait à Baabda une délégation de l'Ordre des médecins. "La justice doit protéger les citoyens et appliquer la loi contre les meurtriers", a-t-il ajouté, sans toutefois mentionner clairement les incidents de Qabr Chmoun.

Pour sa part, Nabih Berry a estimé que les incidents de la Montagne ne peuvent être résolus qu'en en liant les aspects sécuritaire, politique et judiciaire de l'affaire. "La Montagne a ses particularités et ce qui est arrivé dimanche ne peut pas être seulement résolu d'un point de vue sécuritaire, politique ou judiciaire, mais en liant les trois aspects de ce dossier", a affirmé le député Ali Bazzi, citant le chef du Législatif, à l'issue de la réunion hebdomadaire à Aïn el-Tiné. "Tout le monde connaît le rôle que joue Nabih Berry dans la consolidation de la stabilité, la protection de la paix civile et la fédération de toutes les parties", a encore souligné M. Bazzi.

En soirée, le conseil de la communauté druze a appelé "les autorités concernées à être le plus transparentes possible afin de dévoiler les circonstances des incidents de la Montagne sans déformation des faits". Il a également appelé les responsables à "concentrer leurs efforts pour calmer les esprits et réduire les tensions". "Nous mettons en garde contre une atteinte à l'unité de la communauté druze et nous appelons tous les responsables politiques à partager nos positions, en prenant en considération l'attachement de Walid Joumblatt à couper court à la discorde et éviter l'effusion de sang", a poursuivi le conseil. Il a enfin estimé que "l'absence de la communauté druze au sein du Conseil supérieur de Défense ôte à ce dernier sa légitimité", arguant que "la liberté du travail politique doit obéir aux équilibres nationaux", en allusions aux équilibres des représentations des différentes communautés du pays.



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commentaires (5)

TOUR DE BABEL OUI ! du dicton arabe qui dit : "" C d'un simple geste que l'intelligent arrive a comprendre "

Gaby SIOUFI

15 h 53, le 06 juillet 2019

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Commentaires (5)

  • TOUR DE BABEL OUI ! du dicton arabe qui dit : "" C d'un simple geste que l'intelligent arrive a comprendre "

    Gaby SIOUFI

    15 h 53, le 06 juillet 2019

  • TOUT COMME LE DIT JOUMBLAT. LE GENDRE A MIS LE FEU AUX POUDRES. QUI VA LE FREINER ?

    SOUTENONS L,OLJ. CONDAMNONS SES CENSURES.

    12 h 57, le 04 juillet 2019

  • On peut se permettre de dire : vos gueules les mouettes !!! toutes ces déclarations et contre déclarations ... c'est fatiguant, usant, épuisant et inquiétant ...

    Zeidan

    22 h 31, le 03 juillet 2019

  • L'avenir est inquiétant ....désormais.

    Sarkis Serge Tateossian

    20 h 21, le 03 juillet 2019

  • La justice doit en princpe protéger les citoyens et appliquer la loi contre les meurtriers mais que faire avec nos chefs de tribus ??

    Antoine Sabbagha

    17 h 58, le 03 juillet 2019

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