Un panache de fumée s’élève après une frappe aérienne israélienne sur la périphérie de Tyr, dans le sud du Liban, le 1er juin 2026. Photo Kawnat Haju/AFP
Plus de prudence que d’enthousiasme. Voilà comment semble avoir été accueilli au Liban cet énième cessez-le-feu annoncé à Washington entre le Liban et Israël, dans la nuit de mercredi à jeudi. Sous la houlette de l’administration Trump, Beyrouth et Tel-Aviv sont convenus de « la mise en œuvre d’un cessez-le-feu » et de la création de « zones pilotes » sous contrôle de l’armée libanaise, alors que la guerre qui a repris le 2 mars se poursuit, marquée par des dizaines de bombardements israéliens contre le Liban-Sud et la Békaa, et des tirs de roquettes et de drones du Hezbollah.
Prévenant qu’il s’agit de la « dernière chance » pour sortir du conflit, le président libanais Joseph Aoun a souligné que l’accord pourrait entrer en vigueur dans les 24 heures suivant son approbation définitive. Le Premier ministre Nawaf Salam a, lui, présenté les négociations comme « la meilleure option » pour obtenir un retrait israélien du territoire libanais. Quant au Hezbollah, il a rejeté l’annonce de la trêve, estimant par la voix de son chef, Naïm Kassem, que cette décision équivaut à une « capitulation ».
Mais qu’en pensent les Libanais ? Ceux que nous avons interrogés semblent désabusés, après l’échec des précédentes trêves au fil des mois et à l’heure où l’armée israélienne occupe plus de 600 km2 du Liban-Sud.
« Il n’y a pas de cessez-le-feu lorsque Israël et les États-Unis le décident. Il n’y en aura que lorsque nous pourrons rentrer chez nous sans devoir repartir le lendemain », estime Sarah, déplacée de Nabi Chit, dans la région de Baalbeck, et qui s’est réfugiée à Zahlé. « Les responsables parlent d’accord global et de paix. Mais nous, nous voyons les maisons détruites, les commerces fermés et les terres occupées », se lamente-t-elle. Pour cette mère de trois enfants, les annonces politiques sont « déconnectées de la réalité ».
« Je ne sais même plus ce que signifie un cessez-le-feu », lâche de son côté Mohammad, 42 ans, qui a dû fuir son quartier de Haret Hreik dans la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah lourdement bombardé durant la guerre. Depuis plusieurs mois, il vit avec sa femme et ses deux enfants dans un appartement loué à Hamra, son immeuble ayant été gravement endommagé. « On nous parle de trêve depuis des semaines, mais les agressions israéliennes ne s’arrêtent pas. Les drones continuent de bourdonner au-dessus de nos têtes. De quel cessez-le-feu parle-t-on ? » s’emporte-t-il.
Les négociations, « une erreur inacceptable »
Hassan, 51 ans, déplacé de Tyr, ne croit pas non plus en une trêve. Pour lui, les négociations directes avec Israël sont « une erreur inacceptable ». « On nous présente cela comme une solution, alors qu’Israël continue de mener des bombardements. Comment le Hezbollah est-il censé arrêter ses attaques ? La trêve n’est qu’une illusion qui permettra à Israël de maintenir son occupation du Sud », prédit-il. « Ceux qui parlent de paix devraient d’abord exiger l’arrêt total des agressions et le retrait des forces israéliennes. Le reste viendra après », ajoute-t-il, avant de critiquer le président et le Premier ministre, alors que l’État libanaise veut désarmer le parti chiite et a décrété ses activités militaires comme illégales.
« Mon fils me demande quand nous allons rentrer chez nous, mais je suis incapable de lui répondre. Même si les bombardements s’arrêtent, qui va reconstruire le Sud ? Quand ? Avec quel argent ? » déplore pour sa part Rim, déplacée du village chrétien de Aïn Ebel, dans le caza de Bint Jbeil. « Les habitants ont besoin de garanties, pas seulement de déclarations. Nous avons déjà entendu ces promesses », ajoute-t-elle.
Pour Georges, originaire de Jezzine, « le Sud est devenu un nouveau Gaza ». « Je ne crois plus aux déclarations politiques, qu’elles viennent d’ici ou de l’étranger. Ce qui compte, ce sont les faits sur le terrain. Nous savons très bien que les forces israéliennes ne vont pas quitter notre sol », affirme-t-il. « Un cessez-le-feu avait déjà été conclu en 2024, sans pour autant mettre fin aux agressions israéliennes quasi quotidiennes. Comment croire que les choses vont changer cette fois ? » s’interroge-t-il. Le dernier cessez-le-feu était entré en vigueur le 17 avril dernier, mais il n’a jamais été respecté, ni par Israël ni par le Hezbollah. « Nous voulons simplement vivre normalement, envoyer nos enfants à l’école et travailler sans craindre qu’une nouvelle escalade nous oblige à tout quitter. Tant que la situation restera instable, il sera difficile de parler de véritable cessez-le-feu », conclut Georges.



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