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Société - Justice

Quinze ans de prison pour deux activistes anti-Hezbollah, des peines qui enflamment les réseaux

Le Tribunal militaire a condamné les militants non pour leur hostilité au parti chiite, mais pour avoir incité Israël à bombarder des sites libanais, indique une source judiciaire à L’OLJ.

 Quinze ans de prison pour deux activistes anti-Hezbollah, des peines qui enflamment les réseaux

Le siège du Tribunal militaire, à Beyrouth. Photo ANI

Le Tribunal militaire présidé par le général Wassim Fayad a condamné deux activistes connus pour leur opposition au Hezbollah, Joumana Gebara et Mohammad Yassine, à 15 ans de prison chacun pour « avoir incité l'ennemi israélien à agresser le Liban », selon les termes d'une source proche du tribunal.

Les deux jugements ont été rendus récemment par contumace, Mme Gebara et M. Yassine ayant été notifiés par affichage public, en raison de l’impossibilité de leur notification à titre personnel.

Selon nos informations, un signalement judiciaire avait été déposé auprès du parquet militaire, à l’encontre de Joumana Gebara, en novembre 2024, après le déclenchement de la guerre entre le Hezbollah et Israël. Dans le recours, il était reproché à la jeune femme « d'avoir, sur les réseaux sociaux, fait l’éloge du porte-parole de l’armée israélienne Avichay Adraee et de lui avoir exprimé ses remerciements pour les bombardements de sites relevant du Hezbollah ». Les propos de Mme Gebara avaient suscité « les remerciements et la gratitude » d’Avichay Adraee. L’activiste avait été déférée par contumace devant le juge d’instruction militaire, qui a émis un mandat d’arrêt à son encontre et l’a déférée devant le tribunal. Celui-ci l'a jugé en se fondant notamment sur l'article 295 du Code pénal, qui punit de prison « quiconque, au Liban, en temps de guerre ou (...) mène une propagande visant à affaiblir le sentiment national ou à attiser les tensions raciales ou confessionnelles »,

La citadelle de Baalbeck

Quant à Mohammad Yassine, un enseignant universitaire établi en France et également connu pour ses critiques acerbes contre le Hezbollah, il a été accusé, à propos d’un de ses commentaires sur les réseaux sociaux, « d'avoir incité l’ennemi à bombarder la citadelle de Baalbeck en alléguant qu’elle contient des missiles, des armes de guerre et des tunnels appartenant au Hezbollah ». Il a été condamné sur base de l'article 288 du Code pénal qui sanctionne « quiconque, par des actes, des écrits ou des discours (...) , a exposé le Liban au risque d’actes hostiles (...) ou a exposé les Libanais à des mesures de représailles dirigées contre eux ou contre leurs biens ».

Une source proche du Tribunal militaire précise que les jugements ne condamnent pas « l’hostilité » à l’égard du Hezbollah mais « l’intelligence » avec l’ennemi visant à l’encourager dans ses actes de guerre contre le Liban. Elle note également qu’une peine aussi lourde (15 ans de prison) est généralement prononcée lorsqu’il s’agit de jugements rendus par défaut, et que si les condamnés réapparaissaient et faisaient opposition, ils seraient à nouveau jugés, encourant des peines bien plus légères, ne dépassant pas « quelques mois ou une année ».

De telles explications sont loin de satisfaire de nombreux internautes. « Pourquoi ce tribunal n’a-t-il pas émis un mandat d’amener à l’encontre de Naïm Qassem, (secrétaire général du Hezbollah Ndlr) alors qu’il pratique toutes les formes de destruction de l’État libanais et entraîne le pays dans des guerres selon les agendas iraniens ? Pourquoi a-t-il relâché des membres d’une organisation armée travaillant au service d’un État étranger (en allusion au Hezbollah et à l’Iran » pour 20 dollars ?, peut-on lire sur Instagram, en référence aux trois partisans du parti chiite, arrêtés le 3 mars dernier pour « port et transport d’armes illégaux », et relâchés six jours plus tard par ce même tribunal contre une caution de 21 dollars chacun. Un autre internaute s’interroge : « Quelle a été la condamnation de ceux qui ont amené l’ennemi au Liban et à cause de qui la banlieue a été détruite et la moitié du Liban-Sud a disparu ? »


Parmi les autres commentaires virulents, ceux de Tom Harb, lobbyiste libano-américain. « À l’époque de la tutelle syrienne, le juge Adnane Addoum (ex-procureur général près la Cour de cassation Ndlr) ne laissait aucun opposant sans le condamner. Puis, sous la tutelle iranienne, le juge Fadi Akiki, commissaire du gouvernement auprès du Tribunal militaire, a repris la même mission répressive. Aujourd’hui, c’est au tour du général Wassim Fayad », a-t-il écrit sur son compte X. « Plutôt que de traduire en justice ceux qui transforment le Liban en champ de bataille et dépôt d’armes, ce sont des activistes et de simples citoyens qui sont condamnés sur la base d’accusations vagues », a-t-il ajouté, estimant que le jugement du Tribunal militaire est « contraire au Pacte international relatif aux droits civils et politiques, notamment son article 19 consacré à la liberté d’expression ».

À l’opposé, un internaute pose, sur Instagram, la question suivante : « Est-ce que l’incitation à tuer les enfants de la patrie est maintenant appelée liberté d’expression ? ».



Le Tribunal militaire présidé par le général Wassim Fayad a condamné deux activistes connus pour leur opposition au Hezbollah, Joumana Gebara et Mohammad Yassine, à 15 ans de prison chacun pour « avoir incité l'ennemi israélien à agresser le Liban », selon les termes d'une source proche du tribunal.Les deux jugements ont été rendus récemment par contumace, Mme Gebara et M. Yassine ayant été notifiés par affichage public, en raison de l’impossibilité de leur notification à titre personnel.Selon nos informations, un signalement judiciaire avait été déposé auprès du parquet militaire, à l’encontre de Joumana Gebara, en novembre 2024, après le déclenchement de la guerre entre le Hezbollah et Israël. Dans le recours, il était reproché à la jeune femme « d'avoir, sur les réseaux sociaux, fait...
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