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La dépouille du patriarche Sfeir à Bkerké pour un dernier hommage

Liban

De nombreux Libanais dans la rue pour accompagner l'ancien chef de l'Eglise maronite jusqu'au siège patriarcal où son corps doit reposer jusqu'aux funérailles officielles jeudi.

OLJ
15/05/2019

C'est accompagné par une foule émue de Libanais venus rendre un dernier hommage au patriarche maronite émérite Nasrallah Sfeir que le convoi funéraire transportant la dépouille mortelle du cardinal a fait le trajet mercredi jusqu'au siège patriarcal de Bkerké où le corps de Mgr Sfeir doit reposer jusqu'aux funérailles officielles jeudi.

Vers 11h, le patriarche maronite actuel, Béchara Raï, nombre évêques et de religieux ainsi qu'une foule de responsables et de fidèles, ont accueilli le convoi sur le grand parvis de Bkerké, au son des cloches et de la fanfare des Forces de sécurité intérieure. La croix, le sceptre et la mitre du patriarche Sfeir ont été portés en tête du cortège funèbre.

Porté par les évêques et accompagné par les fidèles, le cercueil en bois d'olivier de la vallée de Qannoubine, réalisé par l'artiste libanais Rudy Rahmé qui a également apposé une sculpture à l'image du visage du patriarche, a été par la suite acheminé vers la grande église où la dépouille du cardinal reposera jusqu'à demain. Quelques minutes plus tard, le patriarche Raï, entouré par un grand nombre d'évêques et de religieux, a mené le rite de la prière des morts. Le père supérieur de l'Ordre libanais maronite Neematallah el-Hachem a par la suite présidé la première d'une série de messes qui auront lieu jusqu'à 17h30 de l'après-midi pour le repos de l'âme du cardinal Sfeir.


Vers 8h, le convoi transportant le corps de l'ancien chef de l’Église maronite, décédé dans la nuit de samedi à dimanche et qui aurait eu 99 ans aujourd'hui, est sorti de l'Hôtel-Dieu de France à Achrafieh, où reposait la dépouille. Il a emprunté la route menant à Bkerké au milieu d'une foule dense rassemblée dès 7h et en présence des forces de l'ordre. Sur l'autoroute menant à Bkerké, au Kesrouan dans le nord de Beyrouth, de nombreux habitants arboraient des drapeaux libanais et des bannières partisanes, ainsi que des portraits du patriarche défunt. Le convoi funéraire n'était pas censé effectuer d’arrêts en route.



Prières avant le départ du convoi funéraire du cardinal Sfeir de l'Hôtel-Dieu de France à Achrafieh. Photo Michel Sayegh



Par ailleurs, les images en gros plan de la dépouille du patriarche Sfeir reposant dans le cercueil et le fait que ce dernier soit laissé ouvert ont suscité des interrogations. Le directeur du Centre catholique de l'information, le père Abdo Abou Kassem, a expliqué qu'il s'agit d'une tradition au sein de l’Église maronite. "Les Libanais prennent la bénédiction d'un homme de son envergure", a expliqué le prêtre, dans un entretien à la chaîne MTV. "Cela permet aussi aux fidèles de poser un dernier regard d'adieu sur le patriarche", a-t-il ajouté.

Les personnalités désireuses d’assister jeudi aux obsèques ont été priées d’entrer en contact avec le siège patriarcal, et il est demandé que seuls les drapeaux libanais et celui du patriarcat maronite soient brandis.



La dépouille du cardinal Sfeir à son arrivée à Bkerké. Photo Hassan Assal


 

"Une grande perte nationale"
Deux jours de deuil officiel, mercredi et jeudi, ont été décrétés par le Premier ministre, Saad Hariri. Toutes les écoles publiques et privées seront dans ce cadre fermées jeudi. Les drapeaux du palais présidentiel de Baabda ont été mis en berne mercredi matin, a indiqué la présidence. Par ailleurs, l'ambassadeur d'Arabie saoudite au Liban, Walid Boukhari, s'est rendu au palais de Baabda pour transmettre au président Michel Aoun les condoléances du roi Salmane d'Arabie pour le décès du patriarche Sfeir.

A Bkerké, plusieurs personnalités sont venues présenter leurs condoléances au patriarche Raï et à la famille du défunt. C'est le cas du leader maronite et chef des Forces libanaises, Samir Geagea, qui a rendu hommage à un patriarche "vertueux, transparent et sincère". "La réaction du peuple libanais" à l'annonce du décès du cardinal constitue "un réel témoignage" de l'homme qu'il était, tant sur le plan spirituel que politique. M. Geagea a appelé dans un communiqué les partisans des FL et tous les Libanais à "une participation massive" aux obsèques jeudi.

Un peu plus tôt, la ministre d'Etat pour la réforme administrative, May Chidiac, a présidé une délégation des FL venue rendre un dernier hommage au patriarche Sfeir. "En tant que Forces libanaises, nous ne pouvons que saluer la mémoire du cardinal Sfeir. Sans aucun doute, il est le Saint du Liban au Ciel", a-t-elle dit. "Le patriarche Sfeir est le patriarche de la deuxième Indépendance, il nous a accompagnés dans les moments les plus durs (...)", a souligné la ministre.

Le ministre de l'Information, Jamal Jarrah, a lui aussi présenté ses condoléances "à tous ceux qui aimaient Mgr Sfeir, une grande perte nationale". Il a estimé que le patriarche émérite "a écrit l'histoire du Liban en lettres d'or sur la route de la souveraineté, de la liberté et de l'indépendance". "Il était toujours la voix de la justice, de la liberté et de la paix", a-t-il ajouté.

L'ancien Premier ministre Nagib Mikati, a de son côté affirmé que "le patriarche Sfeir est "un Libanais authentique qui a toujours maintenu ses positions nationales".



Le convoi funéraire transportant la dépouille du patriarche maronite émérite Nasrallah Sfeir sur l'autoroute de Dora, dans le nord de Beyrouth. Photo Ani



"Une perte pour l’Église"
Une délégation du Vatican conduite par le cardinal Leonardo Sandri, préfet de la Congrégation pontificale pour les Églises orientales, est par ailleurs arrivée à Beyrouth. Avant de se rendre à Bkerké, Mgr Sandri a affirmé depuis l'aéroport que "la perte de Nasrallah Sfeir est une perte pour l’Église et pour la nation" libanaise. Il a souligné que "le pape François était très proche de l’Église maronite et du peuple libanais", avant de rendre hommage "à l'esprit et à la vie qu'a menée" le patriarche émérite "au service de l’Église, du Liban, de la paix et de la réconciliation".

Dans un communiqué, l'ambassadrice de l'Union européenne au Liban, Christina Lassen, a présenté ses condoléances "à la communauté maronite et aux citoyens libanais". Pour sa part, la cheffe de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a salué, également dans un communiqué, "la contribution du patriarche émérite qui a permis de mettre un terme à la guerre civile au Liban et le rôle qu'il a joué pour la promotion du dialogue interreligieux, de la tolérance, de la diversité et de la coexistence pacifique".


Le cardinal Sfeir était connu pour son opposition farouche à la présence syrienne au Liban et pour son engagement en faveur de la réconciliation entre druzes et chrétiens. Il avait été élu en 1986 chef de la plus grosse communauté chrétienne du Liban, alors déchiré par la guerre civile. "Patriarche d'Antioche et de tout l'Orient", il avait été nommé cardinal de l’Église catholique en 1994 par le pape Jean-Paul II. Il avait présenté sa démission au Vatican en 2011 à l'âge de 90 ans.



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