Rechercher
Rechercher

Société - guerre au liban 2026

Déplacés à mobilité réduite : polémique autour du marché des primeurs de Tarik Jdidé

L’Union libanaise pour les personnes avec des handicaps physiques a mené un sit-in lundi pour revendiquer ce bâtiment, désaffecté mais vaste, qu'elle estime mieux adapté à ceux dans le besoin.

Déplacés à mobilité réduite : polémique autour du marché des primeurs de Tarik Jdidé

Des membres de la LUPD, entourant la présidente, Sylvana Lakkis, réclament davantage de structures pour les déplacés à handicap. Photo fournie par Sylvana Lakkis

« Les autorités libanaises ne prennent pas en compte les personnes à handicap en cas de catastrophes. » Le constat, formulé à L’Orient-Le Jour par Sylvana Lakkis, présidente de l’Union libanaise pour les personnes avec des handicaps physiques (LUPD), ravive le dossier de la prise en charge des personnes à mobilité réduite dans un contexte de guerre et de déplacement forcé de centaines de milliers de familles du Liban-Sud et de la banlieue sud de Beyrouth.

Un dossier remis sur le tapis lundi dernier lorsqu'une soixantaine d’activistes ont organisé un sit-in devant le marché désaffecté des primeurs de Tarik Jdidé (Beyrouth) pour réclamer que ce bâtiment soit mis à disposition des déplacés avec handicap et de leurs familles. Le mouvement a suscité le refus catégorique du président du syndicat des primeurs de Beyrouth, Souheil el-Moabbi, provoquant une polémique qui a brièvement pris une tournure communautaire sunnito-chiite, les déplacés étant majoritairement chiites et les commerçants concernés majoritairement sunnites.

« L’accueil des déplacés avec handicap dans les centres aménagés par l’État est problématique. Les toilettes ne sont pas adaptées, les bâtiments comportent des marches, les portes sont trop étroites pour les fauteuils roulants. Une personne handicapée ne peut pas dormir sous une tente car elle ne peut pas s’asseoir par terre. Souvent, lorsqu’un lieu est conforme aux normes, on impose à la personne handicapée d’être séparée de sa famille. Sans parler des autres formes de handicaps », résume Sylvana Lakkis. Elle explique ainsi avoir appris, après plusieurs rencontres avec des responsables étatiques, dont le mohafez de Beyrouth, Marwan Abboud, que le marché aux primeurs n’avait jamais ouvert ses portes. D’où sa demande qu’il soit temporairement attribué aux déplacés présentant des handicaps.

« Trois mille déplacés handicapés en attente »

Développé dans les années 2000 par l’ancien Premier ministre Rafic Hariri pour les primeurs de Beyrouth déplacés du centre-ville après la guerre civile (1975-1990), le marché a bien été construit et équipé mais n’a jamais été opérationnel « pour des raisons politiciennes », selon plusieurs parties concernées. « Pire, on estime les vols d’équipements à 600 000 dollars », déplore Souheil el-Moabbi. « Le bâtiment nécessite des réparations, mais il dispose d’ascenseurs et de 140 pièces vastes pouvant accueillir des personnes en fauteuil avec leurs familles », observe la militante.

Niet, riposte le président du syndicat des primeurs qui assure à L’OLJ avoir reçu « la promesse des autorités que le marché ouvrirait d’ici à six mois », après des décennies d’attente des commerçants. « Ce marché est la meilleure façon de contrôler les prix et de limiter l’activité des vendeurs illégaux », renchérit M. Moabbi, se défendant d’avoir tenu des propos discriminatoires envers la communauté chiite. « Pourquoi réclament-ils l’ouverture de ce bâtiment en particulier, alors que c’est un bien public consacré par la municipalité de Beyrouth aux primeurs et que nous redoublons d’efforts depuis des mois pour qu’il ouvre enfin ses portes le plus rapidement possible ? », demande-t-il, remerciant par la même occasion les autorités qui se sont conformées à son refus.

« Trois mille déplacés présentant des handicaps attendent aujourd’hui de trouver une place dans une structure aménagée en fonction de leurs besoins », dénonce Sylvana Lakkis, appelant « les autorités à se mobiliser ». « Certaines personnes sont restées chez elles au Liban-Sud, en dépit des bombardements, parce qu’aucune structure n’est suffisamment équipée pour les héberger décemment. » La militante reconnaît toutefois, se basant sur les données du Comité de gestion des catastrophes au Liban, que près de 3 000 personnes déplacées présentant des handicaps ont été hébergées dans des centres aménagés par les autorités ou les ONG spécialisées dans la prise en charge des personnes à mobilité réduite. « Certains sont conformes aux normes, d’autres non », regrette-t-elle.

Les autorités font avec les moyens du bord

Face à la polémique, l’embarras des autorités est palpable. Elles assurent néanmoins faire de leur mieux malgré « le manque de financement ». Contacté, Marwan Abboud, qui a la charge de sélectionner les centres d’accueil des déplacés à Beyrouth, reconnaît la nécessité d’améliorer l'accessibilité des centres d’accueil. « Nous travaillons sur la question, mais c’est extrêmement difficile dans l’urgence », admet-il, promettant « de nouvelles réunions » sur le sujet. Même embarras au ministère des Affaires sociales où Marie Ghia, chargée du dossier, assure que l’institution a tenté d’adapter les structures mises à sa disposition, notamment la Cité sportive de Beyrouth et les écoles publiques transformées en centres d’accueil, avec l’aide d’organisations internationales, des Nations unies et de la Croix-Rouge libanaise.

« Nous sommes mobilisés pour assurer les droits des personnes à handicap. Le ministère de la Santé fournit des pompes à oxygène et autres équipements médicaux. Nous avons aussi placé des personnes auprès d’ONG spécialisées ayant des disponibilités », explique-t-elle. Selon les estimations du ministère, quelque 2 000 déplacés handicapés sont installés dans des structures avec leurs familles. Mme Ghia reconnaît toutefois des lacunes : bâtiments non adaptés, absence de lits, toilettes inadéquates, marches infranchissables...

« Lorsque nous le pouvons, nous les installons au rez-de-chaussée et fournissons les équipements nécessaires. Mais parfois, c’est impossible. Une chose est sûre : nous n’avons rejeté aucune demande d’hébergement de personnes présentant des handicaps », assure-t-elle, affirmant que des places restent disponibles à Beyrouth et dans d’autres régions du pays.

« Les autorités libanaises ne prennent pas en compte les personnes à handicap en cas de catastrophes. » Le constat, formulé à L’Orient-Le Jour par Sylvana Lakkis, présidente de l’Union libanaise pour les personnes avec des handicaps physiques (LUPD), ravive le dossier de la prise en charge des personnes à mobilité réduite dans un contexte de guerre et de déplacement forcé de centaines de milliers de familles du Liban-Sud et de la banlieue sud de Beyrouth.Un dossier remis sur le tapis lundi dernier lorsqu'une soixantaine d’activistes ont organisé un sit-in devant le marché désaffecté des primeurs de Tarik Jdidé (Beyrouth) pour réclamer que ce bâtiment soit mis à disposition des déplacés avec handicap et de leurs familles. Le mouvement a suscité le refus catégorique du président du syndicat des primeurs...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut