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Politique - guerre au liban 2026

« Plainte » contre l'Iran : pourquoi les Affaires étrangères ont dû mettre de l'eau dans leur vin

Après une journée de silence, la diplomatie libanaise a créé la surprise, mercredi soir, en affirmant que le document transmis en avril à l'ONU n'était qu'une « lettre » en réponse à des documents iraniens similaires.

« Plainte » contre l'Iran : pourquoi les Affaires étrangères ont dû mettre de l'eau dans leur vin

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, et son homologue libanais, Joe Raggi, à Beyrouth, le 9 janvier 2026. Photo tirée du compte X de M. Raggi

Le Liban porte plainte auprès du Conseil de sécurité de l'ONU… contre l'Iran. Mercredi, cette nouvelle, qui n'avait pas été démentie par les Affaires étrangères à L'Orient-Le Jour, a fait le tour du pays. Selon le texte de la plainte, daté du 21 avril, Beyrouth accuse notamment Téhéran de « s'ingérer » dans ses décisions souveraines et d’avoir entraîné le pays dans la guerre régionale. Mais en fin d'après-midi, le ministre des Affaires étrangères Joe Raggi, pourtant initiateur de la démarche, a affirmé dans un communiqué que le Liban n'a pas déposé une « plainte » contre la République islamique, mais a émis une simple « lettre diplomatique » pour exprimer un grief. De quoi donner le sentiment que des efforts ont été menés en coulisses pour éviter d’enfoncer le clou avec Téhéran.

« Le Liban n’a pas déposé une plainte contre l’Iran. Il a présenté des réponses à des lettres que Téhéran avait adressées au Conseil de sécurité », peut-on lire dans le texte publié mercredi soir. Une référence aux positions iraniennes antérieures, rejetant les accusations du ministère libanais des Affaires étrangères, notamment quant à la présence de gardiens de la révolution au Liban sous couverture diplomatique ou encore aux multiples infractions à la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques (1961). Dernier en date des actes reprochés à Téhéran, le maintien à Beyrouth de l'ambassadeur iranien Reza Chibani, malgré son statut de persona non grata. Une décision qui est restée lettre morte sous pression du Hezbollah, obligé local de Téhéran, et du président de la Chambre, Nabih Berry.

Comment expliquer cette volte-face ? « Ce n’en est pas une, s’empresse de préciser une source gouvernementale. La polémique a éclaté parce que les médias ont mal interprété la démarche. » « Techniquement, ce n’est pas une plainte dans le vrai sens du terme », appuie une source diplomatique haut placée. Selon la première source, le Liban devait, de par les règles diplomatiques, répondre aux lettres antérieures adressées par l’Iran au Conseil de sécurité. « Nous avons donc saisi cette opportunité pour inclure dans notre réponse les infractions et ingérences commises par l’Iran au Liban », ajoute-t-elle, estimant que ce document subira un sort similaire aux nombreuses plaintes présentées pendant des années contre Israël. Comprendre : il sera gardé au Conseil de sécurité qui pourrait en débattre ultérieurement.

Un clin d’œil au tandem chiite ?

Sauf qu'aux yeux de nombreux observateurs, ce sont des pressions politiques qui ont poussé les Affaires étrangères à publier leur communiqué. Dans certains milieux politiques, on laisse entendre que le président de la République, Joseph Aoun, mais aussi le Premier ministre, Nawaf Salam, y seraient eux aussi pour quelque chose. Un constat que les milieux du palais présidentiel et du Sérail rejettent. « Dans un contexte interne volatil et à l’heure où la guerre bat son plein dans la région, personne n’a intérêt à présenter une plainte contre l’Iran et creuser davantage le fossé avec ce pays », reconnaît toutefois un proche de M. Salam.

D'autant que la démarche aurait également pu avoir des répercussions en interne. « Dans le contexte actuel, le chef de l’État n’a aucun intérêt à contrarier davantage le Hezbollah et Nabih Berry. À l’heure où les rapports entre les deux parties sont gelés – notamment en raison de l’opposition du tandem aux négociations directes avec Israël – et que des efforts sont déployés pour tenter de rétablir les ponts avec la présidence, M. Aoun a probablement voulu faire un clin d’œil au président de la Chambre », estime une source ministérielle. Selon elle, « l’heure n’est pas à la confrontation avec le duo chiite ». Et de conclure : « Cet épisode est désormais derrière nous. Aujourd’hui, tout le monde attend les négociations à Washington. Puis le pays passera à autre chose. Comme d’habitude. »

Le Liban porte plainte auprès du Conseil de sécurité de l'ONU… contre l'Iran. Mercredi, cette nouvelle, qui n'avait pas été démentie par les Affaires étrangères à L'Orient-Le Jour, a fait le tour du pays. Selon le texte de la plainte, daté du 21 avril, Beyrouth accuse notamment Téhéran de « s'ingérer » dans ses décisions souveraines et d’avoir entraîné le pays dans la guerre régionale. Mais en fin d'après-midi, le ministre des Affaires étrangères Joe Raggi, pourtant initiateur de la démarche, a affirmé dans un communiqué que le Liban n'a pas déposé une « plainte » contre la République islamique, mais a émis une simple « lettre diplomatique » pour exprimer un grief. De quoi donner le sentiment que des efforts ont été menés en coulisses pour éviter d’enfoncer le clou...
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