Le représentant permanent du Liban auprès de l’ONU, Ahmad Arafa, s’exprime lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité des Nations unies sur le Liban, au siège de l’ONU à New York, le 31 mars 2026. Photo AFP/Charly Triballeau
Le Liban a adressé au Conseil de sécurité des Nations unies une lettre dans laquelle il dénonce des « violations des conventions internationales » et une « ingérence directe et flagrante dans les affaires internes du Liban », attribuées à des actions liées à l’ambassade d’Iran à Beyrouth et à des acteurs iraniens, selon le document officiel transmis à l’ONU. Le texte conteste également plusieurs éléments contenus dans des communications iraniennes relatives à la mort de diplomates iraniens à Beyrouth lors d’une frappe israélienne.
Dans un communiqué, le ministère libanais des Affaires étrangères a précisé que ce document ne constituait pas une plainte formelle contre l’Iran, mais une réponse à des lettres adressées par Téhéran au Conseil de sécurité. Cette mise au point intervient après que plusieurs médias, dont Independent Arabia, ont évoqué le dépôt d’une première plainte libanaise contre l’Iran auprès de l’ONU.
Datée du 21 avril 2026 et enregistrée sous la référence S/2026/343, la lettre a été transmise au Secrétaire général de l'ONU et à la présidence du Conseil de sécurité par le représentant permanent du Liban à l’ONU, Ahmad Arafa, qui affirme agir « sur instructions du gouvernement libanais ». Le document revient sur plusieurs correspondances iraniennes accusant Israël d’avoir assassiné des diplomates iraniens sur le territoire libanais.
Dans ce texte consulté par L'Orient-Le Jour, les autorités libanaises accusent les gardiens de la révolution iraniens « d’actes illégaux commis en défiant ouvertement des décisions du gouvernement libanais et d’avoir entraîné le Liban dans une guerre dévastatrice », et évoque « des violations claires commises par l’ambassade d’Iran à Beyrouth de la Convention de Vienne de 1961 sur les relations diplomatiques ».
La lettre conteste aussi la version iranienne des événements concernant l’assassinat de diplomates iraniens à Beyrouth en mars, après une frappe israélienne visant un hôtel de la capitale. Selon Téhéran, son ambassade avait informé les autorités libanaises du transfert de ces diplomates vers le Ramada Hotel, ciblé lors de l’attaque. Le ministère libanais des Affaires étrangères affirme, pour sa part, qu’aucune coordination n’a eu lieu avec l’ambassade iranienne concernant ce déplacement. Beyrouth précise également que certains des tués n’étaient pas officiellement enregistrés comme diplomates, en violation des procédures de la Convention de Vienne.
Des diplomates gardiens de la révolution
La lettre indique, en outre, que l’ambassade iranienne « n’a pas notifié le Liban de la présence de deux individus parmi les six diplomates tués, Ahmad Rasouli et Amir Moradi, contrairement à l’article 10 de la Convention de Vienne », qui impose l’obligation d’informer l’État hôte du statut des membres des missions diplomatiques. « Le ministère libanais des Affaires étrangères a par la suite demandé à deux reprises à l’ambassade d’Iran une liste actualisée de son personnel diplomatique mais n’a reçu aucune réponse », ajoute le communiqué.
Le document fait également référence à des médias iraniens selon lesquels « les six diplomates seraient en réalité des membres des gardiens de la révolution et des images diffusées les montraient en uniforme militaire ». Le Liban estime que ces éléments pourraient constituer une violation de l’article 41 de la Convention de Vienne, qui interdit toute ingérence dans les affaires internes du pays hôte et l’usage des locaux diplomatiques à des fins incompatibles avec leurs fonctions diplomatiques.
Il est également fait mention d’une annonce, le 11 mars, des gardiens de la révolution, évoquant une première opération conjointe avec le Hezbollah depuis le début des hostilités, visant plus de 50 cibles en Israël à l’aide de missiles et de drones. Le Liban souligne le caractère « très préoccupant » de cet événement.
La lettre revient aussi sur le refus de l’Iran de se conformer à la décision libanaise de déclarer persona non grata l’ambassadeur de ce pays, Mohammad Reza Raouf Chibani, sommé de quitter le territoire avant le 29 mars. Le ministère libanais des Affaires étrangères a estimé que ses actions constituaient « une violation manifeste de la Convention de Vienne, tant par ses déclarations médiatiques considérées comme une ingérence dans les affaires internes du Liban que par son refus de se conformer à la décision de l’État hôte de quitter le territoire ».
Le Hezbollah et Israël se sont livrés à une guerre du 2 mars au 16 avril, rompant un cessez-le-feu fragile de 15 mois, consécutif au conflit de 2023-2024. Malgré une nouvelle trêve conclue le 16 avril, des affrontements se poursuivent dans le sud du Liban, avec des centaines de personnes tuées dans des attaques israéliennes. Parallèlement, le Hezbollah mène quotidiennement des dizaines d’attaques, visant principalement les forces israéliennes présentes au Liban.
En avril, l'ambassadeur Arafa avait déjà imputé au Hezbollah la responsabilité de l’escalade lors d’une session du Conseil de sécurité, critiquant le parti pour avoir « décidé unilatéralement de faire la guerre alors que le gouvernement libanais était ouvert au dialogue ».
Les tensions entre le Liban et l’Iran se sont récemment intensifiées, alors que Beyrouth cherche à prendre ses distances avec Téhéran après des années d’influence iranienne à travers le Hezbollah. En décembre 2025, le ministre libanais des Affaires étrangères, Joe Raggi, a présenté ses excuses pour avoir décliné une invitation de son homologue iranien à se rendre à Téhéran, affirmant être disposé à se rencontrer plutôt dans un pays tiers neutre. Un mois plus tard, M. Raggi a rencontré le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, à Beyrouth, exhortant Téhéran à soutenir « directement l’État libanais » plutôt que le parti-milice.


Trop peu et trop tard.
19 h 52, le 13 mai 2026