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Politique - Décryptage

Le Liban demande aux États-Unis d’être plus compréhensifs


Les yeux des Libanais sont tournés vers Washington où une nouvelle page de l'histoire est peut-être en train de s’écrire. Mais des responsables libanais qui suivent de près le dossier des négociations entre Beyrouth et Tel-Aviv restent prudents. Selon eux, un processus a certes été déclenché, mais il risque d’être long car il s’agit d’un changement en profondeur qui ne concerne pas seulement le Liban, mais aussi l’ensemble de la région, alors que le médiateur américain ne serait pas vraiment à égale distance des deux parties.

Certes, le président américain s’intéresse de près au dossier libanais et l’a pris personnellement en charge, car, toujours selon les mêmes responsables, il pensait qu’il serait le plus facile à gérer. Mais c’est mal connaître les complexités de la réalité libanaise. Donald Trump voudrait donc obtenir le plus rapidement possible un accord entre le Liban et Israël et pouvoir exposer la fameuse photo de la poignée de mains entre le président Joseph Aoun et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu. Il a même envoyé à Beyrouth, pour accélérer le processus, un de ses proches, en nommant Michel Issa ambassadeur des États-Unis au Liban. Dans ses rencontres avec les responsables libanais, ce dernier ne cesse d’ailleurs de les surprendre, par sa franchise et son style diplomatique « particulier ». Parmi les phrases chocs qu’il aurait utilisées, selon plusieurs responsables, Michel Issa aurait ainsi demandé : Entre Israël et le Hezbollah, où vous situez-vous ? Et comme les réponses n’ont pas dû lui plaire, il aurait lancé cette phrase : « Vous ne savez donc pas encore distinguer l’ennemi de l’ami »... De même, Issa aurait aussi demandé à un de ses interlocuteurs libanais : « Avez-vous remarqué que la banlieue sud de Beyrouth est actuellement épargnée des bombardements israéliens ? », avant d’ajouter : « Nous n’avons pourtant entendu aucun remerciement à ce sujet... » Ce langage direct est certainement étonnant dans le monde de la diplomatie, mais les Libanais ont commencé à s’habituer à cette nouvelle approche qui, pour eux, a au moins le mérite d’être claire et d’aller droit au but.

Toutefois, dans les circonstances actuelles, et alors que la guerre fait rage au Sud, le Liban n’est pas prêt à aller aussi loin et aussi vite que le souhaitent le président américain et son administration. C’est pourquoi il a placé comme condition primordiale pour la poursuite des négociations l’annonce d’un cessez- le-feu total qui ouvrirait la voie à des pourparlers concrets, qui porteraient, dans une première étape, sur la conclusion d’arrangements de sécurité le long de la frontière et au Sud en général, avant d’aller plus loin, vers ce que certains responsables appellent « un accord d’armistice plus ». La démarche paraît logique, surtout que le Liban refuse le scénario « des négociations sous le feu », car cela permettrait aux Israéliens de faire pression sur le cours des pourparlers en utilisant l’arme des raids et des attaques. Mais le problème avec cette condition, c’est que les Israéliens exigent de conserver le droit de continuer à frapper le Hezbollah, là où ils le jugent nécessaire. La seule nuance qui pourrait être acceptée par les Israéliens, à la demande des Américains, serait d’épargner les civils, dans la poursuite de leurs attaques ciblées contre le Hezbollah et ses installations militaires. Le Liban pourrait donc n’avoir d’autre choix que d’accepter de facto cette condition israélienne, mais elle ne fera que compliquer sa position dans les pourparlers à venir.

Le Liban doit en effet affronter le manque de confiance américano-israélien dans sa détermination à mettre un terme au bras armé du Hezbollah et à tous ses moyens militaires, surtout après ce que les Américains et les Israéliens considèrent comme le grand bluff du désarmement dans la zone au sud du Litani. En même temps, le Liban officiel ne veut pas donner l'impression d’être – comme cherchent à le montrer les Israéliens – sur la même longueur d’onde avec Israël dans la lutte contre le Hezbollah. Même si l’objectif recherché par les deux parties peut paraître identique, par certains aspects, il y a quand même une différence énorme : le Hezbollah reste libanais aux yeux des responsables, même s’il reçoit des armes, des fonds et des formations militaires de la part de l’Iran. C’est pourquoi les responsables restent convaincus qu’il faut éviter toute friction entre l’armée et le Hezbollah, alors que les Israéliens, eux, affirment qu’ils ne seront pas convaincus du sérieux et de l’efficacité de l’État libanais si de telles frictions ne se produisent pas. Ce qui rend difficile la concrétisation de la proposition faite récemment par les Américains de former une unité militaire spéciale au sein de l’armée, chargée de désarmer concrètement le Hezbollah et de démanteler ses installations militaires. Cela pourrait en effet être interprété comme la création d’une force au sein de l’armée qui aurait une sorte de statut spécial et pourrait remettre en cause l’unité de la troupe et sa mission de base au service de l’État et des Libanais en général.

Il est clair, après cet exposé, que le processus des négociations entamé jeudi reste très compliqué, pour des raisons purement internes libanaises et en raison des développements régionaux. Selon certains responsables, ce processus pourrait prendre un an ou deux et peut-être même plus, afin que le Liban soit prêt à conclure un accord même minimal avec Israël. Mais le problème, c’est que Donald Trump est pressé et que le Liban ne peut pas attendre si longtemps alors que le Sud brûle et que la question des déplacés devient de plus en plus pressante, notamment au niveau de la cohésion interne. Pour toutes ces raisons, le Liban essaye de convaincre les Américains d’être plus compréhensifs à l’égard de la réalité libanaise. Il mise aussi sur un rôle positif de la part de l’Arabie, de l’Égypte et d’autres États de la région... tout en gardant un œil sur les développements entre l’Iran et les États-Unis.

Les yeux des Libanais sont tournés vers Washington où une nouvelle page de l'histoire est peut-être en train de s’écrire. Mais des responsables libanais qui suivent de près le dossier des négociations entre Beyrouth et Tel-Aviv restent prudents. Selon eux, un processus a certes été déclenché, mais il risque d’être long car il s’agit d’un changement en profondeur qui ne concerne pas seulement le Liban, mais aussi l’ensemble de la région, alors que le médiateur américain ne serait pas vraiment à égale distance des deux parties.Certes, le président américain s’intéresse de près au dossier libanais et l’a pris personnellement en charge, car, toujours selon les mêmes responsables, il pensait qu’il serait le plus facile à gérer. Mais c’est mal connaître les complexités de la réalité libanaise....
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