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Liban

Une première version « soft » du budget à prévoir avant l’intégration de mesures plus douloureuses

Gouvernement

L’examen du budget a enfin été fixé à mardi prochain.


26/04/2019

C’est une fuite en avant vers laquelle semble s’acheminer le Conseil des ministres en matière de budget, dont l’examen a déjà été retardé plus d’une fois, histoire de préparer le terrain mais surtout les esprits en amont de l’adoption de mesures d’ores et déjà présumées douloureuses mais dont personne n’ose encore annoncer la couleur.

Ayant soigneusement évité de distribuer, la veille, aux ministres l’avant-projet du budget de 2019, le gouvernement, qui s’est réuni hier à Baabda pour plancher sur un ordre du jour plutôt ordinaire, a enfin tranché pour ce qui est de l’examen du contenu de la loi de finances : le jour J a été fixé à mardi prochain, comme l’a annoncé hier le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil. À partir de cette date, les réunions se succéderont jusqu’à la finalisation du projet, a encore promis le ministre.

Entre-temps, le flou le plus total continue d’entourer la teneur de l’avant-projet et la valse d’informations mélangées aux rumeurs se poursuit. Il en va de même pour les solutions que s’évertuent à présenter, l’une après l’autre, les différentes parties, comme substituts aux mesures impopulaires qui risquent d’être adoptées, tôt ou tard, dans la foulée.

Parmi les décisions difficiles, figure la question des coupes dans les salaires des fonctionnaires du secteur public, toujours envisageables au cas où les mesures supplétives s’avéreraient insuffisantes pour réduire les dépenses. Une décision qu’aucun des pôles politiques ne semble vouloir parrainer pour l’heure, par peur de la colère qu’elle risque de susciter auprès de leurs bases respectives. Le ministre des Finances est ainsi revenu hier à la charge pour insister sur le fait que le prochain budget « ne comportera ni nouvelles taxes ni réductions de salaire ». Une hypothèse qui n’est pourtant pas écartée en coulisses, certains ministres préférant édulcorer la formule en évoquant plutôt des coupes dans les « allocations et compensations diverses qui profitent à une certaine catégorie de fonctionnaires ». Dans les milieux proches des Forces libanaises, on souligne que les mesures à prendre seront beaucoup plus « difficiles à assumer par les responsables qu’à absorber par l’homme de la rue ». Et pour cause : personne ne semble disposé à en assumer le prix politique. D’où la probabilité de voir le gouvernement adopter une version « soft » du projet de budget, quitte à repousser la difficile besogne d’introduire une dose supplémentaire d’austérité à la phase ultérieure, celle des amendements en commission parlementaire, généralement moins médiatisée que les séances du Conseil des ministres.


(Lire aussi : Budget : c’est à la classe dirigeante, et non au peuple, de payer pour ses erreurs)


C’est ainsi que l’on pourrait comprendre les propos du chef du gouvernement, Saad Hariri, qui, si l’on en croit des sources informées, a indiqué en Conseil des ministres que le « premier avant-projet qui sera étudié mardi prochain ne sera pas suffisamment austère », laissant entendre qu’il le deviendra progressivement.Il reste que la marge de manœuvre des dirigeants est aussi limitée que le temps dont ils disposent pour adopter un budget viable qui soit conforme aux engagements pris par le Liban lors de la conférence de Paris dite CEDRE, le 6 avril 2018, afin de débloquer les plus de 11 milliards de dollars de prêts et dons promis par ses soutiens en échange.

Une des priorités du gouvernement Hariri III et du Parlement élu il y a un an est en effet de réduire de cinq points le ratio déficit public/PIB sur autant d’années consécutives. De plus, les députés ont autorisé, en mars, l’État à se financer selon la règle du douzième provisoire – une nouvelle fois déformée pour l’occasion après avoir permis aux dirigeants de se passer de budget de 2006 à 2017 – jusqu’au 31 mai. Cela veut dire que les dirigeants n’ont plus qu’un mois à partir de la réunion de mardi pour adopter le projet de budget en Conseil des ministres, le transmettre aux commissions parlementaires qui devront à leur tour examiner le texte avant qu’il soit adopté par le Parlement et enfin publié au Journal officiel.

Il y a un peu plus d’une semaine, le ministre des Finances avait indiqué que l’avant-projet de budget tablait sur un ratio déficit/PIB de moins de 9 % qui sera « transparent et réaliste » – le déficit de 2018 a dépassé de plus d’un milliard de dollars celui inscrit dans le budget prévisionnel. Le ministre avait affirmé s’être fondé sur une prévision de croissance de 1,5 % en 2019, contre 0,9 % pour la Banque mondiale, et 1,3% pour le Fonds monétaire international. Il n’y a en revanche aucune certitude pour l’instant sur les mesures privilégiées pour parvenir à réduire les dépenses publiques, qui ont fortement augmenté en 2018 suite à l’adoption de la grille des salaires de la fonction publique, dont l’estimation initiale du coût avait été sous-évaluée dans le budget provisionnel de 2018, voté en mars de la même année.



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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CE N,EST QUE LE COMMENCEMENT. LORSQUE LA BANQUE MONDIALE ET LE FOND MONETAIRE INTERNATIONAL Y METTENT LA MAIN LES MESURES Y IRONT CRESCENDO. IL FAUT S,Y PREPARER PSYCHOLOGIQUEMENT. CAR MATERIELLEMENT ON Y EST OBLIGE DE SE SOUMETTRE BIEN QU,ON EST INNOCENT ET QUE LA FAUTE REVIENT EXCLUSIVEMENT A NOS ABRUTIS CORROMPUS, IGNORANTS, INCOMPETENTS ET M,ENFOUTISTES. IL NE FAUT SURTOUT PAS QUE CES DERNIERS Y ECHAPPENT. REDUISEZ OU ANNULEZ LEURS SALAIRES -AU PLURIEL- ET LEURS AVANTAGES ET SOUMETTEZ-LES A LA -MEN AYNA LAKA HAZA- ! SINON LE PEUPLE QUI VA SOUFFRIR DANS SA PEAU, DANS SA SANTE ET DANS SA POCHE NE PARDONNERA POINT !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL FAUT METTRE LE COUTEAU DANS LA PLAIE !

Irene Said

Faut surtout pas vous presser, ni trop vous fatiguer, Messieurs nos responsables, ce serait mauvais pour votre santé !
On a largement le temps...près de 200 commerces ont fermé en 15 mois, à cause de la situation économique déplorable du pays.
Mais cela ne semble pas vraiment vous titiller vos consciences...vous-mêmes recevez largement de quoi vivre confortablement, et le petit peuple...en-bas...le connaissez-vous...pour savoir ce qu'il vit chaque jour ???

Ne touchez surtout pas à vos salaires de présidents, ministres etc., et aux privilèges qui s'y attachent...cela ferait mauvaise impression à ceux qui vous encensent du matin au soir et profitent des miettes que vous leur jettez pour les garder à votre dévotion et service !
Irène Saïd

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