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Liban

Élie Keyrouz relance les dossiers du mariage forcé des mineures et du viol conjugal

L’ancien député FL regrette les luttes intestines au sein de la société civile.

08/03/2019

En cette journée internationale des droits de la femme, l’ancien député Élie Keyrouz invite la classe politique et la société civile libanaises à faire avancer les dossiers du mariage forcé des fillettes et du viol conjugal. Deux dossiers en faveur desquels il s’est engagé sans compromis durant ses mandats parlementaires, de 2005 à 2018. D’une part, il a présenté une proposition de loi au Parlement pour élever l’âge du mariage des filles à 18 ans, et, d’autre part, il a présenté un amendement visant à criminaliser le viol conjugal. « Je tiens, en cette journée internationale des droits de la femme, à rappeler ces deux causes qui touchent la femme libanaise et arabe, le mariage précoce et forcé des mineures, et le viol conjugal », a-t-il souligné hier dans un communiqué, tout en invitant « les sociétés arabes à accorder davantage de liberté et d’égalité aux femmes ». Qu’adviendra-t-il de ces deux causes, maintenant que l’ancien député des FL ne siège plus dans l’hémicycle pour ne s’être pas présenté aux législatives de mai 2018 ? Élie Keyrouz répond à une interview expresse de L’Orient-Le Jour.

Pouvez-vous expliquer votre engagement pour les causes du mariage forcé des fillettes et du viol conjugal ?

Beaucoup de dossiers demeurent en suspens, concernant les droits des femmes au Liban et dans le monde arabe. J’ai voulu attirer l’attention sur les deux dossiers du mariage forcé des fillettes et du viol conjugal afin que le travail parlementaire que j’ai accompli se poursuive.

Commençons par le mariage des mineures. J’estime que la fillette ne jouit d’aucune liberté de décision, que sa famille la marie. C’est la raison pour laquelle je considère qu’il s’agit de mariage forcé, d’une atteinte aux droits de la femme et de l’enfance. Car la fillette et jusqu’à l’âge de 18 ans révolus a le droit de vivre son enfance en toute sécurité. J’insiste pour que l’âge du mariage soit fixé à 18 ans, l’âge adulte universel, sans exception aucune. J’invite toutes les parties à repenser l’institution du mariage, à y voir une union à deux basée sur l’amour et le libre choix, et non pas un acte lié à la puberté et la reproduction.

Quant au viol conjugal, qui porte atteinte à la liberté et à la dignité de la femme, je trouve honteux que dans le code pénal libanais, les deux articles 503 et 504 se limitent à criminaliser le viol non conjugal. C’est comme si la violence ou la menace exercée par un époux envers sa femme pour la forcer à une relation sexuelle était acceptée et légalisée. La femme n’est pourtant pas un objet à la disposition de l’homme. La loi se doit de la protéger de toute atteinte à son intégrité physique et morale.


(Pour mémoire : Élie Keyrouz, un juriste et un militant)


Est-il possible de faire avancer ces deux dossiers face à l’entêtement des hommes de religion ?

Il est indispensable que les deux causes du mariage forcé et du viol conjugal soient largement relayées par l’opinion publique. Qu’elles prennent la forme d’une lutte continue qui fédère les parlementaires, la société civile et l’opinion publique. Comme l’a été la lutte contre la violence faite aux femmes. Malheureusement, les associations féministes libanaises ne parviennent pas à se mobiliser ensemble dans un objectif commun. Bien au contraire, elles luttent les unes contre les autres. Et cela nuit à leurs causes. Quant aux parlementaires, ils devraient former une coalition pour fixer à 18 ans l’âge du mariage au Liban ou contre le viol conjugal. Tout en gardant en mémoire que des parlementaires ont réussi à écarter du débat le viol conjugal lors de l’adoption de la loi contre la violence domestique. Il faut toutefois prendre conscience de la nécessité de changer les mentalités et pas seulement les lois.

Qui reprend le flambeau depuis que vous ne siégez plus au Parlement ?

Mon combat pour les droits de la femme se poursuit au-delà de l’hémicycle et du champ politique. Mais au Parlement, mes confrères des Forces libanaises prennent le relais. Les députés Sethrida Geagea (avec laquelle j’ai collaboré pour plusieurs propositions de lois) et Georges Okais se chargent désormais du dossier du viol conjugal. Quant au dossier du mariage précoce, il est aujourd’hui pris en charge par Eddie Abillama et Georges Okais.




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Tina Chamoun

Penser à faire figurer 'Pas ce soir chéri, j'ai la migraine" dans le texte de la loi contre le viol conjugal. Plus sérieusement, je pense que ces deux sujets sont actuellement beaucoup plus urgents que le mariage civil où les couples ont toujours la liberté de le célébrer à l'étranger.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PEINE PERDUE !
POUR LE MARIAGE FORCE DES MINEURES UNE COMMUNAUTE S,Y CONFORMERA OU PLUTOT S,Y CONFORME.
POUR LE VIOL CONJUGAL AUCUNE COMMUNAUTE N,Y SOUSCRIRA COMPLETEMENT. CHEZ LES UNS LA FEMME EST UN OBJET POUR ASSOUVIR LES DESIRS ET CHEZ LES AUTRES SON CONSENTEMENT EST UN DEVOIR. RARES CHEZ LES AUTRES CEUX QUI DEMANDENT LE CONSENTEMENT DU MOMENT !

Sarkis Serge Tateossian

Brisez les tabous et libérez la parole ...
C'est la seule manière d'assainir les sociétés.
La vérité ne doit jamais faire peur, au contraire.

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