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La Dernière

Les femmes iroquoises, pionnières du Women’s Lib

Oublié le folklore des Peaux-Rouges! Retour sur les Amérindiennes, premières femmes libérées que l’on célèbre aujourd’hui.

08/03/2019

C’est chez les Amérindiennes que se trouvent les racines du Women’s Lib et le droit de vote arraché au pays de l’Oncle Sam par les suffragettes en 1920. Telle est la conclusion historique de Sally Roesch Wagner, une éminente chercheuse dans le domaine féministe. Dans le cadre de la Journée internationale de la femme, célébrée aujourd’hui, elle a publié un ouvrage porteur de ce message, intitulé The Women’s Suffrage Movement, dans lequel elle parle de ce droit qui a permis aux femmes, en 1920, d’aller aux urnes. Pour elle, ce mouvement trouve ses racines au temps des autochtones. La semaine dernière, elle confiait au New York Times qu’elle voulait donner une voix aux femmes que l’histoire avait oubliées : « L’histoire n’est pas seulement ce qui est arrivé, il y a aussi les personnes qui racontent l’histoire », a-t-elle insisté. L’auteure a choisi d’explorer les conditions de la femme durant des décennies à travers les différentes cultures. Ce qu’elle a également effectué dans une précédente étude intitulée Sisters in Spirit, où elle démythifie certaines idées reçues.


(Lire aussi : Finissons-en avec la journée des femmes, l’édito de Émilie SUEUR)


Le pouvoir aux femmes

Ainsi, selon elle, bien avant l’arrivée des colons sur le sol américain et le combat moderne des femmes pour l’égalité avec les hommes, les habitantes déjà sur place jouissaient d’un rôle politique pareil à celui de leurs partenaires masculins. Sally Roesch Wagner met en relief le fait que certaines tribus, dont celle des Iroquois, reposaient sur le système matriarcal, avec notamment l’autorité donnée à la doyenne de la communauté de nommer le chef. Avec un conseil des femmes aînées qui pouvait le désister de ses fonctions en cas de mauvaise gestion ou s’il n’écoutait pas la voix du peuple. La sœur du chef était historiquement responsable de nommer son successeur. Les femmes étaient aussi en charge des propriétés familiales et du droit d’héritage. Traditionnellement, les hommes et les femmes avaient des rôles séparés et jouissaient d’une égalité dans le pouvoir. En se mariant, le jeune couple vivait dans la maison commune de la famille de l’épouse. Une femme désireuse de divorcer d’un mari fainéant ou peu coopératif pouvait lui demander de quitter la maison en emportant ses possessions. Dans ce cas, la garde des enfants lui revenait. Quant à leur éducation – divorce ou pas –, elle relevait du clan matriarcal et les frères de la femme étaient en charge de leur instruction, spécialement de les former à leur rôle d’homme dans la société.

Tout cela coulait de source sans aucun combat pour l’égalité des sexes. Pour l’historienne, cette culture amérindienne qui donnait à la femme une place prioritaire dans la vie de la société aurait influencé les descendantes des pionniers au moment d’établir le Nouveau Monde. Ces dernières et leurs enfants étaient totalement sous la coupe du mari, ne pouvant personnellement rien posséder et, bien sûr, étant complètement absentes de la vie sociale et politique. Certaines d’entre elles, dont la fibre féministe avait commencé à vibrer, s’étaient liées d’amitié avec des Iroquoises, désireuses par la même occasion de connaître leur mode d’existence. Elles avaient été bien accueillies dans les tribus qui leur avaient même attribué des prénoms relevant de leur culture, en plus de leur identification européenne. La bonne parole libératrice a été ainsi semée à tout vent par les premières féministes, toutes cultures confondues, et dont on a peu parlé. La chercheuse se réfère en particulier à Matilda Joslyn Gage, une Aborigène de la fin du XIXe siècle, et à deux Afro-Américaines, Sarah Mapps Douglass et Harriet Purvis (même période). Cet effort collectif avait nourri, plus tard, les ambitions des Américaines qui, sous l’appellation de « suffragettes », ont mené une lutte pour obtenir le droit de voter.

Gloria Steinem, papesse du féminisme contemporain, qui signe la préface du dernier ouvrage de Mme Wagner, met elle aussi l’accent sur ce qu’elle appelle « le paradigme de la société amérindienne, qui n’était pas hiérarchique mais circulaire ». Il s’agissait d’un système de liens et non de rangs. Toute prise de décision était issue de la tenue de plusieurs tables rondes, dans une égalité entre les participants. « Un concept, précise-t-elle, convaincant pour Benjamin Franklin, l’un des pères fondateurs et l’un des signataires de la déclaration d’indépendance des États-Unis, qui avait convié des conseillers iroquois à la convention de la rédaction de la Constitution US. À leur arrivée, ces conseillers avaient d’abord demandé : Où sont les femmes ?  »


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Wlek Sanferlou

Très intéressant. Ça ouvre les yeux et met les choses en perspective.
Félicitations pour le jour de la femme le jour de la vrai égalité!

Sarkis Serge Tateossian

Honneurs à toutes les femmes du monde.

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