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Liban

Hariri entre les élans de solidarité et les attaques frontales

Gouvernement
10/12/2018

Alors qu’il fait l’objet des critiques acerbes des députés sunnites prosyriens et qu’il pâtit dernièrement d’un désaccord avec le président de la République Michel Aoun, le Premier ministre désigné Saad Hariri a néanmoins bénéficié de l’appui de la scène politique sunnite libanaise le week-end dernier, voire du soutien du Conseil de coopération du Golfe, qui était réuni hier pour son 39e sommet à Riyad, en Arabie saoudite. Dans son communiqué final hier soir, le CCG a exprimé le souhait que « le Premier ministre désigné réussisse à former un gouvernement d’union nationale qui puisse satisfaire aux aspirations du peuple libanais frère, consolider la sécurité et la stabilité du Liban et réaliser un progrès économique (...) ». Appelant par ailleurs l’ensemble des forces politiques à « consolider l’unité nationale et faire prévaloir les intérêts généraux qui rassemblent les Libanais », le CCG s’en est pris au « rôle de l’Iran et à l’organisation terroriste du Hezbollah qui sape la stabilité du Liban, affaiblit ses institutions politiques et sécuritaires, étiole son unité nationale et encourage les conflits sectaires et confessionnels sur son territoire ».

« Nous refusons le rôle que joue l’Iran dans la politique intérieure du Liban ainsi que le rôle destructeur du Hezbollah », a souligné le ministre saoudien des Affaires étrangères, Adel Joubeir, lors d’une conférence de presse clôturant le sommet, tout en exprimant son soutien à M. Hariri dans ses efforts visant à former le nouveau cabinet. Un appui qui intervient au moment où les députés sunnites proches du 8 Mars continuent de demander à être intégrés au gouvernement, en dépit du refus de Saad Hariri. Le Premier ministre désigné avait même été secoué la semaine dernière par l’annonce de Michel Aoun de vouloir adresser un message au Parlement qui paverait la voie à de nouvelles consultations contraignantes. Le chef de l’État serait néanmoins en passe d’abandonner ce projet, selon une source proche du dossier interrogée par L’Orient-Le Jour.

Entre-temps la formation du gouvernement n’avance pas et chacun campe sur ses positions. M. Hariri a rejeté la proposition du ministre sortant des Affaires étrangères, Gebran Bassil, de former un cabinet de 32 ministres, tandis que ce dernier persiste à obtenir le tiers de blocage, note cette source, qui précise qu’il n’y a toutefois pas de risque que Saad Hariri démissionne ou qu’il renonce à la formation du gouvernement.

Selon un analyste politique, la situation sécuritaire et économique semble avoir pris pour l’heure le dessus sur la formation du gouvernement. Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, aurait ainsi demandé un rendez-vous au président Aoun afin de lui présenter un plan de sauvetage économique, tandis que M. Hariri s’envolera pour Londres demain pour assister à un forum économique.


(Lire aussi : Gouvernement : le désaccord Aoun-Hariri en passe d’aggraver la crise)


« Il ne jettera pas l’éponge »
Les soutiens sur la scène sunnite au Premier ministre désigné se sont en tout cas multipliés hier. « Il faut rester solidaires de Saad Hariri car la situation économique du pays est très mauvaise », a ainsi prévenu le ministre sortant de l’Intérieur Nouhad Machnouk, lors d’une conférence pour le développement de Beyrouth. « Saad Hariri ne se récusera pas, il ne jettera pas l’éponge et ne changera pas ses positions, quelles que soient les pressions exercées sur lui », a-t-il ajouté.

Même son de cloche chez l’ancien député Moustapha Allouche, qui a déclaré sur Radio Liban : « Personne ne peut retirer la désignation de M. Hariri, même pas le Parlement, à moins que le Premier ministre désigné ne décide de jeter l’éponge. Saad Hariri ne constituera un gouvernement que s’il en est réellement le chef. » Parallèlement, plusieurs autres voix sunnites ou faisant partie de l’orbite haririenne sont montées au créneau pour soutenir M. Hariri.

Plus mesuré, le chef du Parti socialiste progressiste, Walid Joumblatt, a réitéré hier son souhait de voir le gouvernement « rapidement formé ». « Le plus important est que les deux groupes (14 et 8 Mars) fassent des concessions pour le bien du Liban », a dit le leader druze lors de la commémoration du centième anniversaire de la naissance de Kamal Joumblatt à Moukhtara.


(Lire aussi : Formation du gouvernement libanais : l’ombre de Damas)


La charge du 8 Mars
Parmi les voix du 8 Mars qui mènent la charge contre le Premier ministre désigné, l’ancien ministre Wi’am Wahhab, qui s’en est pris une nouvelle fois hier au président du Conseil après l’intervention des forces de l’ordre la semaine dernière dans son village de Jahiliyé. « Saad Hariri, tu n’auras pas raison de nous avec des aventures illusoires, a ainsi martelé Wi’am Wahhab, lors d’une cérémonie partisane. Nous te faisons assumer la responsabilité du sang qui a été versé et qui restera sur tes mains (...) », a dit M. Wahhab, en référence à la mort de son garde du corps lors des événements qui ont secoué Jahiliyé au tout début du mois. Une vidéo de partisans du notable druze diffusée sur les réseaux sociaux montrait hier des hommes armés et cagoulés menaçant M. Hariri. De même, le caïd sunnite pro-Assad de Beyrouth, Chaker Berjaoui, a exprimé sur Twitter sa volonté de « fermer la maison politique des Hariri ».

Les députés sunnites pro-Damas ont quant à eux maintenu le même discours et les mêmes doléances. « M. Hariri peut continuer à occuper la position de Premier ministre désigné jusqu’à la fin du mandat Aoun et rien dans la Constitution ne permet de mettre un terme à sa mission. Le seul moyen pour y mettre un terme est qu’il se désiste volontairement », a ainsi écrit le député Fayçal Karamé sur Twitter, samedi, dans ce qui ressemblait toutefois à une candidature en demi-teinte à la succession de M. Hariri en cas de désistement de ce dernier.

Le Hezbollah, désigné comme le maître de marionnettes dans toute cette affaire, a appelé hier quant à lui, par la voix du chef de son groupe parlementaire Mohammad Raad, Saad Hariri à « revoir sa copie ». « Le problème de la formation du gouvernement est interne et précisément chez le Premier ministre désigné qui fait une erreur de calcul, et les gens n’ont pas à supporter cette erreur », a déclaré M. Raad lors d’une célébration partisane à Nabatiyé. « Il doit revoir ses calculs », a-t-il encore dit, en plaidant pour la représentation des députés de la Rencontre consultative sunnite.


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Honneur et Patrie

Sayyed Mohammad Raad, revoyez votre copie :
Tunnels à la frontière libanaise et ministre sunnite pro-syrien anti-Hariri dans le gouvernement de Hariri... C'est trop....
Sans aucun tunnel à la frontière libanaise et des sunnites pro-syriens dans l'opposition... C'est mieux.

Gebran Eid

JE VIENS D'APPRENDRE QUE TAYMOUR A PRÉSENTÉ UN PLAN POUR SAUVER L'ÉCONOMIE AU LIBAN...IL L'A PRÉSENTÉ À BERRI. IL EST OÙ LE PROBLÈME DONC ? VIVE LA NATION.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES CHOSES VONT TRES MAL POUR LE PAYS ECONOMIQUEMENT, POLITIQUEMENT ET MILITAIREMENT. SEUL LE PRESIDENT AUTO-PROCLAMÉ -FORT- POURRAIT AVEC LE P.M. DESIGNE PROCLAMER LE GOUVERNEMENT QU,ILS AVAIENT CONVENU CONSTITUTIONELLEMENT ET INCLURE DES CHIITES LIBRES SI LE HEZBOLLAH REFUSE DE NOMMER SES MINISTRES. SAUVER LA PATRIE DEVRAIT ETRE LE MOT D,ORDRE, ET LE TEMPS Y TRAVAILLE POUR LE CONTRAIRE !
DE GRACE, PRESIDENT AOUN -LE FORT- DECIDEZ DANS LE BON SENS ET SAUVEZ LA PATRIE ! ET SOYEZ FORT !!!

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