X

Liban

Gouvernement : le désaccord Aoun-Hariri en passe d’aggraver la crise

Gouvernement

Le chef de l’État envisage de s’adresser au Parlement, les milieux sunnites s’insurgent.

Fady NOUN | OLJ
08/12/2018

Mouvement d’humeur ? Impatience ? Une petite phrase du président de la République a semé la confusion dans les esprits, hier, sur ce qui pourrait bien surgir encore en matière de formation d’un nouveau gouvernement. Une petite phrase qui laisse croire que les rapports entre le chef de l’État et le Premier ministre se dégradent.

« Les médias et réseaux sociaux ont relayé des propos attribués au chef de l’État, Michel Aoun, au sujet de la formation du gouvernement. Ces propos sont imprécis, et une partie d’entre eux ont été sortis de leur contexte et interprétés de manière contraire aux positions exprimées par le président Aoun à plusieurs occasions, notamment en ce qui concerne le recours au Parlement au sujet de la formation du gouvernement », affirme la présidence de la République dans un communiqué.

Le quotidien al-Joumhouriya avait, en particulier, indiqué, citant des visiteurs du chef de l’État, qu’il jugeait que la situation était devenue « insupportable », reprochant au Premier ministre désigné d’avoir rejeté la proposition d’un gouvernement de 32 ministres, qui lui semblait la plus à même de régler la crise gouvernementale. « Si les choses continuent de la sorte, aurait affirmé M. Aoun, j’ai l’intention de me rendre au Parlement et de lui adresser un message qui paverait la voie à de nouvelles consultations. »

Le communiqué de la présidence explique que « le chef de l’État estime que le droit de désigner un Premier ministre a été accordé aux députés par la Constitution via les consultations parlementaires contraignantes (article 53, alinéa 2). En conséquence, si l’impossibilité de former un gouvernement persiste, il est normal que le chef de l’État mette cette question entre les mains du Parlement afin qu’il agisse en conséquence ».

L’article 53 stipule notamment que le président de la République « adresse, en cas de nécessité, des messages à la Chambre des députés ». Mais aucun texte précis ne réglemente comment la Chambre peut et doit réagir à ce message en l’absence d’un gouvernement. Le ministre sortant de la Justice, Salim Jreissati, a cependant estimé hier dans une déclaration que le Parlement est « en mesure de prendre les bonnes décisions », mais il n’a pas élaboré à ce sujet. Par ailleurs, la Constitution ne le dit pas, mais l’on suppose que le message présidentiel peut être délivré en personne ou par le biais d’un document écrit.

En soirée, les anciens chefs du gouvernement Tammam Salam et Fouad Siniora ont réagi aux propos en provenance de Baabda. M. Salam a dénoncé sur Facebook une « hérésie constitutionnelle consistant à donner aux députés le pouvoir de revenir sur la désignation du Premier ministre », et M. Siniora a mis en garde, sur son site officiel, contre l’aggravation de la crise en cas de recours au Parlement.

(Lire aussi : Formation du gouvernement libanais : l’ombre de Damas)



Aoun agacé par les voyages de Hariri ?
Au demeurant, on a démenti, dans les cercles de la présidence, que le chef de l’État soit agacé par les voyages successifs que le Premier ministre désigné effectue et qui, aux yeux de certains, retardent la formation du gouvernement et sont la preuve de son indifférence en la matière.

En face, on a fait savoir que M. Hariri a annulé le voyage à Paris prévu dimanche en raison des manifestations des gilets jaunes prévues lundi. Par contre, on confirmait que Saad Hariri se rendrait mardi à Londres pour assister à un congrès économique.

Les milieux proches du Premier ministre désigné ont réitéré hier les deux « non » de Saad Hariri aux projets de gouvernement opposés au sien propre : « Non » à l’intégration au gouvernement d’un ministre sunnite proche du Hezbollah et du régime syrien, qui affaiblirait le Premier ministre ; « non » à un gouvernement élargi de 32 ministres, un projet de règlement établi par le ministre sortant Gebran Bassil et approuvé par Nabih Berry, mais qui, selon, Saad Hariri, est « inacceptable » car il « crée un précédent et ne correspond pas à la manière habituelle de former les gouvernements ».

(Lire aussi : Foucher regrette que les Libanais ne soient pas capables de s’entendre sur un gouvernement)


Et le bureau de presse de M. Hariri de rappeler que ce dernier a réussi à former un gouvernement rassembleur, que sa mouture a été avalisée par le chef de l’État, mais qu’elle a été bloquée à la dernière minute par le Hezbollah qui s’est fait l’avocat des six députés sunnites hostiles à M. Hariri et a refusé de rejoindre le gouvernement si ce bloc improvisé après les consultations parlementaires n’est pas représenté.

Le bureau de presse a rejeté la responsabilité du blocage sur le Hezbollah, mais sans le nommer, accusant ceux qui affirment le contraire de jeter à l’opinion « de la poudre aux yeux ».

Dans la foulée, le communiqué a défendu l’agenda de voyages du Premier ministre désigné, affirmant que ses voyages ne sont pas d’agrément, mais sont en rapport avec les investissements promis au Liban et que le retard dans la formation du gouvernement risque de compromettre.

Enfin, cette source a fait savoir que « personne ne conteste le droit du président de la République d’adresser une lettre au Parlement », mais qu’en échange, « personne ne devrait porter atteinte aux prérogatives du Premier ministre désigné en lui imposant de nouveaux usages en contradiction avec la Constitution et le pacte national ».

La source rappelle enfin une évidence, à savoir que c’est « la coopération entre le président de la République et le Premier ministre qui a permis de revaloriser les institutions étatiques » et que la formation du gouvernement devrait être conçue de manière à préserver cette entente.Signalons pour finir que le président Aoun s’est entretenu de la crise avec le ministre sortant de l’Information, Melhem Riachi (Forces libanaises).



Lire aussi
Gouvernement : initiative de Aoun, mais l’impasse demeure

Le Hezbollah appelle à la formation d’un gouvernement « sans tarder »

Un cabinet de 32 mort-né ?

Wahhab : Je ne sais pas si Hariri mérite encore le titre de Premier ministre

Gouvernement : un souci affiché de calmer le jeu

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

FAKHOURI

" Même sans espoir, la lutte est encore un espoir. "

Romain Rolland

Wlek Sanferlou

Si les 3 présidents, aux titres divers, n'arrivent pas à former un gouvernement après 7 mois de gestation et malgré leurs expériences cumulées de plus d'un siècle et demi, on devrait donner la tâche aux "three stooges" des films de notre enfance. Ils trouveront sûrement une solution avant la fin du film d'une heure et demi.
Yallah rêvons, c'est gratuit et ça ne détruit ni la constitution ni le pays et ni l'environnement.. sauf qu'il faut du courant.

Tony BASSILA

La situation de blocage à trop longtemps duré. Le parlement doit maintenant agir s'il en est capable, afin de trouver une solution à cette impasse, si le Président Aoun et M. Hariri n'arrivent pas à s'entendre. Un gouvernement composé de technocrates serait une bonne solution mais une telle formule est loin d'être acquise. Il y va de la santé économique du pays qui en a grand besoin.

Cadige William

Il semble qu un rappel a l’ordre soit intervenu et applique en consequence...

Le Faucon Pèlerin

Un ministère de technocrates de six ministres seulement, résoudrait la crise créée par Le Hezbollah iranien.

gaby sioufi

il etait temps que les choses soient remises a leurs places naturelles.

FAKHOURI

“Aucune récompense éternelle ne viendra nous pardonner d’avoir gâché l’aube.”
de Jim Morrison

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE PRESIDENT -FORT- QUI A APPROUVE LA MOUTURE DE LA FORMATION DU GOUVERNEMENT PRESENTE PAR LE P.M. HARIRI DEVRAIT PROUVER QU,IL EST FORT ET NE PAS RENIER SA PAROLE SOUS LES PRESSIONS DE L,IRAN ET DE LA MILICE ... SINON QU,IL CONFAISSE QU,IL EST FAIBLE ET INCAPABLE COMME TOUS SES PREDECESSEURS...

Zovighian Michel

Puisque nous avons 22 ministères au Liban, pourquoi faut-il avoir 32 ministres?

En divisant 128 (parlementaires) par 5 ou pourrait composer un gouvernement de 26 ministres: 1 x Premier Ministre, 1 x vice-premier ministre, 22 x ministères, et 2 x ministres d’etats qui iront au President (puisqu’il n’est pas en mesure d’assumer la responsabilité de la bonne gérance de ministères).

Gebran Eid

CHACUN INVENTE SA LOIS, MAIS LA LOIS DU PLUS FORT EST TOUJOURS LA MEILLEUR. C'EST LA LOIS DE LA "FAWDA" QUI MARCHE AU LIBAN.

LIBAN D'ABORD

La meilleur facon d'en finir c'est de faire un ministere de technocrate

QUE LE PRESIDENT AOUN ET M HARRIRI SIGNE LE MINISTERE DE 30 COMME AGREE AVANT QUE HB S'OPPOSE ET L ENVOIE AU PARLEMENT
SI IL OBTIENT LA CONFIANCE , LE PROBLEME EST RESOLU SINON DE NOUVELLES CONSULTSATIONS AURONT LIEU ET LES DEPUTES POURRONT AVOIR LE CHOIX DE NOMMER QUI ILS VEULENT
MAIS ALLER MAINTENANT A LA CHAMBRE EST ILLEGAL: POURQUOI ON NE L A PAS FAIT QUAND M SALAM A MIS 9 MOIS POUR FAIRE SON MINISTERE???

VAUX MIEUX NE PAS CEDER A HB MAINTENANT RAPPELEZ VOUS CHAMBERLAIN AVEC HITLER ,QUAND IL A CEDE CE QUI S'EN AI SUIVI

Dernières infos

Les signatures du jour

Ziyad MAKHOUL

L’édito de Ziyad MAKHOUL

Pourquoi je (ne) quitte (pas) « L’Orient-Le Jour »

Décryptage de Scarlett HADDAD

Pas de plan général pour déstabiliser le Liban

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants