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Liban

Gouvernement : un souci affiché de calmer le jeu

crise

Une délégation du PSP s’est rendue hier dans la banlieue sud.

OLJ
05/12/2018

L’opération de destruction de tunnels du Hezbollah à la frontière sud, lancée hier par Israël, aurait-elle un effet sur la formation du gouvernement ?

Alors que des milieux proches du Hezbollah minimisaient la portée de cette opération, plus « préventive » qu’offensive selon eux, le ministre sortant de l’Environnement, Tarek el-Khatib, proche du chef de l’État, a jugé nécessaire de mettre sur pied un cabinet « face aux dangers qui guettent le Liban aux niveaux interne et externe ». Ces deux prises de position seraient complémentaires, estime-t-on dans certains milieux politiques : si le Hezbollah s’abstient de réagir militairement à l’opération –et les choses semblent aller dans ce sens –, c’est qu’il serait favorable à la formation d’un gouvernement. Le président de la Chambre, Nabih Berry, aurait lui-même rassuré ses visiteurs, la veille, de la disposition du parti chiite à former un cabinet.

Mais cette volonté ne serait pas forcément synonyme d’un assouplissement du Hezbollah sur la question de la représentation des sunnites au sein du cabinet. L’opération israélienne pourrait au contraire légitimer une telle revendication au nom de la résistance contre l’ennemi.

Selon des informations puisées dans les mêmes milieux politiques, il y aurait même des risques que le Hezbollah durcisse sa position en allant jusqu’à ressusciter le problème de la répartition des trois portefeuilles relevant de la communauté druze. Et tourner ainsi à son avantage les graves incidents de Jahiliyé, village de l’ancien ministre druze pro-Damas et pro-Hezbollah Wi’am Wahhab, en incitant ce dernier à réclamer l’un de ces portefeuilles, comme l’avait fait avant lui le député Talal Arslane, soutenu alors par le chef de l’État, face au leader druze Walid Joumblatt.


(Lire aussi : Salah Honein : Le marasme, fruit de la présence de tout le monde au pouvoir)


PSP-Hezbollah

Sur ce plan, et dans une volonté de réaffirmer ses bons rapports avec le Hezbollah – que les milieux du PSP avaient soupçonné dans un premier temps d’avoir commandité les actes de provocation de Wi’am Wahhab contre Saad Hariri, avant de rectifier en jetant le doute sur le régime syrien –, Walid Joumblatt a délégué hier les anciens ministres Waël Bou Faour et Ghazi Aridi auprès de Hussein Khalil, conseiller politique du secrétaire général du Hezbollah. Les deux parties ont exprimé un souci commun de maintien de la stabilité. À l’issue de la réunion qui s’est tenue dans la banlieue sud, Ghazi Aridi a tenu des propos très courtois en rappelant que « cette rencontre n’est pas la première du genre » et qu’il existe entre les deux parties « un accord qui consiste à contenir tout litige ». M. Khalil a mis l’accent sur un point d’entente qui dépasse les « écarts » sur les questions régionales, ce point d’entente étant la stabilité du Liban dans son ensemble. « Le point commun entre le PSP et nous est de chercher le moyen de préserver le Liban de toute secousse ou revers sécuritaire, non seulement dans la Montagne, mais aussi à l’échelle du pays. C’est notre souci commun », a déclaré le cadre du Hezbollah. « N’était l’intervention du Hezbollah auprès de responsables politiques et sécuritaires, le pays aurait sombré dans une grande catastrophe », a-t-il ajouté.

Parmi les responsables qui auraient bénéficié du « conseil » du Hezbollah, le Premier ministre désigné Saad Hariri, contacté la veille par M. Khalil. « Nous lui avons dit que l’opération (des FSI) est au mieux mal planifiée et au pire impulsive », a dit le responsable du Hezbollah en réponse à une question.

La descente des renseignements des Forces de sécurité intérieure à Jahiliyé dans la nuit de samedi à dimanche, pour tenter d’arrêter M. Wahhab, a vu la mort par balles de l’un de ses gardes du corps, sans qu’il ne soit établi si cette balle a été tirée par un agent des FSI.

En écho à la rencontre entre le PSP et le Hezbollah, Wi’am Wahhab s’est employé lui aussi à calmer le jeu. Lors d’un point de presse à Jahiliyé, M. Wahhab a assuré ne pas mettre en doute le travail des forces de l’ordre, expliquant qu’il n’a « pas dit qu’un service de sécurité sunnite a attaqué des druzes », en référence au service des renseignements des FSI.

« Nous avons besoin de la voix de la raison, et les nerfs des Libanais ne peuvent pas supporter cette atmosphère », a affirmé M. Wahhab. « Nous avons dit deux mots contre M. Hariri au sujet de la corruption, on nous a alors accusés d’incitation contre les sunnites. J’ai dit que les sunnites sont une “oumma” et que cette “oumma” a besoin d’hommes (...) », a-t-il ajouté. Il a assuré que c’est le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, son allié, « qui a épargné le sang des druzes de la Montagne et de la force qui a attaqué. Nous ne nous mêlons plus de ça car nous avons vaincu la sédition ». Parallèlement, plusieurs responsables alliés à M. Wahhab se sont rendus à Jahiliyé afin de lui présenter leurs condoléances. À leur tête, l’ambassadeur de Syrie, Ali Abdel Karim Ali, ainsi que le député Fayçal Karamé, l’un des six députés sunnites pro-Damas qui ambitionnent d’être représentés au sein du cabinet.

Fort de l’appui populaire que lui a valu l’offensive verbale de Wi’am Wahhab contre Saad Hariri et l’insulte faite à la mémoire de son père, l’ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri, le courant du Futur ne cherche pas à arrondir les angles en se prononçant sur l’incident de Jahiliyé. « Aucun compromis n’est possible lorsqu’il y a atteinte à l’un de nos symboles », a déclaré le secrétaire général du courant du Futur, Ahmad Hariri, en renvoyant à Wi’am Wahhab la responsabilité de la mort de son garde du corps.

M. Hariri recevait une délégation du Courant patriotique libre, emmenée par le ministre sortant Tarek el-Khatib, dans l’objectif de calmer les tensions après les incidents de la Montagne. Il a ainsi stigmatisé, au nom du CPL, l’atteinte à des piliers nationaux, comme Rafic Hariri.

La délégation du CPL a également été reçue par le député Taymour Joumblatt à Clemenceau.



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Jack Gardner

Les druzes et chretiens de la montagne sont très calmes, et font face aux provocations des agents syriens.
Arrêter de gonfler la réalité.

Gebran Eid

TAYMOUR ACCEPTE DE S'OCCUPER DE CET AFFAIRE. IL COMMENCE À RECEVOIR DES DÉLÉGATIONS ET DU MONDE. DONC IL EST OÙ LE PROBLÈME...DU CALME SVP.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

N,ETAIT L,INTERVENTION DU HEZBOLLAH AUPRES DES RESPONSABLES POLITIQUES ET SECURITAIRES LE PAYS AURAIT SOMBRE DANS UNE GRANDE CATASTROPHE...
L,ABERRATION DE CETTE DECLARATION EST IMMENSE ! Y A-T-IL DE PLUS CATASTROPHIQUE QUE LE BLOCAGE DE LA FORMATION DU GOUVERNEMENT QUI FERAIT PERDRE AU PAYS TOUT CREDIT INTERNATIONAL ET LES DONS ET LES INVESTISSEMENTS DE LA CEDRE QUAND LE PAYS EST AU BORD DE L,ABIME ? LES AVERTISSEMENTS REPETEES DES INSTANCES INTERNATIONALES ET DES PAYS AMIS Y SONT LA PLUS GRANDE PREUVE.
QUI EN EST RESPONSABLE DE TOUT CA ? LA MILICE IRANIENNE !

Irene Said

"...de chercher le moyen de préserver le Liban de toute secousse ou revers sécuritaire..."

On croit rêver !

On laisse intentionnellement un irresponsable téléguidé par la Syrie allumer le feux dans "sa montagne" pour ensuite accourir et faire les gentils pompiers dévoués à "la stabilité du Liban"...!

Et ce beau monde accourt du matin au soir pour présenter des condoléances au pyromane de Jahiliye, et débiter leur habituel bla-bla inutile et surtout ridicule.

Dites-nous, Messieurs les soi-disant responsables, vous qui passez votre temps a vous réunir concernant cette affaire et toutes les autres, à commencer par les députés pro-syriens qui exigent un ministère etc.,...comment voulez-vous trouver encore du temps pour vous occuper des vrais problèmes urgents de notre pays, qui affectent notre quotidien depuis de mois ?

Irène Saïd

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