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Liban

Israël lance son « Bouclier du Nord », mais sans bruit de bottes...

Liban-Sud

Dans les milieux du Hezbollah, on minimise la portée des travaux de l’armée israélienne à la frontière.

05/12/2018

En dépit d’une mise en scène relativement spectaculaire – et l’attention qu’elle a suscitée dans les médias –, l’opération, appelée pompeusement « Bouclier du Nord » et lancée par Israël dans la nuit de lundi à mardi du côté israélien de la frontière avec le Liban, n’a vraisemblablement pas été initiée dans une perspective de conflit ouvert avec le Hezbollah, dans les milieux duquel on s’emploie d’ailleurs à en minimiser la portée.

Pour le parti chiite, cette opération ne peut être comprise que dans le cadre d’une « fuite en avant » devant servir à renflouer l’image interne du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, et n’est pas porteuse d’un message nécessairement dirigé contre le Liban.

Annoncée tambour battant par le porte-parole de l’armée israélienne, Avichay Adraee, l’opération, dont l’objectif annoncé est de détruire à la frontière des tunnels souterrains creusés par le Hezbollah qui s’étendraient depuis le Liban jusqu’en territoire israélien, l’opération a été médiatisée dans ses plus infimes détails par l’armée de l’État hébreu.

Dans un tweet, Avichay Adraee a diffusé une vidéo dans laquelle il montre un tunnel qui s’étendrait, à partir d’une maison située à Kfar Kila, village frontalier libanais, jusqu’à la localité israélienne de Metoulla, située en face.

Cette opération, qui a aussitôt suscité des craintes d’une possible escalade entre le Hezbollah et Israël, survient dans un contexte de menaces et de mises en garde quasi régulières adressées par l’État hébreu au parti chiite, accusé d’avoir considérablement renforcé sa capacité militaire et diversifié son arsenal. En septembre dernier, M. Netanyahu avait accusé le Hezbollah, depuis la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, de dissimuler des missiles à proximité de l’aéroport de Beyrouth.


(Lire aussi : Le Hezbollah viole-t-il la 1701 ?)


Modulations de tonalité

Bénie par les États-Unis à la faveur d’une rencontre qui s’est déroulée à Bruxelles quelques heures auparavant entre le Premier ministre israélien et le secrétaire d’État américain Mike Pompeo, cette nouvelle démonstration de force, qui se veut un nouvel avertissement au Hezbollah et à son sponsor iranien, a suscité des questions multiples sur son timing et ses objectifs aussi bien en politique interne que régionale, d’autant que l’existence de ces tunnels présumés était déjà connue par l’armée israélienne, de l’aveu même de cette dernière.

Tout en cherchant à braquer la lumière sur son importance stratégique, l’armée israélienne a pris soin cependant de ne pas amplifier la portée de l’opération Bouclier du Nord. Un porte-parole de l’armée israélienne, le lieutenant-colonel Jonathan Conricus, a indiqué aux journalistes que ces « tunnels d’attaque », dont il n’a pas précisé le nombre, n’étaient pas encore opérationnels et que la population du nord d’Israël n’était pas menacée. Il a souligné par la même occasion que si l’armée a renforcé sa présence dans la zone des opérations, elle n’a pas pour autant mobilisé les soldats de réserve. Le fait qu’aucune consigne spécifique n’ait été délivrée aux populations civiles israéliennes, comme l’a également reconnu Jonathan Conricus, démontre que l’État hébreu ne s’attend aucunement à ce que cette affaire dégénère à la frontière. Les responsables israéliens ont également insisté sur le fait que les excavations à la recherche des tunnels se déroulaient sur le territoire israélien, et non libanais.

C’est ce même climat qu’ont répercuté les médias israéliens, dont Haaretz qui, dans un article signé par Amos Harel, a estimé que cette opération, par-delà la « forte symbolique » de son appellation, est « loin d’être un signe avant-coureur d’une prochaine guerre ».

Lors d’une conférence de presse à l’ONU, l’ambassadeur israélien à l’ONU, Danny Danon, qui n’a pas manqué de tancer le Hezbollah, a toutefois indiqué que l’opération Bouclier du Nord « se déroule sur notre territoire. Par le passé, nous avons prouvé que nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour défendre notre souveraineté et assurer la sécurité des habitants d’Israël. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, mais si à l’avenir nous voyons des menaces au Liban et en Syrie, nous prendrons des mesures préventives », a-t-il dit.


(Lire aussi : À Kfar Kila, on n’est « pas concerné par les activités de l’autre côté de la frontière »)


« Action dissuasive plutôt qu’offensive »

Le Hezbollah, qui sort à peine d’une guerre qui lui a été coûteuse, notamment en vies humaines, en Syrie, aurait du mal à justifier auprès de sa base aujourd’hui le déclenchement d’un nouveau front au Liban, d’autant que cette fois-ci, Israël promet que la prochaine guerre avec le Liban, si elle a lieu, ne pourra se confiner aux seules localités où le Hezbollah est implanté, mais englobera le pays entier. Une responsabilité que le parti chiite, contesté à l’intérieur et de plus en plus encerclé par la communauté internationale, ne voudra probablement pas assumer.

Déjà, en septembre dernier et alors qu’Israël et le Hezbollah poursuivaient leur guerre verbale l’un contre l’autre, un haut commandement du Nord avait affirmé que l’armée israélienne « ne pense pas que le Hezbollah soit intéressé par un nouveau conflit », soulignant que « les menaces du secrétaire général du Hezbollah n’indiquent pas les véritables intentions de l’organisation ».

C’est ce son de cloche que l’on répercute également dans les milieux du parti chiite, où l’on écarte toute possibilité d’escalade en minimisant la portée de cette opération-surprise qui, dit-on, s’inscrit dans « le climat permanent de menaces proférées à l’encontre du Hezbollah et du Liban ». « Le message est plutôt dirigé vers l’intérieur d’Israël plutôt qu’en direction du Liban », commente le professeur Talal Attrissi, proche du Hezbollah. Selon lui, Benjamin Netanyahu cherche tout simplement à « miser sur l’élément du danger sécuritaire qui provient de l’extérieur pour rallier sa base ».

Pour un responsable du parti chiite, qui évite de livrer le moindre détail sur les tunnels présumés, il faut chercher la justification de cette opération dans « la compétition sur la scène politique interne israélienne en amont des prochaines élections » (prévues en novembre 2019) et qui pourraient être anticipées comme il avait été question à un moment donné.

Selon une autre source proche du parti, l’opération Bouclier du Nord est « une action dissuasive plutôt qu’offensive » et ne présage d’aucun affrontement à la frontière. Selon cette source, Israël cherche tout simplement à « détourner l’attention des affaires de corruption dans lesquelles trempe actuellement Benjamin Netanyahu ». La source, qui ne dément à aucun moment l’existence de tunnels, une technique militaire inaugurée depuis 2006, en conclut que l’armée israélienne « se contentera probablement de bloquer la partie du tunnel qui s’étend sur son territoire lorsqu’elle en repérera un ».

Dans un reportage daté de mai 2015, le quotidien as-Safir rapportait, à la suite d’une visite organisée par le Hezbollah au Liban-Sud, que la formation pro-iranienne avait creusé après la guerre de 2006 de nouveaux tunnels plus performants, précisant que la qualité du ciment utilisée était meilleure et le système de ventilation plus perfectionné. L’article précisait que le Hezbollah creusait ces tunnels manuellement pour ne pas attirer l’attention des Israéliens de l’autre côté de la frontière.




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